Pékin pourrait planifier une attaque électromagnétique contre les États-Unis, les experts s’inquiètent

Une attaque IEM ciblant New York pourrait couvrir la totalité du nord-est des États-Unis, paralyser le réseau électrique et provoquer un chaos généralisé
3 décembre 2021 Mis à jour: 3 décembre 2021
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Les États-Unis sont vulnérables à une attaque par impulsion électromagnétique (IEM ou EMP en anglais), selon les experts. Une telle attaque pourrait dévaster le réseau électrique de la nation et anéantir une grande partie de la population.

« Le risque d’une attaque IEM sur les infrastructures américaines est très élevé, en particulier dans ce climat international », affirme Sam Kessler, conseiller en géopolitique chez North Star Support Group, un cabinet international de conseil en gestion des risques.

Cette nouvelle intervient dans un contexte d’inquiétudes croissantes concernant l’expansion des capacités militaires du régime chinois et le développement présumé de capacités nucléaires de première frappe.

Le chef d’État-Major des armées des États-Unis, le général Mark A. Milley, lors d’une audition de la commission des forces armées du Sénat sur la conclusion des opérations militaires en Afghanistan et les plans pour les futures opérations de lutte contre le terrorisme, à Washington, le 28 septembre 2021. (Patrick Semansky/Pool/Getty Images)

Qu’est-ce qu’une attaque IEM ?

Une IEM est une émission d’ondes électromagnétiques brève et de très forte amplitude qui perturbe les communications et endommage les équipements électroniques. Une IEM peut être provoquée par des missiles nucléaires, des armes à radiofréquence et des phénomènes naturels tels que les tempêtes géomagnétiques.

Toutes les armes nucléaires peuvent engendrer une IEM, mais les armes conçues pour provoquer une IEM, telles que les bombes « Super-IEM », génèrent un rayonnement gamma particulièrement fort qui démultiplie l’effet de l’impulsion, étendant la destruction à une plus grande portée.

Estimation de la zone d’impact d’une attaque par impulsion électromagnétique à haute altitude, en fonction de l’altitude de l’explosion. Source : Gary Smith, « Electromagnetic Pulse Threats », Témoignage devant le House Committee on National Security (16 juillet 1997) Crédit : GAO-16-243

Une telle attaque, si elle était centrée sur la ville de New York, par exemple, couvrirait la totalité du nord-est des États-Unis, selon une déclaration au Congrès de Peter Pry, expert en IEM et directeur exécutif de la Task Force on National and Homeland Security, un organe consultatif.

Dans un diaporama datant de 2018, Peter Pry explique qu’une explosion IEM à haute altitude pourrait mettre hors service 74,4 % de la capacité de production d’électricité des États-Unis. Une telle attaque pourrait provoquer des pertes d’énergie électrique pendant des mois et créer des effets en cascade pour l’approvisionnement en nourriture, en eau et en chaleur. Ce qui entraînerait une perte massive de vies humaines.

Le missile balistique stratégique nord-coréen, Hwasong-12, décolle d’une plate-forme de lancement dans un lieu non divulgué près de Pyongyang, le 29 août 2017. (STR/AFP via Getty Images)

« Les armes IEM offrent à la Russie, à la Chine et aux États mal intentionnés armés de missiles balistiques intercontinentaux un moyen rapide, bon marché et efficace de faire ressentir immédiatement à la plupart des Américains les horreurs de la guerre. Elles sont donc très intéressantes pour les ennemis qui cherchent à faire pression sur les dirigeants américains pour qu’ils capitulent ou négocient », avertit Rick Fisher, chercheur principal à l’International Assessment and Strategy Center.

Dans un rapport qu’il a compilé en juin 2020, Peter Pry affirme que la Chine est probablement en possession d’armes Super-IEM, et que des systèmes hypersoniques pourraient être utilisés pour les lancer.

« Les renseignements militaires de Taïwan provenant de sources accessibles à tous indiquent que la Chine possède une arme nucléaire Super-IEM, construite grâce à des informations de conception volées aux laboratoires d’armes nucléaires américains », indique le rapport.

