#Pas le temps de dormir: dans la peau d’un condamné à mort au Pakistan

Que ressent un condamné à mort dans les heures précédant l’exécution? Au Pakistan, l’un des pays les plus sévères au monde en matière de peine capitale, une performance artistique inédite tente d’inspirer l’empathie face à une tragédie qui se joue généralement entre quatre murs. Le projet, baptisé « Pas le temps de dormir », s’est tenu à l’occasion de la journée mondiale contre la peine de mort, mercredi 10 octobre. Il a été mis sur pied par l’ONG pakistanaise Justice Project Pakistan (JPP), créée il y a une dizaine d’années pour défendre les prisonniers les plus vulnérables.

Porté 24 heures d’affilée par l’acteur Sarmad Khoosat, qui incarne le « prisonnier Z », enfermé à l’isolement pour ses ultimes heures en ce monde, il s’est achevé dans la nuit de mercredi à jeudi. L’histoire est inspirée d’un cas réel, celle d’un détenu nommé Zulfiqar Ali Khan, qui a passé 17 années dans le couloir de la mort avant d’être exécuté en 2015. L’objectif de la performance est de montrer « la simple humanité de ce que ressent une personne, qui peut être coupable ou non, qui est peut-être un monstre, peut-être innocente », souligne Sarah Belal, la directrice de JPP, qui fut l’avocate de Zulfiqar Ali Khan.

Lorsque démarre la performance, Z. est assis dans sa cellule, fidèlement reconstituée dans un studio de Lahore, et attend avec angoisse l’heure dite. Plusieurs caméras retransmettent ses mouvements en temps réel sur le site du quotidien Dawn et sur les réseaux sociaux. On voit Z. parler à son gardien, lire le Coran, manger des biscuits et recevoir l’ultime visite, déchirante, de sa famille à laquelle il dictera ses dernières volontés.  « En tant que société, que pays autorisant la peine de mort, nous avons un contrat social qui permet à l’Etat d’exécuter en notre nom. Notre devoir est donc d’être informé sur la manière dont cela est fait », note Mme Belal.

Or les exécutions se déroulent généralement « au cœur de la nuit, dans des prisons, très loin de la société qui a pris la décision », souligne-t-elle. Sans tenir compte de la Chine, qui garde confidentielles ses statistiques, l’Iran, l’Arabie saoudite, l’Irak et le Pakistan ont mené à eux seuls 84% de toutes les exécutions répertoriées en 2017, selon Amnesty International. Depuis 2004, 4.500 personnes ont été condamnées à mort au Pakistan, soit presque une par jour, selon des données compilées par JPP. Un prisonnier dans le couloir de la mort sur quatre (26%) dans le monde est pakistanais.

Le pays a pendu 496 personnes depuis la levée en 2014 d’un moratoire de six ans sur la peine de mort dans la foulée d’un sanglant attentat contre une école de Peshawar, selon JPP, qui dénonce de nombreuses erreurs judiciaires. Une autre caractéristique du Pakistan est l’extrême variété des chefs d’accusation passibles de la peine capitale, dont le blasphème, les relations sexuelles hors mariage, le trafic de drogue, ou encore, curieusement, le « sabotage du chemin de fer ».  Une personne peut donc être condamnée à mort pour un fait « non létal », note Mme Belal qui plaide pour une réforme.

La performance, inédite au Pakistan, a été retransmise dans plusieurs universités pakistanaises ainsi que dans les Parlements européen et britannique. Elle intervient alors que la Cour suprême doit prochainement se prononcer dans une affaire particulièrement sensible et emblématique: celle de la chrétienne Asia Bibi, condamnée à la peine capitale pour blasphème en 2010 suite à une dispute autour d’un verre d’eau. « La peine de mort est généralement présentée comme un moyen de faire barrage au crime mais on sait que cela ne marche pas », estime Jean-François Cautain, ambassadeur de l’Union européenne au Pakistan, qui dit aborder régulièrement la question avec les autorités pakistanaises.

« Il est important de faire passer le message que la peine de mort ne fait qu’ajouter de la violence à la violence. Ce n’est pas ce que l’Etat devrait faire », ajoute-t-il. Mme Belal s’est dite « pleine d’espoir pour l’avenir » à l’issue de la performance, qui a été amplement commentée et critiquée sur les réseaux sociaux. « Nous sentons vraiment que l’opinion publique est en train d’évoluer », souligne-t-elle.  Elle-même a trouvé l’événement « très difficile à regarder, car cela ravive le souvenir de ce prisonnier qui a changé le cours de ma vie ».

D.C avec AFP

 
 
 
 
 

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