Les urgences d’un hôpital public riche, mais moribond

3 juillet 2022 Mis à jour: 4 juillet 2022
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Le rapport « express » sur l’état des urgences hospitalière remis au Président Macron par le Professeur Braun, chef des urgences du CHU de Metz et président du syndicat des Samu de France, braque une nouvelle fois les projecteurs vers les soignants et le monde hospitalier. Ce dernier pourrait presque faire une crise d’épilepsie à force de subir cet effet stroboscopique des mises en lumière et successions d’oublis : en 2020, le dévouement des soignants pour affronter la crise Covid a d’abord fait d’eux des piliers de la nation, sanctifiés à la télévision et dans les discussions familiales. Quelques mois après, les mêmes soignants étaient conspués quand ils refusaient la vaccination, mis à pied. Puis on les a oubliés, jusqu’à ce que l’arrivée de l’été ne fasse craindre un engorgement des hôpitaux et qu’il faille constater que beaucoup d’entre eux, écœurés, avaient déjà changé de métier. De nouveau, les appareils photo et les caméras ont été sortis.

Dans le domaine hospitalier comme dans bien d’autres, les vérités partielles abondent et c’est de façon presque automatique l’absence de moyens qui est citée comme cause de la détresse du système. Les échanges hors caméras avec les praticiens hospitaliers sont édifiants : l’idée d’un écroulement inéluctable de l’hôpital public, en démarrant par les urgences et les services de psychiatrie, est devenue tellement forte chez les soignants que beaucoup reprennent des études pour réorienter leur carrière… en dehors de la médecine. Partout, l’impression d’être abandonné, sans ressources, condamné à mal traiter les malades.

Et pourtant la France fait partie des quatre pays européens qui consacrent le plus de budget aux dépenses hospitalières, avec le Danemark, la Suède et la Norvège. Elle fait aussi, d’après les rapports de l’OCDE, partie du peloton de tête des pays disposant du plus grand nombre d’hôpitaux par habitant. Le nombre de lits y est au deuxième niveau européen, les effectifs hospitaliers au troisième. Nous bénéficions donc à la fois de l’argent, du personnel, d’un grand nombre d’hôpitaux. Comment, avec des statistiques si favorables au système hospitalier français, celui-ci peut-il sembler moribond ?

Une autre statistique ouvre un premier chemin d’explication : le système hospitalier français est également le champion des fonctions administratives. Les secrétaires administratives et gestionnaires divers représentent un tiers du personnel hospitalier, la plus lourde proportion en Europe. Là encore, les entretiens et rencontres sans micro sont révélatrices : la situation dépeinte dans plusieurs des plus grands hôpitaux français et celle de processus décisionnels sclérosés, d’un manque quasi-total d’agilité, d’un personnel administratif sous-qualifié. En résumé, ces fonctions administratives, qui devraient rendre l’hôpital attractif et efficace, soutenir le corps médical, dans leur majorité ne le font pas. Elles entretiennent par contre une position de contrôle, ralentissant tout par leurs exigences de validation, leurs procédures répétitives et souvent inutiles. Ajoutez à cela des outils de travail informatique qui ont 15 ans de retard et vous vous retrouvez dans une mare d’inertie ; des travailleurs acharnés au cœur de l’administration enchaînent parfois 70 heures par semaine en tentant d’apporter des solutions, mais sont trop peu nombreux pour changer la direction du paquebot. Parmi le personnel soignant aussi, on rencontre aussi bien des infirmières qui accumulent les heures supplémentaires non payées que, parfois, des personnels plus mobilisés par la lutte syndicale que par l’aide aux malades.

Contrairement aux discours publics, le premier sujet que mentionnent les hospitaliers – celui dont dépendrait le salut de l’hôpital – n’est pas la question de la rémunération mais la possibilité d’espoir. Celui-ci s’effiloche lorsqu’on sort d’une visite dans un service d’urgences, « cour des miracles » où les risques vitaux, les blessures bénignes et la misère sociale se croisent. Dans celui que nous avons exploré, l’instantané de situation est frappant : plus d’une dizaine de personnes très âgées sur des brancards, dans un couloir. Un jeune homme d’à peine trente ans qui arrive en expliquant que son pouce lui fait mal depuis trois semaines, et qui malgré l’absence d’urgence médicale aura cependant le droit de rester et d’attendre. Du personnel résigné, qui marche dans toutes les directions, récupère un formulaire, en reprend un autre. Les infirmières en sandales plastique doivent marcher 10 km par jour dans leur service. Par une porte entrouverte on voit la pièce à formulaires, remplie d’épais dossiers du sol au plafond, tandis que les imprimantes tournent à plein régime. Des secrétaires médicales sur leur ordinateur font ce qu’on leur a demandé. Elles remplissent et impriment des formulaires.

Comment redonner de l’espoir ? Il n’y a pas que le Covid qui soit une « guerre ». Comme pour une campagne militaire, on attendrait davantage de pragmatiques capables de mettre la logistique au cœur du système et de motiver les troupes. Comme pour une guerre aussi, on attendrait des armes au niveau du combat à mener. Comment, comme le propose le Pr Braun, demander de créer encore des nouveaux services administratifs pour « identifier des lits disponibles », alors que depuis plus de quinze ans existent les outils pour savoir en temps réel les disponibilités de chambre dans les hôtels du monde entier, les évolutions du trafic, pour gérer les flux… Les outils techniques sont déjà là et n’auraient qu’à être déployés. La crise hospitalière ne disparaîtra probablement que le jour où le corps médical verra que le système est capable de se renouveler, que les efforts produisent des résultats.

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