«Le principal avec les chevaux, c’est d’aimer ça»: l’agriculteur sans tracteur Paul Chaperon et sa relève

27 juillet 2022 Mis à jour: 31 juillet 2022
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Véritable légende dans sa région de l’Estrie dans le sud du Québec, Paul Chaperon est avant tout un agriculteur passionné de chevaux depuis son enfance. C’est donc tout naturellement qu’il a décidé de travailler avec des chevaux lorsqu’il a racheté l’exploitation familiale il y a 42 ans avec sa femme Françoise. Toute son activité professionnelle tourne donc autour des équidés dans sa ferme laitière et son exploitation forestière.

Lorsque l’on passe dans le rang 8 de Saint‑Adrien, il est fréquent de voir un fermier ou des membres de sa famille avec des attelages de machines agricoles tirés par des chevaux dans les champs, une scène qui paraît sortie d’un autre temps. Ici, ce n’est pas une mise en scène comme dans un site touristique tel que le Village québécois d’antan, il s’agit du quotidien d’une exploitation agricole en 2022.

Pour Paul Chaperon, le choix de travailler avec des chevaux s’est fait tout naturellement lorsqu’il s’est installé à son compte sur la ferme dans laquelle il est né, qu’il a rachetée de son père en 1980. Ayant grandi avec des équidés, il se passionne pour les chevaux depuis son enfance. « Le principal avec les chevaux, c’est d’aimer ça pour commencer », assure le fermier de 65 ans, en entrevue à Epoch Times autour de la table de la cuisine familiale. Dans son langage coloré, il insiste sur l’importance de l’amour pour ces géants à quatre pattes : « Travailler avec des chevaux, ça prend l’amour, il faut aimer ça. »

Une petite bouchée d’herbe avant le départ pour les champs. (Nathalie Dieul/Epoch Times)

Ici, les coéquipiers de Paul s’appellent Fred, Sam, Pitt, Rosy, Prince et Lucky. Cinq d’entre eux sont des chevaux belges, alors que le dernier est un « je ne sais pas quoi », explique l’agriculteur. « Ça n’a pas d’importance », assure‑t‑il. Ce qui importe, c’est le fait qu’ils puissent bien travailler, « ce qu’ils ont entre les oreilles », mais aussi leur poids, environ 1600 à 1800 livres, soit entre 725 et 815 kilos.

Du travail à l’année longue

Sur cette terre de 530 acres (214 hectares) dont 400 acres de bois (160 hectares), les chevaux tout comme leurs propriétaires sont occupés toute l’année. Pendant le long hiver québécois, Paul est exploitant forestier. Ses partenaires équins lui permettent de sortir les troncs d’arbre du bois sans abîmer la forêt, contrairement au même travail avec de la machinerie.

Au printemps, c’est le temps des sucres. La famille Chaperon récolte la sève d’érable à l’ancienne, avec l’outillage acheté il y a 40 ans. Au lieu des grands tubes de plastique qui relient les érables les uns aux autres pour acheminer l’eau d’érable jusqu’à la cabane à sucre, ici celle‑ci est récoltée dans des chaudières (terme québécois désignant des seaux) accrochées aux arbres. Ce sont encore les chevaux qui permettent de transporter cette précieuse sève destinée à être transformée en sirop d’érable.

Après les sucres, les chevaux sont occupés avec le travail des clôtures, puis les semences et ensuite les foins. Finalement, à l’automne, il y a les labours. Toutes les activités de la ferme tournent donc autour des chevaux.

À la ferme des Chaperon, les chevaux, tout comme les humains, travaillent toute l’année. (Nathalie Dieul/Epoch Times)

« C’est important pour le cheval de continuer toute l’année, comme pour nous autres, pour être en forme », affirme Paul Chaperon. « Ce n’est pas de maltraiter un cheval que de le faire travailler », ajoute‑t‑il. « Quand il est accoutumé à ça, il est bien là‑dedans. »

L’agriculteur est toujours attentif au bien‑être de ses chevaux et à leurs besoins. Par exemple, il faut les faire boire régulièrement pendant la journée à la saison des foins, ce qui n’est pas nécessaire l’hiver. C’est « assez facile à deviner », précise‑t‑il. « Quand il faut arrêter, il faut arrêter. »

Des outils d’antan et d’autres plus modernes

Paul Chaperon s’est mis à apprendre d’autres métiers connexes au fur et à mesure que ceux‑ci disparaissaient. Comme il n’y avait pas de forgeron dans les environs, il a d’abord appris à ferrer les chevaux lui‑même. Puis, lorsque le cordonnier du village voisin est mort, il s’est outillé pour travailler le cuir et faire les travaux de sellerie dans l’atelier dédié à cela.

