Mort de la reine Elisabeth, le retour du symbole du roi

Par Aurélien Girard
12 septembre 2022 Mis à jour: 12 septembre 2022
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Le décès, attendu et attentivement anticipé, de la reine Elisabeth II, a permis à tous de publier en quelques heures de dossiers posthumes longuement préparés sur celle qui, pendant 70 ans, a su ne pas être emportée par la marée de renversements des monarchies au XXe siècle. Cette victoire fut gagnée au prix d’une modernisation sans précédent de la fonction royale – depuis un mariage filmé et retransmis dans le monde entier jusqu’à la représentation de la reine sautant en parachute – et en tailleur – pour faire la promotion des Jeux Olympiques de Londres. Et, comme partout ailleurs, au prix de la transformation des membres de la famille royale en vedettes de magazines populaires, harcelées jusqu’au drame par les paparazzis.

En observant la médaille royale, on voit donc sur une de ses faces des ors et de l’apparat, un train de vie qui coûte aux Britanniques près de 100 millions d’euros chaque année, pour une utilité qui paraît se limiter à reverser à des associations caritatives les gains de quelques matchs de polo ; de l’autre, la disparition de la noblesse d’esprit et de comportement attendue d’une famille royale, entre un Prince Andrew accusé des mêmes crimes que Jeffrey Epstein, un Prince Harry dont la jeunesse a davantage été marquée par l’exhibition de son postérieur lors de soirées alcoolisées que par le service à la monarchie, sans compter de nombreux exemples de princesses un peu légères. Tout semble se passer comme si la monarchie britannique considérait que pour vivre avec son époque, il faut en prendre les travers.

Et pourtant, dans les réactions que la presse britannique et internationale recueillies dans diverses villes du Royaume-Uni, le prince Charles, longtemps mal-aimé du fait du souvenir de la princesse Diana, n’est plus cité que comme « our King », notre Roi. Son premier discours a ému et un lien de confiance naturelle est visiblement déjà tissé.

Ce lien entre le peuple britannique et son souverain, alors même qu’il n’est plus grand-chose d’autre qu’un symbole et, diront les plus critiques, une pièce étrange sortie d’un musée, a quelque chose de touchant. Au Royaume-Uni, le Roi règne mais ne dirige pas, il est « au centre de l’unité de la nation, de son unité et de sa fierté ; donne stabilité et continuité ; reconnaît le succès et l’excellence ; et soutien l’idéal du don de soi. » Chef de l’Église, il assure aussi un rôle de lien avec le divin ; pour Charles III, celui-ci se manifeste jusque dans le respect de la nature, dont il est convaincu qu’elle nous lie au cosmos.

Il est, pareillement, étrange et touchant de voir la portée internationale du décès d’Elisabeth II, grand-mère universelle qui anime depuis quelques jours les échanges de souvenirs de ces républicains enragés que sont censés être les Français. Serions-nous, nous aussi, constitués par une inavouable essence monarchiste ? L’enchainement de nos élections présidentielles et la recherche aussi naïve que répétitive d’un homme providentiel pour incarner la nation donne bien l’impression que notre peuple n’a de cesse de chercher un nouveau roi, de l’installer tous les cinq ans dans un palais appelé l’Élysée pour ensuite, déçu de la réalité, presque immédiatement lui proposer l’échafaud. Ce palais n’est d’ailleurs pas appelé autrement que « le château » par les marquis de l’administration française.

Ajoutez à cela le fait que, chaque fois que la nation doit montrer ce qu’elle a de mieux face à des visiteurs étrangers ou qu’il lui faut faire preuve d’union et rassembler toutes ses forces, elle le fait …au château de Versailles. Tout se passe comme si, après trois révolutions et cent cinquante années d’enseignement public anti-monarchique, une fibre de l’ADN national restait tendue vers le passé et continuait à penser que la France a besoin du retour d’un roi qui puisse être « au centre de l’unité de la nation, de son unité et de sa fierté. »

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