Pékin déçoit la COP26 avec ses promesses climatiques peu convaincantes

La Chine continuera d’être le plus grand émetteur de gaz à effet de serre au monde
3 novembre 2021 Mis à jour: 8 novembre 2021
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La COP26 ne vient que de commencer en Écosse et la Chine a déjà déçu les analystes qui trouvent qu’elle ne fait pas assez pour arrêter le réchauffement de la planète.

Les dirigeants du monde entier se sont réunis à Glasgow pour la 26e conférence annuelle des Nations unies sur le changement climatique (COP26), et tous les regards sont tournés vers le plus grand pollueur du monde : la Chine. Cependant, Pékin ne joue pas franc jeu. Le chef du Parti communiste chinois (PCC), Xi Jinping, n’est même pas présent à la grand-messe pour le climat.

Le 28 octobre, dans sa présentation officielle à l’ONU, l’État-parti chinois a rejeté les demandes d’établir des objectifs climatiques plus stricts. Il a déçu de nombreux analystes avec sa « contribution déterminée au niveau national » (CDN) qui prévoit toujours d’augmenter ses émissions jusqu’en 2030. Ce sont les mêmes engagements que Pékin a pris en 2015, lorsque Barack Obama a promis que l’Amérique diminuerait immédiatement ses émissions, alors même que la Chine prévoyait ouvertement de les accroître au cours des 15 prochaines années.

Le régime chinois prévoit toujours de continuer à extraire et à brûler du charbon qui est le premier responsable du réchauffement climatique, en tête des émissions mondiales du dioxyde de carbone (C02). En tenant compte que ce combustible assure en grande partie l’approvisionnement en électricité de la Chine, le PCC a promis d’atteindre la neutralité carbone seulement « avant 2060 ».

Voilà pour les promesses. Les actions de Pékin risquent d’être bien pires, si l’on en juge d’après l’histoire récente.

Vue aérienne d’une récente grande centrale au charbon construite dans la ville de Dezhou, province chinoise du Shandong (chungking/Adobe Stock)

L’Inde, troisième plus grand émetteur de gaz à effet de serre au monde, a suivi l’exemple de la Chine. Ayant indiqué précédemment qu’elle soumettrait des objectifs d’émissions plus bas, à la veille de la COP26 l’Inde a suggéré qu’elle pourrait ne pas le faire. Sa position vise en partie à faire pression sur les pays « riches » et à les contraindre d’augmenter leur financement climatique de milliards de dollars en faveur du monde en développement.

En 2015, les pays ayant adhéré à l’accord de Paris sur le climat ont accepté de limiter le réchauffement de la planète à un niveau entre 1,5 et 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels. Le 31 octobre dernier, juste avant l’ouverture de la COP26, les dirigeants des pays membres du G20 se sont entendus sur un objectif de limitation du réchauffement climatique à 1,5 °C.

Selon les scientifiques, pour maintenir le réchauffement de la planète en dessous de 1,5 °C, une réduction de 45 % des émissions mondiales est nécessaire d’ici à 2030 par rapport à 2010. Jusqu’à présent, les CDN des pays sont loin d’atteindre cet objectif, et le secrétaire général des Nations unies a évoqué l’idée de forcer les pays à revenir chaque année à la table des négociations pour reconsidérer leurs engagements.

Toutefois, il ne faut pas oublier que même si le régime chinois fait des promesses, celles-ci n’ont pratiquement aucun sens si elles ne sont pas suivies d’effets immédiats et vérifiables à court terme. Le PCC n’a pas tenu ses nombreuses promesses, notamment celle faite en 1979 aux États-Unis de résoudre pacifiquement la question de Taïwan ou celle faite en 1984 à la Grande-Bretagne de laisser intactes les libertés à Hong Kong.

Ainsi, ce qui compte en matière d’engagements climatiques – ce n’est pas ce que l’État-parti dit, mais ce qu’il fait. Et ce qu’il fait actuellement, indique le New York Times, c’est d’augmenter la production annuelle de charbon d’une quantité supérieure à celle extraite dans toute l’Europe occidentale. En outre, selon le rapport de Global Energy Monitor, en 2020, la Chine construisait en moyenne une grande centrale thermique au charbon par semaine et a augmenté leur capacité totale de 29,8 gigawatts, tandis que dans le reste du monde elle a diminué de 17,2 gigawatts. En même temps, la capacité des centrales au charbon en cours de développement en Chine dépassait environ six fois la capacité totale de celles existant en Allemagne.