« La Chine est sur le point de déployer ou a déjà déployé des armes hypersoniques qui pourraient potentiellement être armées d’ogives IEM nucléaires ou non nucléaires, augmentant considérablement la menace d’une attaque surprise contre les forces américaines dans le Pacifique et contre les États-Unis. »

Trop peu d’initiatives face à une réelle menace

Alors que les IEM ont été identifiées comme une menace sérieuse pour les États-Unis depuis des décennies, peu de mesures significatives ont été prises pour prévenir ou atténuer leur capacité de destruction. En effet, le général Charles Brown, chef d’état-major de l’armée de l’air, a déclaré au début de cette année que l’armée américaine s’était « endormie au volant » depuis l’opération Tempête du désert au début des années 1990 sur la question de la guerre électromagnétique.

En 2001, deux commissions du Congrès, connues sous le nom d’« EMP Commissions », ont été mises en place pour étudier le potentiel destructeur des IEM. Le premier rapport de ces commissions a été publié en 2004 et a révélé que « la Chine et la Russie ont envisagé des options d’attaque nucléaire limitées qui, à l’encontre de leurs plans [liés] à une guerre froide, utilisent l’IEM, comme principal voire seul moyen d’attaque ».

Des policiers chinois montent la garde à Jinan, en Chine, le 22 août 2013. (Feng Li/Getty Images)

Lors d’une audition en 2015 devant deux sous-comités du House Committee on Oversight and Government Reform, George Baker, professeur émérite de sciences appliquées à la James Madison University, a révélé qu’il n’y avait « personne en charge » d’assurer et de superviser collectivement le transport de l’électricité aux États-Unis, ni au sein de la Federal Energy Regulatory Commission (FERC), ni dans la North American Electric Reliability Corporation (NERC). De ce fait l’électricité était fournie de manière désorganisée, « en vrac ».

« Lorsque j’ai demandé aux responsables de la NERC ce qu’il en était de la protection contre une IEM, ils m’ont répondu : ‘Nous ne nous préparons pas à une [éventuelle] IEM, c’est de la responsabilité du département de la Défense (DOD)' », a expliqué M. Baker. « Le département de la Défense me dit que la protection IEM des infrastructures civiles est de la responsabilité du DHS [département de la Sécurité intérieure]. Et ensuite, lorsque je parle au DHS, on me répond que la protection devrait être assurée par le département de l’Énergie (DOE), puisque c’est de cet organe que dépendent les infrastructures. »

Lors de la même audience, Peter Pry a qualifié la FERC et le NERC d’« extrêmement dysfonctionnels » et a mis en doute la capacité et la détermination des deux organismes à protéger les citoyens américains. Il a finalement suggéré au Congrès de dissoudre les deux organisations et de les remplacer par une nouvelle commission de régulation. Mais son conseil n’a pas été suivi.

Au cours des années suivantes, les rapports des agences fédérales continuent à considérer les IEM comme une menace de « faible probabilité/fortes conséquences ». Cela a changé toutefois en 2019, lorsque l’imagerie satellitaire a découvert ce qui ressemblait à des installations secrètes d’essais IEM en Chine.

Le président de l’époque, Donald Trump, a donc signé un décret visant à renforcer les défenses civiles et militaires contre les attaques IEM. Cependant, la réponse à ce décret s’est avérée plutôt lente.

« Ceux qui ont organisé, dirigé et doté en personnel la formation des commissions IEM méritent nos plus vifs remerciements », a déclaré M. Fisher. « Notre relatif manque de préparation face à cette menace n’est pas de leur faute, mais celle des administrations successives qui n’ont pas accordé à cette menace une priorité pourtant indispensable. »

En 2020, le département de la Sécurité intérieure (DHS) a publié un rapport soulignant certains progrès dans l’exécution de l’ordre. Le rapport indiquait que le DHS avait collaboré avec des entreprises privées et publiques dans des démonstrations de programmes pilotes pour tester la résilience des infrastructures face à une IEM. Il cite un de ces exemples, l’initiative de défense électromagnétique de San Antonio, un effort public-privé visant à développer un réseau résilient.

Selon un porte-parole de la FERC, l’organisation se consacre pleinement à la mise en œuvre du décret.

« La FERC est en contact avec d’autres agences fédérales, telles que le DOE (Département de l’Énergie des États-Unis) et le DHS, concernant le décret 13865 afin de contribuer à sa mise en œuvre », assure le porte-parole.

Epoch Times a également contacté le NERC, le département de la Défense (DHS), le département de la Sécurité intérieure, le département de l’Énergie (DOE) pour obtenir des commentaires, mais n’a pas reçu de réponse à l’heure de la mise sous presse.