Paul Chaperon avec un de ses petits-fils, Mathias, dans l’atelier où il travaille le cuir. (Nathalie Dieul/Epoch Times)
L’atelier où Paul Chaperon ferre ses chevaux. (Nathalie Dieul/Epoch Times)

Même si une bonne partie des outils utilisés par Paul Chaperon et sa famille sont les mêmes qu’il y a 50, 75 ou 100 ans, le fermier n’est pas réfractaire au progrès pour autant. La traite des 28 vaches laitières se fait à la machine, il coupe le bois depuis toujours avec une scie mécanique et a même une machine motorisée pour faucher depuis une quinzaine d’années. « Il a fallu l’introduire pour nous aider », remarque‑t‑il.

« La rentabilité est là »

Dans une entrevue de 1999 à Radio Canada, Paul Chaperon affirmait que son exploitation agricole était rentable. Epoch Times lui a donc demandé ce qu’il en est aujourd’hui, 23 ans plus tard. « La rentabilité est là », répond l’agriculteur. « Les chiffres sont assez éloquents. » La preuve ? Lui et sa femme offrent même un salaire à leur fils Jean‑Sébastien qui est leur employé.

Même s’il arrive toujours à vivre correctement de son travail, Paul reconnaît toutefois que maintenant « c’est un petit peu moins rentable parce que justement on est deux familles à vivre dessus ». 

Fred et Pitt obéissent instantanément à toutes les instructions de leur propriétaire, comme ici un demi-tour sur le chemin. (Nathalie Dieul/Epoch Times)

Cette rentabilité est possible parce que la famille n’est pas endettée. Après avoir acheté la terre du père de Paul et l’avoir payée, le couple a acheté deux autres terres à côté. Pour chaque bâtiment construit de leurs propres mains, ils ont d’abord mis de l’argent de côté avant de lancer dans le chantier. La philosophie des Chaperon est par ailleurs toujours la même depuis 42 ans : rester une petite ferme pour éviter le surendettement.

La seule ombre au tableau, ce sont les nouvelles réglementations et les tracasseries administratives qui s’accumulent année après année. « C’est en train de nous étouffer. Ils en sortent tous les ans. On est en train de rendre ça assez difficile », se désole le fermier. Même s’il arrive encore à exercer son métier, ces réglementations représentent « beaucoup de petites choses qui viennent nous grignoter notre paix ».

La relève est assurée

Paul et son épouse Françoise ont mis au monde trois enfants. Ils vont bientôt avoir leur dix‑huitième petit‑enfant et leur quatrième arrière‑petit‑enfant est aussi en route. Sur cette grande famille, un des petits‑fils du couple, Louka, est en train de se lancer en agriculture à l’âge de 20 ans après s’être beaucoup impliqué dans la ferme familiale. « Toute la machinerie qu’il a achetée, c’est avec des chevaux. C’est la continuité », remarque avec fierté son grand‑père.

À 20 ans, Louka Chaperon assure la relève de son grand-père Paul Chaperon. (Nathalie Dieul/Epoch Times)

Du côté de son fils Jean‑Sébastien, le seul des trois enfants à habiter dans la ferme familiale avec sa femme et ses deux enfants, il y travaille à titre d’employé seulement, pour l’instant. Il n’a pas encore décidé s’il deviendrait associé. « Le temps va nous le dire », note Paul. « C’est jouer avec beaucoup de chiffres aujourd’hui », ajoute‑il. Toutefois, « il aime déjà ça ».

Une inspiration pour les jeunes agriculteurs

La relève passe aussi par la formation de nouveaux agriculteurs. Paul Chaperon est en effet formateur pour l’école d’agriculture Saint‑Romain depuis plus de 20 ans, inspirant les jeunes et leur montrant la réalité du travail avec les chevaux.

Certains des jeunes formés sur cette ferme aiment tellement leur expérience qu’ils reviennent. C’est le cas de cette jeune fille venue l’année dernière prête à prendre une semaine de vacances pour revivre l’expérience cette année.

« À tous les élèves, la première chose que je leur dis : ‘Commencez par aimer ça.’ Quand tu commences comme ça, même si tu ne fais pas autant d’argent qu’un autre, ça ne te dérange pas », affirme Paul Chaperon. « Tu vas être serein. Ce qui rend heureux, ce n’est pas de faire beaucoup d’argent, c’est d’être bien, d’aimer ce que tu fais », ajoute le formateur. Peu importe si tu gagnes de l’argent, si « tous les jours où tu vas travailler, tu penses à tes journées de vacances, c’est parce que tu n’es pas à ta place », assure le passionné, qui ne prend lui‑même que trois ou quatre jours de vacances par année.

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