Le pouvoir de la retenue: «La colère d’Achille»

Atteindre l'intérieur : ce que l’art traditionnel offre comme réflexion sur nous-mêmes
11 juillet 2022 Mis à jour: 11 juillet 2022
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Qui n’a pas jamais senti la colère monter du creux de l’estomac ? Une colère telle qu’il faut opposer une forte volonté pour ne pas commettre un acte irréfléchi.

Le tableau La colère d’Achille du peintre français Louis Édouard Fournier met en scène un épisode de l’Iliade qui traite de la rancœur rappelant que la maîtrise de soi est synonyme de sagesse.

Le conflit entre Achille et Agamemnon

Selon la légende, Achille était un guerrier invincible, on ne pouvait l’atteindre qu’au niveau du talon. Le célèbre héros de la guerre de Troie, servait le roi Agamemnon. Achille était très engagé et mit à sac douze villes autour de Troie pendant les neuf premières années de la guerre. Pourtant, Achille et Agamemnon étaient régulièrement en désaccord et ne s’appréciaient que modérément.

Au cours de la dixième année de la guerre, suite au pillage de la ville de Thébé, Agamemnon s’empare de Chryséis, fille d’un grand-prêtre d’Apollon, pour en faire son esclave. Le prêtre exhorte le retour de sa fille, Agamemnon refuse. Le prêtre se tourne donc vers Apollon et l’implore d’envoyer la peste dans le camp des Grecs.

C’est alors que la déesse Héra incite Achille à s’enquérir de l’origine du fléau. Il apprend auprès d’un devin qu’Agamemnon a déclenché la colère divine d’Apollon en enlevant Chryséis.

Pour arrêter l’épidémie, Agamemnon doit la libérer et accomplir certains rituels.

En entendant cette révélation, le roi perd son sang-froid et insulte le devin. Mais les Grecs, craignant la peste, exigent le retour de la jeune fille auprès de son père. Finalement, Agamemnon cède, mais pose une condition : il veut une autre jeune fille en compensation.

L’avidité d’Agamemnon provoque la colère d’Achille. N’aimant pas être contesté et considérant la réaction d’Achille comme un manque de respect à son rang de roi, Agamemnon riposte en exigeant que Chryséis soit remplacée par l’esclave personnelle d’Achille. Enragé, Achille saisit son épée et s’apprête à lui ôter la vie.

Mais Héra, qui protège à la fois Achille et Agamemnon, envoie la déesse Athéna auprès du héros pour qu’il se contienne. La déesse de la sagesse lui promet une grande récompense en échange de sa retenue. Achille accepte et range son épée.

Sans succès, le sage Nestor tente de concilier le héros et le roi dans l’intérêt des Grecs. Achille quitte la salle très irrité, d’autant qu’il est épris de son esclave. Agamemnon envoie ses hommes pour saisir la jeune femme. Contraint de se séparer de celle qu’il aime, Achille refuse désormais de participer à la guerre. Les Grecs connaissent alors une série d’échecs.

La colère d’Achille

Dans son tableau La colère d’Achille, Louis Édouard Fournier représente le moment où Athéna intervient entre Achille et Agamemnon.

Athéna et Achille occupent le côté gauche de la composition. Achille est penché en arrière, les muscles tendus alors qu’il s’apprête à dégainer son épée. Sa cape noire contraste avec la peau d’albâtre d’Athéna. Agité et agressif, l’énergie du héros contraste également avec le calme de la déesse. L’encourageant à se retenir, Athéna pose doucement une main sur son épaule et de l’autre tient mystérieusement une mèche de ses cheveux au sommet de la tête.

Assis à droite de la composition, vêtu de rouge et de blanc, se trouve Agamemnon. Tout en tenant son sceptre, il se penche avec beaucoup de prudence (d’inquiétude ?) vers Achille tout ébloui par Athéna.

On suppose que le personnage se tenant aux côtés d’Agamemnon n’est autre que Nestor. Il a un regard inquiet et tend sa main vers le roi l’invitant à faire preuve d’indulgence. Derrière Nestor se trouve le devin, vêtu de l’habit des prêtres. Le devin observe Achille (peut‑être Athéna) d’un air impassible.

Le devin (à g.) semble impassible tandis que Nestor (au c.) tente de calmer Agamemnon (en rouge) dans un détail de « La colère d’Achille« . (Domaine public)

Le pouvoir de la retenue

La retenue est synonyme de sagesse et la représentation de Fournier vise à nous le rappeler.

Sur la toile, chaque muscle du corps d’Achille est tendu et crispé. Tangible est l’agressivité qui parcourt son corps. Il est surprenant de constater qu’un des plus puissants guerriers de la mythologie grecque perde totalement son sang-froid. Excessivement penché en arrière, sa posture marque symboliquement le déséquilibre et la perte de contrôle

Achille n’est pas le seul personnage contrarié. Agamemnon et Nestor le sont également. Agamemnon, serrant fortement son sceptre et s’accrochant à sa chaise, semble incertain des intentions d’Achille. Il n’apprécie pas que son autorité soit remise en question et son visage exprime la perplexité et le dédain. Nestor a de son côté un regard clément mais très inquiet.

Athéna et le devin sont quant à eux extrêmement calmes. Ils montrent peu d’émotions, car ils regardent la situation à un autre niveau, celui des dieux.

Athéna semble agir avec une grande facilité et une grande douceur. Achille, excessivement penché en arrière,  est apparemment devenu la marionnette de la déesse incapable à son contact de dégainer davantage son épée.

La déesse Athéna demande à Achille de retenir son assaut contre Agamemnon dans ce détail de « La colère d’Achille« . (Domaine public)

Lorsque la colère s’empare de notre corps, suggère la toile, une force intervient également pour nous empêcher d’agir de manière irrationnelle. Pour les Grecs, cette force supérieure n’était autre que la main d’Athéna.

Au plus fort des passions, la part divine de l’homme préserve une part de sagesse.

Les arts traditionnels contiennent souvent des représentations et des symboles spirituels dont la signification peut être perdue pour nos esprits modernes. Dans notre série « Atteindre l’intérieur : ce que l’art traditionnel offre comme réflexion sur nous-mêmes », nous redécouvrons le caractère moral des toiles d’autrefois. Nous ne prétendons pas fournir des réponses absolues aux questions auxquelles de nombreuses générations ont été confrontées. Ces réflexions visent davantage à nous inspirer pour être plus authentiques, compatissants et courageux.

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