La stratégie de Pékin de « capture d’élites » occidentales a bien réussi

Par Masooma Haq et Roman Balmakov
18 avril 2022 Mis à jour: 25 avril 2022
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Lors de l’interview accordée à la chaîne NTD, Peter Schweizer, auteur du livre Red-Handed: How American Elites Get Rich Helping China, a expliqué que l’entrée de l’État-parti chinois dans l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a changé la structure économique mondiale. En grande partie cela provient du fait que cette adhésion a permis au Parti communiste chinois (PCC) de réaliser sa stratégie visant à prendre le contrôle de l’élite occidentale et à la faire plier aux exigences de Pékin.

Schweizer appelle cette stratégie « la capture d’élites ». L’objectif du PCC consiste à cibler les élites et les responsables dans les secteurs de la technologie, du divertissement, de l’éducation, de la finance et de la politique.

« Cela donne [au PCC] un moyen de pression sur elles [les élites] parce que, une fois que [le régime chinois] les a approchés d’une façon ou d’une autre et les a rendus riches – ou, selon les paroles de certains responsables du PCC, une fois qu’ils ont goûté au miel qu’on leur a offert – ils ne voudront pas le rendre, ils ne voudront pas l’abandonner », a-t-il précisé.

« Cela donne donc un énorme pouvoir à Pékin sur des membres de notre classe dirigeante. »

La politique des élites se basait sur l’idée que si l’Occident s’engageait avec le régime chinois, celui-ci deviendrait plus libéral et moins répressif envers son propre peuple. Ce raisonnement a permis au régime d’adhérer à l’OMC en 2001.

(De g. à dr.) Le président américain Donald Trump, le Premier ministre japonais Shinzo Abe, le dirigeant chinois Xi Jinping, le directeur général de l’OMC Roberto Azevedo et le Premier ministre australien Scott Morrison participent à une réunion sur l’économie numérique lors du sommet du G20 à Osaka, le 28 juin 2019. (Jacques Witt/AFP via Getty Images)

Schweizer a souligné que cette stratégie a non seulement échoué, mais a été désastreuse pour la planète.

« Le PCC est devenu plus répressif, plus agressif sur la scène mondiale. Je pense donc que nos élites politiques et économiques ont beaucoup de comptes à rendre pour leur échec. Bien sûr, elles ont gagné beaucoup d’argent en promouvant une telle politique. »

Il a comparé la stratégie de saisie des élites à la décapitation du leadership des pays occidentaux, laissant souffrir les citoyens de ces pays. « En fait, la tête a effectivement été coupée, elle a été contrôlée, elle a été achetée, faisant donc souffrir les citoyens ordinaires qui composent le reste du corps. »

Les grandes entreprises technologiques collaborent avec le PCC

Peter Schweizer a révélé que les dirigeants de certaines grandes entreprises technologiques – telles que Tesla, Google, Facebook, etc. – se sont laissés convaincre par « l’efficacité » du régime dictatorial chinois et l’obtention de parts de marché dans le pays le plus peuplé du monde.

« Elon Musk a dit que le régime dictatorial chinois est si efficace, qu’il répond si rapidement aux besoins du peuple chinois. Mais, bien sûr, si vous avez une dictature, vous n’avez pas à vous soucier des droits civils, des droits de propriété, ni d’un système judiciaire indépendant », a-t-il martelé.

« Je veux dire que si vous êtes Bill Gates et que vous valez 100 milliards de dollars, alors être capable malgré tout d’accéder au marché chinois est important pour la croissance continue de votre société. »

Le profit avant la sécurité nationale

Par le passé, Elon Musk avait l’habitude de critiquer le régime chinois, mais il a changé de position après avoir conclu un accord avec le PCC, a souligné Peter Schweizer.

« La question est donc de savoir ce qui a changé. Et ce qui a changé, c’est qu’il est devenu partenaire commercial du Parti communiste chinois. Ils lui ont construit une grande usine, l’usine Tesla en Chine, qui produit maintenant un grand nombre de véhicules. Il a déjà annoncé qu’il allait retirer les bureaux de design de Californie et les déplacer en Chine. »

Le fait qu’Elon Musk fasse des affaires en Chine présente également un risque pour la sécurité des pays occidentaux, car certaines technologies utilisées par sa société Tesla dans les voitures sont les mêmes que celles qu’elle utilise dans les satellites.

Une vue aérienne de la Tesla Shanghai Gigafactory à Shanghai, en Chine, le 29 mars 2021. La Gigafactory de Tesla Shanghai produirait des véhicules à un rythme d’environ 450 000 voitures par an.

« Toute personne qui se retrouve empêtrée dans des affaires avec la Chine, et qui a besoin de ses bonnes grâces pour que son entreprise continue à fonctionner, va finir par faire essentiellement ce que Pékin veut. Car si elle ne le fait pas, Pékin va détruire son entreprise. »

L’intelligence artificielle (IA) est un domaine important du développement technologique – il est dit que celui qui dominera ce domaine aura un avantage économique et militaire mondial, a indiqué Schweizer.

