Taxi pour femmes! Des Saoudiennes derrière le volant face à la vie chère

13 mars 2022 Mis à jour: 13 mars 2022
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A peine quatre ans après avoir été autorisées à conduire dans leur pays ultraconservateur, des Saoudiennes ont décidé, face à la cherté de vie, de convertir leur voiture en taxi, mais uniquement pour transporter des femmes.

Riche monarchie pétrolière du Golfe, l’Arabie saoudite, sous la double pression du Covid et de la chute des prix du pétrole ces dernières années, a adopté des mesures d’austérité qui ont ébranlé les fondements de l’Etat providence. Conséquence: revenus réduits, emplois moins nombreux et dégradation des conditions de vie.

Et nombreux sont les Saoudiens qui multiplient les petits boulots face notamment à l’augmentation de la TVA à 15% en juillet 2020.

Les femmes aident de plus en plus leurs familles

Même si le conservatisme reste très présent dans le royaume, les femmes, longtemps sous la coupe d’un « tuteur » ou d’un « gardien » mâle, aident de plus en plus leurs familles afin de pouvoir joindre les deux bouts.

Agée de 54 ans, Fahda Fahd travaille à plein temps dans le centre d’appel d’un établissement médical à Ryad. Son salaire de 4.000 riyals (environ 1.060 dollars) ne suffisant pas à subvenir aux besoins de sa famille, elle a décidé de convertir son véhicule personnel en taxi, quelques heures par jour.

« Mon salaire ne suffit plus à couvrir les besoins de la famille, alors je prends des clientes tous les matins et tous les soirs en rentrant du travail », raconte-t-elle à l’AFP en conduisant sa petite voiture verte.

Gagne environ 660 dollars par mois

Cette mère de quatre enfants s’est inscrite sur des applications de VTC destinées uniquement aux femmes et gagne en moyenne près de 2.500 riyals (environ 660 dollars) par mois, soit plus de la moitié de son salaire mensuel.

Ce montant « aide mon mari, qui est retraité, à payer les factures et à couvrir d’autres dépenses », explique-t-elle.

La conductrice de taxi saoudienne Fahda Fahd est assise dans sa voiture dans la capitale Riyad, le 8 février 2022. Photo de Fayez NURELDINE/AFP via Getty Images.

Sous l’impulsion du prince héritier Mohammed ben Salmane, dirigeant de facto du pays, le royaume qui applique une version rigoriste de l’islam, a entrepris des réformes sociales et économiques: les Saoudiennes ont obtenu des droits dont celui de conduire, de voyager seules ou d’assister à des divertissements au côté des hommes, ce qui leur était autrefois interdit.

Les portes du marché du travail dans différents secteurs leur ont été également ouvertes.

Plus de 200.000 femmes ont obtenu leur permis de conduire

Plus de 200.000 femmes ont obtenu depuis 2018 leur permis de conduire, et les ventes de voitures ont augmenté de 5% en 2021, selon des médias locaux. Le taux de participation des femmes à la vie active, lui, a augmenté passant à 34,1% au troisième trimestre de 2021.

Signe de l’évolution des mentalités, la famille de Fahda Fahd a accepté sa décision d’exercer un métier autrefois strictement réservé aux hommes.

« Mais à condition que je ne fasse pas de courses trop lointaines, et que je n’accompagne que des femmes », dit-elle.

Veuve elle utilise la voiture de son mari

Ansaf, la trentaine, elle aussi utilise sa voiture comme taxi pour femmes.

« Mon mari est mort soudainement sans me laisser d’argent. J’ai dû travailler pour nourrir mes trois enfants », affirme cette veuve qui préfère utiliser un nom d’emprunt.

Veuve, elle utilise la voiture de son mari et conduit les femmes et les enfants. Photo de Fayez NURELDINE/AFP via Getty Images.

Faiblement qualifiée, elle raconte avoir cherché un emploi salarié, sans succès, avant de penser à utiliser la voiture de son mari.

En proposant ses services aux femmes et enfants du quartier, elle génère aujourd’hui un « revenu acceptable ».

« Ce travail m’a donné une nouvelle chance dans la vie », se réjouit-elle.

Assise sur la banque arrière, sa cliente saoudienne est tout aussi ravie qu’elle. Agée d’une quarantaine d’années, elle dit apprécier se faire conduire par une femme.

« Je me sens à l’aise, et en sécurité, comme si j’étais avec ma sœur. »

 

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