Pénurie d’enseignants et culpabilité post-coloniale : un lien sous-estimé

Par Aurélien Girard
28 août 2022 Mis à jour: 4 septembre 2022
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Lors de son déplacement de trois jours en Algérie, le président français Emmanuel Macron a fait de son mieux pour rétablir des relations apaisées après une longue période de tensions verbales. Derrière ces efforts, bien sûr la volonté de sécuriser de futurs approvisionnements en gaz naturel, mais pas seulement : Suez, la RATP, Aéroports de Paris ont perdu d’importants contrats en Algérie, qui développe des relations fortes avec le régime communiste chinois, il y a donc urgence à freiner cette tendance, ce à quoi le président Macron s’est employé en affrontant les huées lors d’un bain de foule à Oran, en annonçant la création d’une commission d’historiens des deux pays pour analyser les archives de la guerre d’Algérie, et en jouant subtilement avec la rivalité algéro‑marocaine.

Comme ses prédécesseurs, Emmanuel Macron affrontait les conséquences de dizaines d’années de paternalisme françafricain et d’une construction historique qui, pour l’Algérie, fait de la France un ancien envahisseur et de l’époque coloniale une période d’esclavage du peuple algérien. Comme souvent dans les histoires fondatrices, les mythes y sont plus nombreux que les réalités.

À cette « rente mémorielle » algérienne s’ajoute, du côté français, une « dette mémorielle » par laquelle, depuis le début des années 1970, une grande partie de l’histoire de France a été interprétée de la manière la plus culpabilisante qui soit. Comme dans toute action de ce genre, l’extrême gauche a été à la manœuvre, pour tenter de briser le lien national et promouvoir une internationale socialiste. S’est ainsi élaboré le récit de colons avides, exploitant les masses algériennes, pillant la région – en oubliant que c’est leur présence qui a tiré de la misère les populations du Nord de l’Afrique, permis de développer l’agriculture, le commerce, l’éducation, l’essentiel des infrastructures dont bénéficie l’Algérie.

L’enseignement public et l’extrême gauche ont intentionnellement mis en exergue les exemples – bien réels, il faut le dire – de colons exploiteurs et des tortures de l’armée française, en excluant tout le reste. S’est ainsi constituée l’idée d’une dette morale qui ne serait remboursable aujourd’hui encore que par l’accès illimité de populations nord‑africaines au territoire français, que par une tolérance totale face aux violences et à l’absence d’intégration culturelle. En effet, dit ce récit, comment pourrions‑nous faire la leçon à des populations que nous avons tant maltraitées ?

Dans un remarquable entretien au Figaro, Malika Sorel‑Sutter, ancien membre du collège du Haut Conseil à l’Intégration, explique les ravages de ce politiquement correct. Aujourd’hui, la moitié des actes de délinquance dans les grandes villes sont commis par des étrangers, et une autre grande partie par des personnes françaises issues de l’immigration. « Ces chiffres » indique‑t‑elle, « révèlent qu’aux yeux de ces délinquants, la France où ils vivent ne mérite aucun respect. C’est cet irrespect qui doit le plus inquiéter la société ».

Le lien avec l’enseignement arrive ici, comme une sorte d’écho à la titularisation en urgence par le ministre Pap N’Diaye de milliers d’enseignants contractuels. Des milliers de jeunes gens au niveau de qualification insuffisant qui vont donc devoir tenter de remplacer ceux qui quittent l’éducation nationale par désespoir, ou qui n’y entreront pas par prudence justifiée : salaires bas, classes surchargées, mais surtout climat délétère et la loi de la jungle.

Malika Sorel‑Sutter l’illustre : « J’ai revu un couple de professeurs qui avaient été mes enseignants de collège en Algérie. […] Pour leur toute fin de carrière, ils avaient été mutés en région parisienne. Or ils ont rapidement jeté l’éponge, me disant « ici, ce sont des sauvages. Enseigner n’est pas possible ». Avec beaucoup de nostalgie et d’émotion, ces deux enseignants me reparlaient de la qualité de l’ambiance scolaire dans laquelle ils s’étaient toute leur vie appliqués à transmettre les savoirs à leurs élèves en Algérie. Dans leurs nouvelles classes de banlieue parisienne, ils avaient pour l’essentiel le même public d’un point de vue ethnique, mais les comportements étaient radicalement différents. En Algérie, c’était le respect de l’enseignant et des savoirs qui prévalait, aussi bien chez les élèves que chez leurs parents. En France, là où ils avaient été affectés en fin de carrière, ce n’était manifestement pas le même climat. »

On réalise donc ici, mais trop tard, que tout ce qui était nécessaire pour permettre une bonne intégration des populations immigrées, pour que les chances de réussir soient vraiment données à tous, sont précisément ce que les idéologues de gauche ont détruit : la discipline, l’effort, la fierté nationale. Le rêve d’un monde où les peuples se comprennent et se respectent demande peut‑être de comprendre qu’une nation doit, pour être respectée, d’abord avoir du respect pour elle‑même.

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