« Nos entreprises les plus grandes et les plus brillantes, comme Google et Microsoft, subventionnent des laboratoires de recherche en Chine qui sont liés à l’armée chinoise – elles les aident dans la compétition qui agit contre nous. » Il a qualifié cette situation « d’extraordinaire » et de « troublante ».

« Google a foncé tout droit devant lui, heureux de le faire. Dans le même temps, les employés de Google ont lancé une pétition qui disait qu’ils ne voulaient pas travailler en même temps pour des contrats de recherche du Pentagone, c’est-à-dire pour l’armée américaine. C’est vraiment une situation stupéfiante. »

 

(LIU JIN/Getty Images)

Le travail de Google sur l’IA en Chine aidera les militaires du régime chinois s’ils attaquent nos propres pays.

« Vous êtes tenu par la loi chinoise sur la sécurité nationale – ce qui signifie que si vous la violez, vous irez en prison pour une très longue période – de trouver une application pour l’armée chinoise de toute technologie civile que vous avez », a mis en garde Schweizer. En outre, « si vous êtes une entreprise opérant en Chine, tout ce que vous avez, ce que vous possédez – qu’il s’agisse de propriété intellectuelle, de données sur les citoyens en Chine ou à l’étranger – ces informations doivent être mises à disposition de l’État chinois chaque fois qu’il le demande ».

Les grandes sociétés technologiques ne se soucient que de leur rentabilité et de leur pouvoir – et ce, au lieu de traiter l’État-parti chinois pour ce qu’il est : un régime répressif et dictatorial qui brutalise son propre peuple, a poursuivi Peter Schweizer. Facebook a tenté à plusieurs reprises de relier la Chine aux États-Unis par des câbles sous-marins, bien que ces projets aient été interrompus par le département de la Justice américain (DOJ) en raison de problèmes de sécurité nationale.

Le projet Hong Kong-Amérique de Facebook a été proposé pour la première fois en 2018 par un groupe composé de Facebook et de plusieurs sociétés chinoises, dont China Telecom. Le plan prévoyait que le câble de fibre optique relie Hong Kong et un site à Taïwan à deux sites en Californie.

Un autre projet du câble sous-marin commun Facebook-Google, appelé Pacific Light Cable Network, a été arrêté en septembre 2020 également en raison des préoccupations liées à la sécurité nationale, exprimées par le DOJ à l’époque de Trump.

« Est-ce que Facebook ou Google ne savaient pas que les renseignements chinois allaient utiliser cela comme une porte grande ouverte pour espionner les Américains ? Je pense qu’il est bien évident que Facebook et Google savaient que cette opportunité existait. Ils ont certainement plus de connaissances techniques que le département de la Justice. Mais l’essentiel est qu’ils ne s’en sont pas souciés. »

Les soldats de l’Armée populaire de libération chinoise alignés lors de la cérémonie d’ouverture de la base militaire chinoise à Djibouti, le 1er août 2017 (STR/AFP via Getty Images)

Bénéfices des grandes sociétés

Peter Schweizer a laissé entendre que la banque d’investissement Goldman Sachs, en particulier, a joué un rôle déterminant pour aider le PCC à accéder aux marchés américains et à en tirer profit. « Il n’est pas nécessaire d’aller loin à Wall Street [où se trouve le siège de cette banque] pour trouver une grande société qui a contribué à la situation actuelle de la Chine en ce qui concerne la croissance économique », a-t-il indiqué.

« Mais, en fin de compte, le moment venu, c’est le PCC qui garde le contrôle. Goldman Sachs a commencé à le faire ; d’autres grandes sociétés l’ont perfectionné. Blackstone et BlackRock investissent régulièrement dans des entreprises chinoises. Lorsque le gouvernement chinois privatisait des entreprises et donnait des parts de propriété aux familles de l’élite politique de Pékin ou pour favoriser ses clients de Wall Street, ces grandes sociétés en profitaient énormément. »

Influence politique

Peter Schweizer a mentionné qu’il connaît une bonne vingtaine d’anciens élus du Congrès américain qui faisaient du lobbying au profit des sociétés liées à l’armée chinoise ou des services de renseignement de Pékin.

« Je parle seulement des sociétés liées à l’armée et aux services de renseignement – elles adressent des demandes officielles à notre gouvernement, elles veulent des faveurs, elles veulent ne plus figurer sur les listes de restrictions où elles pourraient se trouver, elles essaient de changer la façon de les voir. Par exemple, Huawei essaie de convaincre les gens que non, nous n’avons aucun lien avec l’appareil de renseignement chinois – bien que ce soit absurde. Et c’est un énorme problème. »

« La capture d’élites a été réalisée bien que peu d’argent y avait été investi. Ils ont enrichi les membres de notre classe dirigeante – et cette classe dirigeante doit, à son tour, les rembourser en faisant du lobbying pour eux… »

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