Un tribunal indépendant conclut que la Chine a commis un génocide contre les Ouïghours au Xinjiang

12 décembre 2021 Mis à jour: 12 décembre 2021
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Le 9 décembre, un tribunal populaire indépendant basé à Londres a jugé que le régime chinois avait commis un génocide contre les Ouïghours et d’autres minorités musulmanes dans la région du Xinjiang, à l’extrême ouest du pays.

Le « Uyghur Tribunal » a conclu que le Parti communiste chinois (PCC), par le biais d’une série d’actes répressifs tels que l’internement de masse, la séparation des familles, la stérilisation et le travail forcé, a mis en œuvre une « politique délibérée, systématique et concertée » visant à réduire la population ouïghoure dans la région.

Ces conclusions interviennent dans un contexte où se renforcent les condamnations des violations des droits humains commises par le PCC au Xinjiang et ailleurs, à l’approche des Jeux olympiques d’hiver de 2022 à Pékin. Ces derniers jours, les États-Unis, le Canada, la Grande-Bretagne, l’Australie et la Lituanie ont annoncé le boycott diplomatique des Jeux en raison de cette situation. Les États-Unis et les parlements de plusieurs pays occidentaux ont déjà qualifié la répression de Pékin au Xinjiang de génocide.

Lisant un document de 60 pages, Sir Geoffrey Nice, le président du tribunal, a énuméré les nombreuses façons dont le PCC et ses fonctionnaires dans l’ouest de la Chine ont privé les Ouïghours de leurs droits et les ont soumis à des abus s’élevant progressivement jusqu’au niveau du génocide. Il a notamment mis l’accent sur les mauvais traitements infligés aux prisonniers ouïghours dans le Xinjiang.

La base juridique de cette classification repose en grande partie sur le précédent établi par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, un traité international adopté par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1948.

Les membres du jury prennent place pour le premier jour d’audience du « Uyghur Tribunal », il s’agit d’avocats et de spécialistes du droits basés au Royaume-Uni qui enquêtent sur les abus présumés contre les Ouïghours en Chine, à Londres le 4 juin 2021. (Tolga Akmen/AFP via Getty Images)

Un traitement inqualifiable

La détention massive des Ouïghours ouvre la voie d’innombrables de formes d’abus, d’humiliation, de torture et d’exécutions extrajudiciaires. À l’appui de cette affirmation, Sir Geoffrey Nice cite les témoignages recueillis lors des audiences du tribunal en juin et en septembre.

« Des centaines de milliers de Ouïghours, dont certains estiment qu’ils sont plus d’un million, ont été détenus par les autorités de la RPC [République populaire de Chine] sans raison, ou sans raison suffisante, et soumis à des actes de cruauté, de dépravation et d’inhumanité inadmissibles. »

Selon le président du tribunal, jusqu’à 50 détenus à la fois ont été entassés dans des cellules de 22 mètres carrés, avec un espace insuffisant pour s’allonger sur le sol, contraints de faire leurs besoins dans des seaux à la vue des autres prisonniers et des caméras de vidéosurveillance, et soumis à des méthodes de torture telles que l’arrachage des ongles et les coups de bâton. Les fonctionnaires les ont immobilisés sur des chaises où leurs pieds ou leurs mains étaient maintenus en place pendant des heures ou des jours. Ils les ont plongés dans des récipients remplis d’eau froide jusqu’au cou. Certains ont été enchaînés à de lourds poids métalliques pendant des mois.

Les viols et les violences sexuelles sont courants. Une jeune femme, a subi un viol collectif par des policiers sous les yeux d’une centaine d’autres prisonniers, afin de leur faire comprendre ce qui leur arriverait, à eux ou à d’autres, s’ils sortaient du rang. L’insertion de barres de chocs électriques dans les orifices des prisonnières est également courante. La privation de nourriture pour punir ou humilier est une autre méthode courante de torture et d’humiliation.

L’effet cumulé de ces différentes formes de mauvais traitements et de torture équivaut à un génocide, affirme Sir Geoffrey Nice. Certains pourraient essayer de rejeter l’accusation de génocide et soutenir  que toutes ces manœuvres dans l’ouest de la Chine  participent en réalité d’une longue tentative d’assimilation des Ouïghours à la société chinoise dominante, poursuit-il, mais ni lui, ni ses collègues n’accordent aucun crédit à ces arguments.

La Convention sur le génocide de 1948 avait pour objectif la survie des groupes nationaux, ethniques et religieux, par opposition aux intérêts individuels. Il s’agissait de pouvoir mettre en place des mesures dans les pays étrangers pour empêcher l’extermination de ces groupes, déclare Sir Geoffrey Nice. Cet objectif est aussi important en 2021 qu’il ne l’était à l’époque de la rédaction de la convention, ajoute-t-il.

« Certains pourraient dire que ce qui se passe au Xinjiang n’est qu’un encouragement à l’assimilation des groupes, l’assimilation étant quelque chose qui s’est produit naturellement tout au long de l’histoire, et que la RPC ne fait que renforcer la sécurité et les frontières d’un pays au caractéristiques singulières. »

Selon lui, une telle façon de penser est profondément erronée. Qu’elle soit encouragée ou forcée, l’assimilation de masse annule la diversité qui se manifeste dans la façon dont les humains vivent et se comportent.

« On peut dire que la méthode de génocide impliquée dans ce procès, un génocide dont l’intention est mise en évidence par les autres crimes contre l’humanité et le recours à la torture, est effectivement grave », affirme Sir Geoffrey Nice.

Appeler le génocide par son nom

Les hommes politiques et les citoyens qui ont pris la parole pour soutenir les Ouïghours peuvent l’avoir fait pour un certain nombre de raisons, continue Sir Geoffrey Nice, y compris la jalousie du succès de la Chine ou la peur de la Chine. Mais quelle que soit la raison, il est clair que ce soutien a été plus que justifié. C’est le plaidoyer et l’activisme continus de ces personnes et organisations concernées qui peuvent finalement s’avérer efficaces pour résoudre la crise des droits de l’homme. Cependant ce tribunal populaire, non officiel, ne peut faire que des recommandations et ses pouvoirs sont limités.

« Le tribunal n’a aucun pouvoir, de quelque nature que ce soit, pour sanctionner la RPC ou des individus au sein de la RPC. Il espère que les responsables politiques, la société civile, les ONG et les personnes puissantes qui ont des pouvoirs de sanction, et qui peuvent faire entendre leur voix sur les questions auxquelles ce jugement se rapporte, le feront », conclut Sir Geoffrey Nice.

Une grande partie des informations présentées lors de l’audience est disponible publiquement depuis un certain temps, précise-t-il. Si les États-Unis, l’Union européenne et d’autres puissances ont pris des mesures concernant la question ouïghoure, il manquait à leurs actions et à leurs déclarations un appel explicite à la mission et à l’objectif de la convention sur le génocide.

Maintenant que le tribunal a rendu public son jugement, déclare le président du Tribunal, il faut espérer que toutes les parties exigeant une action sur la crise appelleront désormais la persécution des Ouïghours par son nom et demanderont la fin du génocide.

Michael Washburn est un journaliste indépendant basé à New York qui couvre les sujets liés à la Chine. Il a une expérience du journalisme juridique et financier, et écrit également sur les arts et la culture. Il est également l’hôte du podcast hebdomadaire « Reading the Globe ». Il a publié notamment « The Uprooted and Other Stories » (« Les déracinés et autres histoires »), « When We’re Grownups » (« Quand nous sommes adultes ») et « Stranger, Stranger ».


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