Sans aide et sans les femmes, l’économie afghane va s’effondrer, prévient l’ONU

1 décembre 2021 Mis à jour: 1 décembre 2021
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A 52 ans, Maryam a perdu son emploi après le retour des talibans et ne sait comment nourrir sa famille. Elle a glissé dans la pauvreté, comme de nombreux Afghans qui vont vers la catastrophe sans aide ou travail pour survivre, a souligné mercredi l’ONU.

Mardi, après plusieurs semaines cloîtrée chez elle, Maryam est sortie faire des courses avec sa fille au grand marché de Mandayi à Kaboul. Au milieu des étals de légumes bien achalandés, elle s’est vite rendue à l’évidence: les prix des aliments ont parfois doublé ou triplé. « C’est très cher, c’est clairement visible », dit-elle à l’AFP.

Une mauvaise nouvelle de plus pour cette mère de sept enfants privée depuis cet été de son emploi de fonctionnaire, le seul qui faisait vivre la famille car son mari « est malade », après le retour au pouvoir mi-août des talibans. Ceux-ci n’ont pour l’instant autorisé que certaines femmes fonctionnaires, dans l’éducation et la santé notamment, à retravailler.

Il n’y a que l’inflation et les interdits talibans

Un vendeur trie des citrouilles en attendant des clients sur un marché de Kandahar le 22 novembre 2021. Photo de Javed TANVEER / AFP via Getty Images.

« J’ai huit bouches à nourrir, huit personnes à vêtir à la maison, tout est cher, et ça semble pour l’instant impossible pour moi de trouver un autre travail », se désole-t-elle.

Car s’il n’y avait que l’inflation et les interdits talibans… Avant même l’arrivée au pouvoir des islamistes, l’économie du pays, le plus pauvre d’Asie, était déjà minée par plus de 40 ans de guerre, et par les sécheresses qui se sont accumulées ces dernières années avec le réchauffement climatique.

Les talibans ont trouvé des caisses vides

Revenus à la tête du pays en même temps que leurs ennemis occidentaux en partaient, les talibans ont trouvé des caisses quasi vides: les pays qui soutenaient l’ancien gouvernement ont arrêté de verser l’aide qui finançait 80% du budget afghan, soit six des huit milliards de dollars (5,3 à 7,1 milliards d’euros) qui lui permettaient de payer les importations alimentaires, de médicaments, d’énergie, ou de payer les fonctionnaires….

Un vendeur trie des grenades en attendant des clients sur un marché de Kandahar le 22 novembre 2021. Photo de Javed TANVEER / AFP via Getty Images.

L’Afghanistan et ses quelque 40 millions d’habitants ont subi « un choc fiscal sans précédent » au niveau international, souligne le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) dans ses « Perspectives socio-économiques de l’Afghanistan 2021-2022 » publiées mercredi.

« Besoins de la population et faiblesse des institutions »

Par comparaison, « il a fallu cinq ans à la Syrie (en guerre) pour connaître la contraction que l’Afghanistan a subie en cinq mois », explique la directrice du PNUD pour l’Asie et le Pacifique, Kanni Wignaraja. « En termes de besoins de la population et de faiblesse des institutions, on n’a jamais vu ça nulle part, même en Syrie, au Yémen ou au Venezuela », abonde un autre cadre onusien.

Un ouvrier arrange des briques dans une briqueterie à Kandahar le 11 novembre 2021. Photo de Javed TANVEER / AFP via Getty Images.

S’y sont ajoutées les sanctions économiques occidentales prises contre les talibans, dont le gel de 9,5 milliards de dollars d’avoirs de la banque centrale afghane, qui ne peut plus intervenir pour soutenir l’économie.

L’économie tourne au ralenti et le chômage s’envole

Depuis, les banques afghanes, assiégées, ne distribuent de l’argent qu’au compte-goutte, les retraits sont limités à 400 dollars par semaine, l’économie tourne au ralenti et le chômage s’envole.

Selon l’ONU, 23 millions d’Afghans, soit plus de la moitié de la population, sont cet hiver menacés par la famine. La crise économique et humanitaire « s’aggrave » et « il faut (y) répondre pour sauver des vies », souligne le PNUD, qui estime à 2 milliards de dollars l’aide d’urgence nécessaire pour ramener toute la population au niveau du seuil de pauvreté.

L’ONU craint l’effondrement de deux secteurs clé le système bancaire et l’énergie. Photo par SHAH MARAI/AFP via Getty Images.

Si rien n’est fait, le PIB afghan pourrait chuter de 20% d’ici un an, et de 30% les années, d’après selon le PNUD, et « toutes les avancées » permises depuis 20 ans par l’aide internationale dans divers « domaines clés » (éducation, santé, égalité hommes-femmes, accès à l’eau potable, emploi…) « pourraient être perdues ».

L’agence onusienne craint notamment l’effondrement possible de deux secteurs clé: le système bancaire et l’énergie, qui plongerait ainsi le pays dans le noir.

« Les femmes et les hommes capables de travailler devraient retourner au travail »

A Doha, où talibans et Américains négocient cette semaine, les premiers ont de nouveau demandé aux seconds de débloquer les fonds gelés pour « fournir les services bancaires et de trésorerie nécessaires » à la relance économique.

Washington n’a pas répondu à ces requêtes, et exhorté les talibans à respecter les droits humains et à donner aux femmes et aux filles l’accès à l’emploi et à l’éducation. Sans l’emploi féminin (20% du total), l’Afghanistan plongerait encore plus dans la crise, avec une perte de PIB de « 3 à 5% », selon le PNUD.

Le 20 septembre 2021, des femmes afghanes attendent devant un bureau de banque à Kaboul. Photo de Bulent KILIC / AFP via Getty Images.

« Toutes les femmes et tous les hommes capables de travailler devraient retourner au travail (…) pour atténuer le choc économique immédiat et bâtir un futur pour le pays », a ajouté Mme Wignaraja, jugeant également crucial que les jeunes Afghanes continuent à étudier pour pouvoir travailler et consolider l’économie du pays plus tard.

A long terme, a-t-elle souligné, seule une économie solide, et non entravée par des sanctions, permettra au pays de sortir de l’ornière, et l’aide internationale, bien que nécessaire pour l’heure, ne restera « qu’un palliatif ».


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