Témoignage: un homme a vu un pratiquant de Falun Gong se faire tuer pour son foie

Par Eva Fu
1 juillet 2022 Mis à jour: 2 juillet 2022
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Un ancien membre d’un gang japonais affirme avoir été le témoin direct du trafic d’organes perpétré en Chine. Il a vu un pratiquant de Falun Gong juste avant d’être placé sur une table d’opération pour un prélèvement du foie. Ce dernier avait les tendons coupés afin qu’il ne puisse pas s’enfuir et qu’il soit anesthésié.

C’était en août 2007. Ushio Sugawara faisait partie de l’organisation criminelle la plus puissante du Japon, le sixième Yamaguchi‑gumi. Il a quitté les yakuzas en 2015. Aujourd’hui âgé de 58 ans, il témoigne pour Epoch Times.

Le frère d’un de ses amis avait désespérément besoin d’un nouveau foie pour rester en vie. Face aux réglementations strictes, aux coûts élevés et aux délais d’attente extrêmement longs aux États‑Unis ou en France (les deux des rares pays proposant encore des transplantations du foie à l’époque) le malade s’est tourné vers la Chine, sa seule alternative semblait‑il.

À l’époque, l’Hôpital de police de Pékin, un hôpital militaire, s’était hissé au premier rang en Chine en matière de transplantation du foie.

Un intermédiaire chinois dédié au tourisme médical a mis le frère de son ami en contact avec cet hôpital. En l’espace d’un mois à peine, un donneur compatible a été trouvé, et l’hôpital a convié le patient à prendre l’avion pour se faire opérer « à tout moment ». Le prix était de 30 millions de yens (environ 210.000 euros), soit moins de la moitié du prix demandé aux États‑Unis ou en France.

« Une contribution avant sa mort »

M. Sugawara raconte comment il a dû s’impliquer dans toute cette affaire.

La famille de son ami a rapidement constaté que la qualité de l’albumine laissait à désirer. L’albumine est une protéine du foie qu’il faut injecter pendant l’opération et qui est fournie par l’hôpital. M. Sugawara a donc aidé son ami à s’en procurer au Japon et à la faire passer clandestinement à Pékin. Cela ne posait aucun problème pour l’hôpital chinois.

La veille de l’opération, M. Sugawara rendait visite au patient quand il a appris que le donneur se trouvait dans la chambre voisine.

« Un médecin chinois parlant couramment le japonais m’a proposé de jeter un coup d’œil et a tiré le rideau pour que je découvre un homme de 21 ans. L’homme ne réagissait pas parce qu’il était anesthésié, » raconte M. Sugawara.

« Il est très jeune. Son foie est très sain », a dit le médecin.

« Quel genre de personne est‑ce ? » s’est enquit M. Sugawara.

Le médecin a répondu que l’homme était une « mauvaise personne », un prisonnier dans le couloir de la mort.

« C’est à ce moment‑là que j’ai compris que la Chine utilisait ses prisonniers pour le prélèvement d’organes », se souvient M. Sugawara.

Ushio Sugawara, lors de son interview avec Epoch Times le 20 juin 2022. (Capture d’écran via Epoch Times)

« Il mourra tôt ou tard, et de cette façon, il peut apporter une contribution supplémentaire avant sa mort », a déclaré le médecin. Il a ensuite expliqué qu’il s’agissait d’un « membre d’un groupe terroriste ». M. Sugawara voulait en savoir plus sur ses activités, le médecin a alors expliqué qu’il « était du Falun Gong ».

La discipline spirituelle Falun Gong, dont les enseignements reposent sur les principes de vérité, de compassion et de tolérance, était très populaire en Chine dans les années 1990, mais elle fait l’objet d’une persécution nationale depuis 1999. Depuis plus de vingt ans, des millions de pratiquants sont arrêtés et soumis à diverses formes d’abus visant à décimer leur croyance.

Exercices du matin des pratiquants de Falun Gong, dans un parc de Chengdu dans les années 1990, avant la persécution. (Faluninfo.net)

En 2006 les inquiétudes ont commencé à émerger quant aux activités (très lucratives) de trafic d’organes du Parti communiste chinois (PCC), avec des prélèvements forcés perpétrés sur des prisonniers de conscience. Cette année‑là, plusieurs lanceurs d’alerte ont contacté Epoch Times pour en témoigner.

Annie (pseudonyme), travaillait dans un hôpital chinois du nord‑est de la Chine. Son mari (à l’époque, ils ont divorcé depuis) était chirurgien, spécialisé dans la chirurgie du cerveau. Avec d’autres médecins, il était contraint de prélever des cornées et d’autres organes sur des pratiquants de Falun Gong, avant de jeter leurs corps dans des incinérateurs… ces derniers n’étaient même pas morts.

En 2019, un tribunal indépendant s’est constitué à Londres, le « China Tribunal » (le Tribunal de la Chine). Le jury a conclu au‑delà de tout doute raisonnable que le régime tuait les prisonniers de conscience et vendait leurs organes. Les pratiquants de Falun Gong, ont‑ils établi, sont les principales victimes de ce trafic d’organes.

Début mai, le Parlement européen a approuvé une résolution condamnant les prélèvements d’organes forcés effectués par le régime, les qualifiant de « permanents, systématiques et inhumains ».