Le charbon est la principale cause humaine du changement climatique. Cependant, en raison des soi-disant pénuries d’électricité au début du mois d’octobre, la Chine a augmenté sa production annuelle de charbon de 220 millions de tonnes, soit près de 6 % de plus que l’année dernière. Avec le plein assentiment des autorités, les 153 mines d’État les plus grandes et les plus modernes vont accroître leur production au cours des prochains mois. L’amortissement des coûts d’une telle expansion prendra des décennies.

Des sauveteurs font une course contre la montre pour pomper l’eau d’une mine de charbon qui a été inondée en piégeant 22 mineurs à Qujing, dans la province chinoise du Yunnan, le 7 avril 2014. (Getty Images)

Entretemps, le planificateur d’État chinois œuvre pour maintenir le prix du charbon à un niveau bas – ce qui aura pour effet l’augmentation de son utilisation et fera le contraire de ce que les taxes sur le carbone sont censées accomplir. La Commission nationale du développement et de la réforme a révélé un projet de plafonnement des prix au niveau du 26 octobre. Les prix à terme du charbon, qui avaient atteint un niveau record le 19 octobre, ont depuis diminué de moitié.

De plus, selon Reuters, « le Conseil d’État a déclaré qu’il reporterait des taxes d’environ 17 milliards de yuans au quatrième trimestre pour aider les entreprises de charbon et de chauffage à résoudre leurs problèmes opérationnels et qu’il allégerait également les taxes sur certaines entreprises manufacturières ». Cela augmentera encore l’utilisation du charbon et les émissions.

Ainsi, tandis que les économies des pays occidentaux s’efforcent d’assumer les coûts et les effets du passage accéléré aux nouvelles sources d’énergie, l’approvisionnement en énergies fossiles bon marché permet à l’État-parti de maintenir la « stabilité sociale », d’assurer son règne et contrôle sur la population chinoise ainsi que de réaliser ses objectifs économiques, commerciaux et géopolitiques.

En particulier, l’utilisation croissante du charbon produira de l’électricité bon marché pour l’industrie d’exportation de la Chine, qui inondera ensuite les marchés américains, européens et asiatiques de produits chinois, car la hausse des prix de l’énergie dans les pays importateurs désavantagera la production nationale. En plus, cela donnera l’illusion d’une réduction des émissions de carbone dans les pays « riches ».

En réalité, ces pays ne feront que délocaliser en Chine leur production en y exportant leurs émissions – les émissions qui ne connaissent pas de frontières et affecteront toute la planète. Les consommateurs des pays « riches » auront l’illusion d’avoir le beurre et l’argent du beurre. Ils pourront se féliciter de pouvoir acheter des panneaux solaires aux meilleurs prix – des panneaux fabriqués grâce à l’utilisation de charbon à fortes émissions en Chine qui domine le marché du solaire.

Selon les analystes, pour limiter à 1,5 °C le réchauffement de la planète, la Chine doit réduire sa consommation de charbon, augmenter ses investissements à faible intensité de carbone à l’étranger et participer activement à la protection des plus grands puits de carbone du monde entier – notamment les océans, les forêts, les sols et l’atmosphère.

Pourtant, peu de pays, voire aucun, ne cherchent à devenir victime de l’influence autoritaire et hypocrite du PCC sur leurs économies et dans leurs décisions en matière d’environnement. Le système politique totalitaire et trompeur de Pékin ne peut pas être dissocié de ses objectifs d’accroître sa puissance et parvenir à la domination mondiale, et ce, sans accorder beaucoup d’attention au détriment de l’environnement de tous les autres pays.

Ainsi, jusqu’à ce que la Chine se démocratise ou limite définitivement ses émissions, les nations les plus responsables du monde devraient lui imposer des sanctions économiques sous la forme de tarifs climatiques coordonnés. Les démocraties du monde entier pourront ainsi démontrer le sérieux de leurs convictions et de leurs engagements environnementaux. Il est peu probable que Pékin réagisse à quoi que ce soit d’autre.

Dr Anders Corr est directeur de Corr Analytics Inc., éditeur du Journal of Political Risk. Il a effectué des recherches approfondies en Amérique du Nord, en Europe et en Asie et il est l’auteur de The Concentration of Power (à paraître en 2021), de No Trespassing et a édité Great Powers, Grand Strategies.


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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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