Résistance et souffrance – se préparer à défendre la vérité à une époque de mensonges

Par Jan Jekielek et Jeff Minick
6 mars 2022 Mis à jour: 6 mars 2022
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« La clé de la résilience face à la persécution est la volonté de souffrir », déclare Rod Dreher, « pas seulement de la supporter stoïquement, mais de trouver un moyen de la transformer et de la purifier en quelque chose de bon. »

Dans cet épisode de Maîtres à penser américains, l’animateur Jan Jekielek aborde le totalitarisme mou, le « wokisme » et les moyens de résister aux deux avec Rod Dreher, auteur de Live Not By Lies : un manuel pour les dissidents chrétiens. [Vivre sans mentir, ndt.]

M. Jekielek : J’ai lu Live Not By Lies. Je pense qu’il y a beaucoup de gens qui pourraient se demander de quoi vous parlez.

M. Dreher : Eh bien, cela semble fou pour les Américains de penser que nos démocraties libérales pourraient devenir totalitaires.

Mais chaque fois que je me rends à des conférences, si je rencontre quelqu’un qui a immigré en Amérique depuis un pays communiste, je lui demande : « Est‑ce que les choses que vous voyez aujourd’hui, comme la cancel culture et la culture ‘woke’, vous rappellent ce que vous avez laissé derrière vous ? » Chacun d’entre eux répond par l’affirmative.

Et si vous leur parlez suffisamment longtemps, ils se mettent vraiment en colère parce que les Américains ne prennent pas ces questions au sérieux.

Et maintenant, nous assistons à l’expansion de ce phénomène. Il a trait à la politique identitaire, à la théorie critique de la race, à la théorie du genre, à toutes ces choses.

Il a conquis les universités, les médias, le sport, le droit, la médecine, les grandes entreprises, et même l’armée et la CIA. Le gouvernement n’a pas besoin de s’impliquer pour imposer l’égalité, quand toutes les autres institutions le font.

Les personnes qui ont grandi sous le communisme savent que lorsque vous vivez dans une société où les gens ont peur de dire ce qu’ils pensent par crainte de perdre leur emploi ou d’être envoyés en marge de la société, c’est totalitaire.

Ces gens nous disent que si nous ne nous réveillons pas à ce qui se passe, nous allons perdre notre liberté.

Vous avez quelques histoires assez incroyables dans Live Not by Lies. Vous commencez avec le Père Kolakovic.

Le père Tomislav Kolakovic est l’un des héros méconnus de la guerre froide.

Il comprenait la pensée communiste et disait à ses étudiants : « La bonne nouvelle est que les Allemands vont perdre cette guerre. La mauvaise nouvelle, c’est qu’à la fin de la guerre, les Soviétiques vont diriger ce pays. Et la première chose qu’ils feront, c’est de s’en prendre à l’église, alors nous devons être prêts. »

Il a rassemblé des groupes pour prier et étudier. La plupart d’entre eux étaient de jeunes catholiques, avec quelques prêtres qui s’impliquaient. Bientôt, chaque ville, quelle que soit sa taille, disposait d’un cercle de ce genre. Et ces cercles ont jeté les bases de l’église clandestine. Le père Kolakovic et ses disciples ont préparé les gens à ce qui allait arriver.

Je crois qu’aujourd’hui, en Occident, nous vivons un moment Kolakovic, où quiconque entre dans la catégorie des dissidents sous ce totalitarisme mou va être persécuté.

Nous voyons des parents qui se rendent enfin compte de ce que l’on fait subir à leurs enfants dans les écoles et qui se rebiffent. J’espère que cela se produira partout. Mais dans l’ensemble, les élites de notre société sont à fond dans la culture woke.

L’ancien totalitarisme dépendait de la douleur, de la terreur et de la peur infligées aux gens pour qu’ils se conforment. Ce n’est pas ce à quoi nous avons affaire aujourd’hui. Nous avons affaire à un état totalitaire qui amène les gens à se conformer en les mettant à l’aise.

Nous craignons tellement d’être pauvres. Nous craignons tellement d’être anxieux, d’être malheureux. Nous sommes si nombreux à faire n’importe quoi pour éviter les problèmes et protéger notre confort de classe moyenne.

Dans votre livre, vous faites référence à l’ouvrage de référence de Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme.

Après la Seconde Guerre mondiale, Hannah Arendt, une réfugiée juive allemande, a essayé de comprendre le totalitarisme de l’Allemagne nazie et de la Russie communiste. Quels aspects de la vie rendaient ces gens sensibles au totalitarisme ?

Hannah Arendt a conclu que l’importance de l’atomisation et la solitude généralisée contribuaient à rendre ces pays perméables au totalitarisme. Hitler en Allemagne et Lénine en Russie sont arrivés pour dire : « Nous pouvons vous donner un sens à la vie. Nous pouvons vous donner un but et un sens de la solidarité. » Et les gens qui se sentaient seuls et isolés se sont ralliés à cela.

