Pour la première fois depuis 20 ans, une grève agite la diplomatie française

2 juin 2022 Mis à jour: 3 juin 2022
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« Fatigués », « en manque de considération », voire « en colère », de nombreux diplomates français ont répondu jeudi à un appel inédit à la grève pour protester contre des réformes mettant en danger, selon eux, l’efficacité et le prestige de la diplomatie française.

Le mouvement, rarissime dans une maison traditionnellement discrète et peu portée sur la contestation, a été lancé par six syndicats et un collectif de 500 jeunes diplomates.

Plusieurs dizaines d’entre eux se sont même réunis jeudi  devant leur prestigieux ministère, brandissant des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « diplo en extinction », « service public en danger », « diplomates en grève »…

La goutte d’eau faisant déborder le vase

Après une série de réformes, celle de la haute fonction publique, qui aura des conséquences sur les carrières diplomatiques, a été la goutte d’eau faisant déborder le vase.

Voulue par Emmanuel Macron, notamment pour mettre fin aux « castes administratives », la réforme programme la « mise en extinction » d’ici à 2023 des deux corps historiques de la diplomatie, crée un nouveau corps de l’État et prévoit que les hauts fonctionnaires ne seront plus rattachés à une administration spécifique et pourront en changer en cours de carrière.

Les grévistes estiment ne pas être « interchangeables » et  craignent la fin de la professionnalisation de la diplomatie française, troisième réseau mondial derrière les États-Unis et la Chine.

« On ne devient pas diplomate du jour au lendemain », insiste l’ambassadeur Marcel Escure, 35 ans de maison, l’un des rares à donner son nom lors du rassemblement devant le ministère, quai d’Orsay à Paris.

« Un travail extrêmement importante, on ne compte pas nos heures »

Mais la grogne montait depuis plusieurs années : « L’empilement des réformes, la baisse continue des moyens, aboutit à une fatigue et un désarroi des personnels », explique le diplomate et syndicaliste de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC), Olivier Da Silva.

« On a une charge de travail extrêmement importante, on ne compte pas nos heures, car on est très, très fier de faire ce métier. Mais il y a un sentiment de malaise, on a l’impression de ne pas être suffisamment écouté », résume Jean-Baptiste, rédacteur de 28 ans à la direction ONU.

Un discours repris par d’autres jeunes diplomates – invoquant leur devoir de réserve pour rester anonymes – ayant beaucoup investi pour apprendre le turc ou le chinois, ou travaillant « nuit et jour » sur la zone Ukraine-Russie.

Soutien au mouvement

Fait inédit, de nombreux diplomates de haut rang, ambassadeurs, directeurs de régions, affichent depuis plusieurs jours sur Twitter leur soutien au mouvement, sous le hashtag #diplo2métier.

Certains, comme les ambassadrices du Koweit Claire Le Flécher ou d’Oman Véronique Aulagnon, annoncent qu’ils feront grève. D’autres, comme le directeur des affaires politiques du ministère, Philippe Errera, retweetent une tribune récemment publiée par le collectif des jeunes diplomates.

Organisation d’assises de la diplomatie

Les ambassadeurs et agents consulaires disposent du droit de grève mais « naturellement, on ne menacera jamais la protection de nos compatriotes et de nos intérêts. On appelle à cesser le travail dès l’instant où ça ne menace pas la continuité de la défense de nos intérêts », précise M. Da Silva.

« Rien qu’une grève est déjà un événement en soi », ajoute-t-il, évoquant un « cri d’alarme ». « Notre ministère est abîmé, il faut le réparer ». Les syndicats et le collectif réclament l’organisation d’assises de la diplomatie.

La précédente grève au Quai d’Orsay date de 2003.

13.500 agents employés par le ministère des Affaires étrangères

Le ministère, où vient d’arriver Catherine Colonna, diplomate de carrière dont la nomination a été interprétée comme un « message » d’apaisement à l’endroit des personnels, assure avoir « noué un dialogue social de qualité » avec toutes les organisations syndicales.

« L’inquiétude est réelle, les personnels sont fatigués », reconnaît-on cependant de source proche du dossier, soulignant que le mouvement social intervient dans un « contexte très difficile » : plus de deux années de Covid, successions de crises, des évacuations de Kaboul après la victoire talibane en août 2021 en passant par la guerre en Ukraine, les expulsions de diplomates par la Russie, la crise avec le Mali…

Environ 13.500 agents (titulaires, contractuels, recrutements locaux…) sont employés par le ministère des Affaires étrangères, selon des chiffres officiels.

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