Est-il temps de retirer l’étiquette « cancer » de certaines formes à faible risque ?

2 mai 2022 Mis à jour: 2 mai 2022
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Au cours des dernières décennies, notre compréhension du cancer a évolué. Nous savons maintenant que certains cancers ne se développent pas ou se développent si lentement qu’ils ne causeront jamais de problèmes médicaux.

Mais la façon dont nous qualifions les maladies peut être préjudiciable. L’utilisation de certaines étiquettes médicales, dont celle de « cancer », peut accroître les niveaux d’anxiété et le désir de traitements invasifs (avec intervention chirurgicale).

Compte tenu de ces preuves toujours plus nombreuses, mes collègues et moi‑même soutenons dans le British Medical Journal (BMJ) qu’il est peut‑être temps de cesser de dire aux personnes atteintes de maladies à très faible risque qu’elles ont un « cancer » si elles n’en souffriront pas.

Notre compréhension du cancer a changé

Le dépistage du cancer chez les personnes qui ne présentent aucun symptôme et l’utilisation de technologies toujours plus sensibles peuvent conduire à un surdiagnostic – un diagnostic qui cause plus de tort que de bien. Le surdiagnostic est le plus fréquent dans le cas du cancer du sein, de la prostate et de la thyroïde.

Les diagnostics de cancer de la thyroïde, par exemple, ont augmenté de façon spectaculaire dans les pays en développement. Cette augmentation est principalement due à une hausse de la détection des cancers papillaires de la thyroïde. Il s’agit d’un sous‑type de cancer de la thyroïde, souvent de petite taille (moins de 2 cm) et à croissance lente.

Mais les taux de mortalité dus au cancer de la thyroïde restent largement inchangés. Et la croissance et la propagation de la tumeur chez les patients atteints d’un petit cancer papillaire de la thyroïde qui optent pour la chirurgie sont similaires à celles des patients qui se contentent de surveiller leur état.

En réalité, des études d’autopsie réalisées sur plus de soixante ans montrent que les « cancers » de la thyroïde ont toujours été courants, mais qu’ils sont souvent passés inaperçus et n’ont pas causé de dommages.

L’impact de l’étiquette « cancer »

De nombreuses personnes associent le mot « cancer » à une maladie grave ou à la mort. C’est un terme effrayant. Cette crainte est liée aux messages de santé publique selon lesquels le dépistage du cancer sauve des vies.

Bien que ces messages de prévention aient les meilleures intentions, ils impliquent également des sentiments de panique et de vulnérabilité dans la population. Ils offrent cependant l’espoir que les dépistages peuvent aider à temps.

Après des décennies, ces messages ont donné lieu à des résultats très positifs en termes de dépistage et de traitement précoce, mais ils ont également conduit à un désir accru, parfois injustifié, de chirurgie.

Plusieurs études montrent que l’étiquette « cancer », et l’utilisation d’étiquettes médicales pour un certain nombre d’autres pathologies, entraînent des niveaux d’anxiété trop élevés par rapport à la gravité de la maladie, ainsi qu’une tendance accrue pour les traitements invasifs.

Le désir accru de traitements plus agressifs a été démontré cliniquement dans le cas du carcinome canalaire in situ (CCIS) du sein (parfois connu sous le nom de cancer du sein de stade 0). Les femmes choisissent de plus en plus la mastectomie et la mastectomie bilatérale (ablation d’un ou des deux seins) plutôt que la tumorectomie (ablation de la grosseur), même si ces traitements ne modifient pas leurs chances de mourir du cancer du sein.

De même, dans le cas du cancer de la prostate localisé, la surveillance active est une option de gestion recommandée depuis un certain nombre d’années, ce qui signifie qu’il faut surveiller l’état de santé et ne pas administrer de traitement immédiat. Mais les hommes commencent seulement à éviter le traitement immédiat et à suivre la surveillance active à des taux similaires à ceux des hommes qui choisissent la chirurgie ou la radiothérapie.

Il existe également des preuves et des points du vue reposant sur des études selon lesquelles le mélanome in situ (également appelé mélanome de stade 0), les petits cancers du poumon et certains petits cancers du rein peuvent être considérés à faible risque et faire l’objet d’un surdiagnostic et d’un surtraitement.

Une stratégie pour réduire le surdiagnostic et le surtraitement

La suppression du nom « cancer » est l’une des stratégies proposées ces dernières années par les cancérologues internationaux pour réduire le surdiagnostic et le surtraitement dans certaines pathologies à faible risque.

L’étiquette « cancer » a déjà été retirée lorsqu’il était clairement établi que l’affection était à faible risque et qu’il était très peu probable qu’elle cause des dommages. En 1998, le « papillome et carcinome de grade 1 de la vessie » a été renommé « néoplasie urothéliale papillaire à faible potentiel malin ». Le mot carcinome, qui est une autre façon de dire cancer, a été abandonné.

Plus récemment, la référence au « cancer » a été supprimée pour un sous‑type de cancer papillaire de la thyroïde, qu’on détecte après une opération. Cette mesure a été prise pour éliminer la nécessité d’un suivi continu et pour réduire l’anxiété potentielle des patients.

Il est essentiel que nous tirions les leçons de ces exemples passés. Nous devons également procéder à une évaluation formelle de l’impact de la suppression de l’étiquette cancer sur la pratique clinique et les résultats pour les patients, afin de mener une réforme efficace.

Le retrait de l’étiquette « cancer » suscitera la controverse et prendra du temps. Mais le résultat final permettra d’apporter des soins plus appropriés pour les patients.

Brooke Nickel, candidate au doctorat, Université de Sydney.  L’article original a été publié dans The Conversation sous licence Creative Commons.

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