Un nouveau blitzkrieg

L’inertie disproportionnée face à la menace persistante d’une IEM montre que la gravité d’une telle attaque est difficile à appréhendée. En effet, les conséquences des armes électromagnétiques dépassent vraiment les capacités utilisées dans des guerres conventionnelles.

Une déclaration de 2017 de la Commission EMP cite l’ambassadeur Henry Cooper, ancien directeur de l’Initiative de défense stratégique des États-Unis, qui écrit qu’une explosion IEM à haute altitude pourrait entraîner l’arrêt du réseau électrique américain pour une période indéfinie, entraînant « en un an, la mort d’au moins 90 % de tous les Américains. »

« Peu d’Américains savent comment vivre sans électricité, sans communication numérique constante, ou sans accès immédiat à des services médicaux ou de transport, qui peuvent être supprimés par des armes IEM », selon le chercheur Rick Fisher.

« Le dommage provoqué par une attaque IEM, c’est la destruction de tout ce qui a un circuit électrique, ce qui signifie que les systèmes et infrastructures électriques sur lesquels nous comptons en tant que société ne seraient plus intacts », assure Sam Kessler. « Cela engendrerait un chaos sociétal et un manque de préparation dans une société ramenée à vivre comme au 19e siècle. »

Des véhicules militaires transportent des missiles balistiques intercontinentaux à capacité nucléaire DF-41 chinois lors d’un défilé militaire sur la place Tiananmen à Pékin, le 1er octobre 2019. (Greg Baker/AFP via Getty Images)

Une des principales préoccupations concerne maintenant le rôle potentiel que pourraient jouer les nouvelles armes hypersoniques comme celles testées par le régime chinois en juillet, qu’elles soient destinées à livrer ou à dissimuler des armes IEM. L’arme hypersonique testée par le régime chinois aurait également lancé un second missile en plein vol hypersonique. Il est possible qu’un tel système puisse être utilisé dans une attaque IEM.

M. Fisher précise qu’un tel système pourrait être utilisé pour dissimuler une attaque IEM surprise. Mais il est peu probable qu’il soit utilisé pour lancer directement une attaque IEM, car le véhicule hypersonique se déplace à une altitude inférieure à celle requise par une explosion IEM.

Cependant, si le second missile issu du véhicule hypersonique se déplaçait à une altitude plus élevée, il pourrait théoriquement déclencher une bombe IEM.

Véhicule de glissement hypersonique (C-HGB) lancé depuis le Pacific Missile Range Facility, à Kauai, Hawaii, le 19 mars 2020, lors d’essais du département de la Défense américain. (Photo de l’U.S. Navy/Released)

M. Kessler décrit un tel scénario comme « très réaliste » et ajoute que des rapports indiquent qu’une telle technologie est en cours de développement tant en Chine qu’aux États-Unis.

De plus, Peter Pry avait averti en 2015 que les IEM ne seraient pas utilisées seules, mais en conjonction avec des initiatives de sabotage, d’information et de cyberguerre, conçues pour submerger entièrement et paralyser l’effort de défense américain.

Il avait qualifié cette stratégie de « nouveau blitzkrieg » (litt. « guerre éclair »), en référence à la stratégie nazie pendant la Seconde Guerre mondiale, dans laquelle les chars, les avions et l’artillerie allemands dispersaient et neutralisaient rapidement les défenses alliées.

M Pry mettait en avant un dernier point. Étant donné que l’explosion nucléaire entraînant une IEM est déclenchée à haute altitude et ne fait pas de victimes directes, l’ennemi pouvait considérer qu’il ne s’agissait pas d’une attaque nucléaire de première frappe. S’estimant de ce fait à l’abri de représailles nucléaires, cela pouvait l’encourager d’autant plus à vouloir y avoir recours.

Cet avertissement va tout à fait dans le sens d’un récent rapport de la Commission d’examen de l’économie et de la sécurité entre les États-Unis et la Chine, un organe consultatif influent du Congrès américain, qui considère qu’une IEM pourrait faire partie des capacités de contreforce nucléaire de la Chine. Le rapport laisse entendre que le régime chinois pourrait faire une démonstration d’armes nucléaires limitée pour engendrer une IEM.

« Les dirigeants chinois pourraient employer cette stratégie en cas de crise pour déconcerter les dirigeants politiques américains et démontrer leur détermination à passer à des niveaux de violence nucléaire supérieurs face à un tel problème en question où les États-Unis refuseraient de faire marche arrière », indique le rapport.


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