La représentation de la compassion

8 mai 2022 Mis à jour: 8 mai 2022
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La Pietà, ou Vierge de Pitié, est un thème récurrent de l’iconographie chrétienne. Il s’agit de la représentation de la Vierge au pied de la Croix tenant son fils mort dans ses bras, autrement nommée Mater dolorosa. Le mot « pietà », peut être traduit par « compassion » et illustre l’amour de Marie pour son enfant.

La Pietà la plus célèbre est sans doute celle de Michel-Ange. Il s’agissait initialement d’une commande de l’ambassadeur de France auprès du pape, le cardinal français Jean de Billheres, en 1497. À l’âge de 24 ans, Michel-Ange termine la Pietà placée dans la chapelle de Santa Petronilla dite des rois de France de l’ancienne basilique Saint-Pierre, à Rome. C’est au 18e siècle qu’elle sera transférée dans la basilique Saint-Pierre de la Cité du Vatican.

Marie est représentée tenant le corps de Jésus sur ses genoux. Elle a de la compassion pour la souffrance de son fils, mais accepte son sort. Ses sourcils légèrement relevés révèlent un soupçon très subtil de tristesse sur son visage juvénile.

Michel-Ange a été critiqué pour avoir représenté Marie paraissant aussi jeune que son fils. Selon le sculpteur, les femmes chastes conservaient leur jeunesse et leur beauté. Les dimensions de Marie sont légèrement supérieures à celle du Christ. Michel-Ange a sans doute joué sur les proportions pour fournir assez de surface pour le corps du Christ. Le corps de Marie devait paraître plus grand pour qu’elle soutienne Jésus. La composition globale est triangulaire, ce qui est typique de la Renaissance.

La Pietà est l’unique œuvre signée par l’artiste, dont le nom est gravé sur le bandeau que porte la vierge (MICHAL.ANGELUS BONAROTUS FLORENT.FACIEBAT). Michel-Ange aurait entendu dire qu’on attribuait régulièrement son œuvre à un autre. Il aurait donc consacré une nuit à apposer son nom.

Selon Carl Smith, dans son livre « What’s in a Name ? Michelangelo and the Art of Signature » [Qu’y a-t-il dans un nom ? Michel-Angelo et l’art de la signature, ndt.] la signature est combinée à d’étranges points et symboles qui, ensemble, pourraient signifier : « Le Florentin Michelangelo Buonarroti, un messager de Dieu, a produit ceci. »

« La Pietà » par Michel-Ange, 1497. Marbre. Basilique Saint-Pierre, Rome. (domaine public)

Antoine van Dyck, le peintre flamand du 17e siècle, a également représenté une Pietà. Elle a l’originalité de faire figurer deux autres personnages autour de la mère et de l’enfant, Marie-Madeleine et Saint-Jean. Le corps de Jésus est représenté drapé de blanc et allongé sans vie contre un rocher, Marie étant assise derrière lui. Bien que Jésus soit mort, son auréole brille intensément car son âme divine est toujours vivante.

La Vierge lève tristement les yeux au ciel. La douleur sur son visage exprime la compassion qu’elle éprouve pour son fils. Paume gauche ouverte, elle présente Jésus au ciel.

« La Pietà » d’Anthony van Dyck, 1629. Huile sur toile. Museo de Prado, Espagne (domaine public)

Agenouillée à la droite de Marie et de Jésus, Marie-Madeleine couvre la main de Jésus de baisers. En bas à gauche du tableau, on perçoit la couronne d’épines, la banderole clouée sur la croix sur laquelle on peut lire « Jésus de Nazareth, roi des Juifs » et une bassine d’eau avec une éponge.

De type baroque, l’ouvrage s’éloigne d’un schéma pyramidal propre à la Renaissance, au profit d’une esthétique foisonnante, riche en courbes et en mouvements.

Près de 250 ans plus tard, le peintre français William Bouguereau, l’archétype de l’artiste académique, produit également une Pietà, suite à la mort de son fils aîné. Marie, vêtue de noir, au centre de la composition, pleure son enfant. Tenant fermement son corps sans vie, elle fixe le spectateur les yeux remplis de douleurs. Les deux personnages ont une auréole dorée, symbole de leur divinité.

« La Pietà » de William Adolphe Bouguereau, 1876. Collection privée. (Domaine public)

En bas à droite de la composition, la couronne d’épines et le bassin d’eau avec lequel le corps de Jésus a été purifié. Autours des deux personnages au centre, neuf anges aux couleurs de l’arc-en-ciel. Selon la tradition judaïque, l’arc-en-ciel symbolise la première alliance entre Dieu et les hommes et illustre de la promesse de Dieu faite à Noé de renouveler le monde après le déluge. Dans la tradition chrétienne, il représente le renouvellement de l’âme humaine.

À travers l’expression du visage de la Vierge, William Bouguereau dépeint sa propre douleur. Dépressif pendant six mois après cette perte, cette toile est devenue pour lui un moyen de se reconstruire.

La couleur des vêtements des anges a une autre fonction, mettre en avant toute la palette de teintes utilisées dans la composition. En d’autres termes, les anges représentent l’acte de la peinture en lui-même, un acte inspiré par Dieu.

Ces trois représentations de la Pietà illustrent la compassion d’une mère pour la souffrance de son enfant. Michel-Ange a représenté une Vierge résignée dans un moment de solitude, Van Dyck a dramatisé la scène en incluant plus de personnages et de nombreux éléments décoratifs, Bouguereau a créé une image saisissante en s’inspirant de sa propre douleur.

Une constante dans ces trois œuvres, la représentation de la compassion.

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