Eh bien, nous avons cela aujourd’hui, aussi, ici en Occident.

D’autres facteurs ont été la perte de l’autorité institutionnelle, la perte de l’autorité de la religion, tout ce qui donnait aux gens un sens à leur vie et des raisons pour suivre une direction. Il y avait également une volonté de croire n’importe quel mensonge, tant qu’il était conforme à ce que les gens voulaient croire en premier lieu.

Nous pensons en quelque sorte que notre richesse et notre histoire démocratique vont nous protéger de cela. Mais comme l’a dit Soljenitsyne : « Les gens du monde entier pensent que ce qui est arrivé en Russie ne peut pas arriver ici. En fait, cela peut arriver dans n’importe quel pays du monde, si les circonstances sont favorables. »

Votre livre porte le nom de l’essai de Soljenitsyne, Vivre sans mentir. Et cela m’a fait beaucoup réfléchir sur la famille, sur laquelle vous vous concentrez dans le livre en tant qu’unité de base de la communauté. Et d’un autre côté, il y a cet assaut sur la famille par ces idéologies totalitaires.

Il est important pour les gouvernements totalitaires d’éliminer la famille, la famille traditionnelle, dans le cadre de l’élimination de tout ce qui s’interpose entre l’individu et l’État. La famille traditionnelle doit être détruite afin de libérer l’individu, ce qui signifie en réalité libérer l’individu pour l’esclavage. Nous voyons la même chose se produire maintenant avec la gauche dans notre propre pays.

Les écoles de ce pays prennent les enfants et leur remplissent la tête de théorie critique de la race, de propagande et d’idéologie du genre.

C’est tout droit sorti des sociétés totalitaires, et ça se passe ici même.

Dans Live Not by Lies, je parle du projet 1619, qui tente de recadrer la fondation américaine en l’entachant d’esclavage. Il s’agit d’une tentative de faire en sorte qu’une génération entière de jeunes Américains ne croient pas aux idéaux de leur pays.

Ce qui se passe est très clair. Et si nous, Américains, ne nous réveillons pas, nous allons perdre notre pays.

Dans votre livre, vous parlez de la valeur de la souffrance.

C’est le secret de la résistance, la façon dont vous gérez la souffrance. À Moscou, j’ai interviewé un pasteur âgé, un pasteur baptiste russe. À un moment donné, il m’a regardé et m’a dit : « Rentrez en Amérique, et dites à l’église que si elle n’est pas prête à souffrir pour la foi, alors sa foi ne vaut rien. »

C’est un homme qui savait de quoi il parlait. Et j’ai constaté, encore et encore, que la clé de la résilience face à la persécution est la volonté de souffrir – pas seulement de la supporter stoïquement, mais de trouver un moyen de la transformer et de la purifier en quelque chose de bon.

La plupart des gens en Europe de l’Est, m’a‑t‑on dit, ont fini par se conformer et par suivre le mouvement pour éviter les problèmes. Les quelques personnes qui ont eu le courage d’accepter de souffrir pour la vérité sont celles qui ont réussi, et elles n’étaient pas seulement chrétiennes. J’ai écrit Live Not by Lies en tant que chrétien pour les chrétiens, mais je suis ravi que des personnes qui ne partagent pas ma foi aient trouvé beaucoup de valeur dans mon livre, car il parle de l’importance d’être prêt à souffrir sans désespérer et d’avoir le courage de se lever.

Je crois que Dieu a un but pour chacun d’entre nous, même pour ceux qui ne croient pas en lui, et ce but peut impliquer une volonté d’accepter la souffrance et de ne pas la laisser nous détruire. Au contraire, nous pouvons l’utiliser pour purifier notre conscience, devenir plus compatissants et aider d’autres personnes en difficulté.

C’est une belle vision. Je suis sûr que beaucoup de gens viennent vous voir en ce moment et, après avoir lu Live Not by Lies, vous demandent ce qu’ils peuvent faire.

La chose la plus importante est de fonder des groupes comme Kolakovic l’a fait. Que vous soyez religieux ou non, vous devez former ces groupes pour parler de ce qui va arriver et de ce que vous pouvez faire.

Nous pouvons lire les histoires d’hommes et de femmes héroïques qui ont résisté au totalitarisme et s’en sont sortis avec leur foi et leur intégrité intactes. Je conseillerais également aux gens de trouver ceux qui sont venus dans ce pays pour échapper au communisme, de leur parler et de faire en sorte qu’ils puissent raconter leur histoire.

Enfin, je dirais aux parents : préparez vos enfants. Vous voulez qu’ils deviennent des jeunes hommes et femmes de vision, de foi et de courage. Partagez avec eux ce qui se passe. Lisez‑leur les classiques. Aidez‑les à comprendre les vertus de ces histoires.

Si nous pouvons résister sans perdre notre foi, notre intégrité et nos âmes, alors Dieu peut, dans un certain sens, utiliser notre sacrifice et notre souffrance pour rendre le monde meilleur et inspirer les gens à être courageux et compatissants.

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