« Le médecin m’a dit qu’avec autant de gens en Chine, on pouvait trouver autant de donneurs qu’on voulait », poursuit M. Sugawara.

« La Chine a beaucoup de mauvaises personnes », lui a dit le médecin. « Ils devront mourir de toute façon, alors autant en faire un bon usage ».

L’opération a finalement échoué, et le frère de son ami est mort pendant l’opération, ainsi que le donneur.

Deux médecins pratiquent une opération chirurgicale à Chongqing, dans le sud-ouest de la Chine, le 9 août 2013. Selon NTDTV, un patient aurait reçu un foie et un rein compatibles en seulement un mois dans la ville de Tianjin. (Peter Parks/AFP/Getty Images)

Traitement spécial

Lorsqu’il a débarqué avec l’albumine, M. Sugawara a été escorté hors de l’aéroport de Pékin par un fonctionnaire haut placé et quatre policiers en armes. Il avait été retenu pendant plusieurs heures par des douaniers qui avaient détecté la solution d’albumine dans ses bagages enregistrés, or elle n’était pas autorisée dans le pays sans un permis spécial.

Finalement un haut placé des douanes est venu tamponner son passeport et il a traversé la frontière en étant traité comme un invité de marque. Il a ensuite été emmené dans une luxueuse Lexus noire.

Selon M. Sugawara, le traitement spécial dont il a bénéficié prouve l’implication totale des responsables du Parti.

« L’intermédiaire m’a dit que tout ça ne serait pas possible sans l’implication des fonctionnaires… Et qu’il n’y avait aucun moyen pour eux contrebalancer ces connexions compliquées. »

Barbarie médicale

L’homme que M. Sugawara a vu avait des bandages autour des mains et des pieds. Selon les explications du médecin, il avait fallu lui couper les tendons pour l’empêcher de s’enfuir.

Selon le Dr Torsten Trey, le fondateur et le directeur du groupe de défense Doctors Against Forced Organ Harvesting (DAFOH), cette méthode (couper les tendons) « reflète la brutalité » des médecins.

« Pas un médecin respectant son serment médical ne ferait cela », affirme-t-il pour Epoch Times. « S’ils peuvent couper les tendons, ils peuvent tout aussi bien prélever des organes sans consentement. C’est de la barbarie médicale. »

Il est possible que les médecins « aient voulu éviter l’application de relaxants musculaires pour garantir une meilleure qualité des organes. » Couper les tendons, explique‑t‑il, peut « supprimer la résistance des muscles, ce qui facilite le prélèvement des organes ».

« Le fait que le médecin ait initialement présenté le donneur comme un terroriste pour justifier ses actes est méprisable, d’autant plus qu’il a ensuite admis que c’était un mensonge et qu’il s’agissait d’un pratiquant de Falun Gong en bonne santé », poursuit le Dr Trey.

En coupant les tendons, les médecins ont « globalement induit artificiellement une paralysie », précise le Dr Trey, un tel acte « est cruel et devrait faire bondir tout médecin ».

L’Organisation mondiale pour enquêter sur la persécution du Falun Gong (WOIPFG), un groupe de défense des droits de l’homme basé à New York, a identifié l’Hôpital de police de Pékin comme un de ceux apparemment les plus impliqués dans d’innombrables prélèvement d’organes. Lors des appels téléphoniques sous couverture de WOIPFG, le Dr Wang Jianjian, un chirurgien de transplantation a admis s’être approvisionné en organes auprès de pratiquants de Falun Gong.

Contenu de l’enquête (article avec audio en chinois)

« Wang Jianjian : Je ne suis pas sûr de l’heure, mais nous avons beaucoup d’organes par ici ! L’intervention chirurgicale peut être programmée en une ou deux semaines.

Enquêteur : Est‑ce que cet organe que vous utilisez maintenant, venant de ces… Falun Gong, c’est un organe sain ? Ce sont des donneurs normaux, n’est‑ce pas ?

Wang Jianjian : Oui, oui, oui. Deux ou trois cent mille dollars feront l’affaire. »

Premier exercice debout du Falun Gong, le « Bouddha aux mille mains » à Foley Square à New York le 12 mai, à l’occasion du 21e anniversaire de l’introduction de cette ancienne discipline de méditative auprès du grand public en Chine. (Edward Dai/Epoch Times)

Selon le Dr Trey les seuls délais pour recevoir un organe en Chine sont déconcertants. Que la Chine réussisse à trouver des foies compatibles en à peine un mois, comme ce fut le cas pour l’ami de M. Sugawara, est suffisant pour s’inquiéter.

Il s’agit d’un « délai très court, très inhabituel dans le programme altruiste de don d’organes occidental. Pourtant, c’est assez courant sur le marché chinois des transplantations ».

Sur le moment, ce dont M. Sugawara a été le témoin lui a semblé d’une cruauté extrême. Le temps allant, il sait que c’est une des choses les plus monstrueuses qu’il a jamais vu.

« Ils s’imaginaient tous que ce qu’ils faisaient était correct. Ils avaient tous le cerveau complètement lavé », conclut‑il indigné.

L’édition japonaise d’Epoch Times a contribué à cet article.

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