La nature divine des êtres humains: le Satan de Milton en admiration

Idées illustres et illustrations : les images de Gustave Doré
24 janvier 2023 Mis à jour: 24 janvier 2023
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Dans notre série « Idées illustres et illustrations : les images de Gustave Doré », nous avons eu l’occasion d’examiner les manières diaboliques de Satan, qui a juré de se venger de Dieu. Dans notre dernier article, nous avons vu qu’après une lutte interne difficile au cours de laquelle il a décidé de continuer à défier Dieu, Satan découvre le paradis d’Eden, entouré d’un grand mur de verdure qui empêche toute créature d’y entrer ou d’en sortir : toute créature sauf Satan.

Milton écrit :

« Montait la muraille verdoyante du paradis…
Pensif et avec lenteur, Satan a gravi
Le flanc de la colline sauvage et escarpée…
Par mépris, d’un seul bond léger il franchit
Toute l’enceinte de la colline
Et de la plus haute muraille,
Et tombe en dedans sur ses pieds… »
(Livre IV, lignes 143, 172-173, 180-184)
(Traduction de Chateaubriand 1861)

Satan est encore profondément affecté par le dialogue interne qu’il a eu ; il est pensif. Lorsqu’il aperçoit le mur qui obstrue son entrée, il le franchit avec mépris et atterrit légèrement sur ses pieds.

Gustave Doré montre Satan assis au sommet de la « colline sauvage et escarpée » d’où sa silhouette courbée et ombrageuse peut voir le jardin d’Eden dans son enceinte. C’est presque comme s’il était camouflé. Il pourrait faire partie du paysage montagneux, et cela pourrait nous rappeler sa nature caméléon et trompeuse.

Les rayons brillants, qui suggèrent l’inspiration divine avec laquelle le jardin a été construit, remplissent la partie supérieure de la composition et conduisent nos yeux vers le bas, vers le paysage luxuriant. C’est ici que Satan saute.

Détail de « Pensif et avec lenteur, Satan a gravi le flanc de la colline sauvage et escarpée … » (IV. 172, 173), extrait du « Paradis perdu » écrit par John Milton en 1866, illustré par Gustav Doré. Gravure (Domaine public)

En entrant dans le jardin et en sautant au sommet de l’arbre de vie, l’arbre le plus haut du paradis, juste à côté de l’arbre de la connaissance, Satan regarde tout le jardin d’Eden d’en haut et est submergé par un affront céleste à ses sens qui revigore son désir de nuire à la création de Dieu.

Milton saisit cette occasion pour décrire combien le jardin de Dieu est splendide, avec tant de beauté que cet « étroit » espace contient dans ses limites (livre IV, ligne 207). La terre féconde des espèces les plus nobles pour la vue, l’odorat et le goût, et la variété des créatures sont extravagantes et luxueuxes et font de l’ensemble de l’environnement le summum de toute sa richesse.

Détail de « Un asile heureux et champêtre d’un aspect varié » (IV. 247), extrait du « Paradis perdu » écrit par John Milton en 1866, illustré par Gustav Doré. Gravure (Domaine public)

La nature divine de la création de Dieu

Satan voit un fleuve et suit sa direction, ce qui le conduit à un endroit où il voit deux personnages boire au bord du fleuve, que Milton décrit comme suit :

« Où l’ennemi vit sans plaisir tous les plaisirs,
Toutes les créatures vivantes,
Nouvelles et étranges à la vue.
Deux d’entre elles, d’une forme bien plus noble,
D’une stature droite et élevée,
Droite comme celle des dieux,
Vêtues de leur dignité native dans une majesté nue,
Paraissaient les seigneurs de tout, et semblaient dignes de l’être.
Dans leurs regards divins brillait l’image de leur glorieux auteur,
Avec la raison, la sagesse, la sainteté sévère et pure … »
(Livre IV, lignes 285-293)

Milton nous offre une description intéressante ; elle nous donne un aperçu de ce qu’il pense de la nature humaine. Les humains, lorsque leur nature est intacte et pure, sont majestueux et dignes d’être les seigneurs de toutes les choses sur Terre. Façonnés à l’image de leur Créateur, ils sont des créations divines, et cette divinité révèle la vérité, la sagesse et la sainteté pure de leur nature humaine non altérée.

Gustave Doré illustre les deux personnages au bord d’un fleuve dans le jardin d’Eden. Ils sont abrités sous un arbre tandis que l’homme fait provision au bord du fleuve pour la femme. Maintenant, le Satan de Milton réagit à ce qu’il voit :

« Ô enfer ! qu’est-ce que mes yeux voient avec douleur ?
À notre place et si haut dans le bonheur sont élevées
Des créatures d’une autre substance, nées de la terre peut-être
Et non purs esprits, cependant peu inférieures aux brillants esprits célestes.
Mes pensées s’attachent à elles avec surprise ;
Je pourrais les aimer, tant la divine ressemblance éclate vivement en elles,
Et tant la main qui les pétrit a répandu de grâces sur leur forme ! »
(Livre IV, lignes 358-365)

Détail de « Ils suçaient des pulpes savoureuses, et à mesure qu’ils avaient soif, ils buvaient dans l’écorce des fruits l’eau débordante. » (IV. 335, 336), extrait du « Paradis perdu » écrit par John Milton en 1866, illustré par Gustav Doré. Gravure (Domaine public)

Satan est manifestement bouleversé et jaloux en voyant des humains. Satan est affligé de voir ces nouvelles créatures régner sur un endroit semblable au paradis où il résidait autrefois : un paradis qu’il ne pourrait jamais gouverner.

Malgré son chagrin, il est presque poussé à aimer les êtres humains qu’il voit en raison de leur nature divine. Ils paraissent si près d’être pleinement divins que Satan ne sait plus d’où ils viennent. « Peut-être » sont-ils nés de la terre, mais indépendamment de cela, leur « ressemblance divine » et la « grâce » dont ils sont remplis saturent ses pensées d’émerveillement.

La description de Milton nous amène à considérer à la fois la forme et le contenu des êtres humains : leur ressemblance divine et leur grâce. Ces deux éléments sont offerts par Dieu. Leur forme n’est pas seulement celle qui ressemble à Dieu, mais la grâce qui les remplit répond au critère d’un Dieu, un critère que Milton semble aligner sur la vérité, la sagesse et la sainteté. On peut soutenir que c’est cette unification des formes divines et du contenu divin qui confond même l’incarnation du mal en l’amenant à aimer potentiellement ce qu’il cherche à haïr.

Le but de Satan : corrompre les êtres humains

Ceci étant dit, ce moment d’émerveillement ne suffit pas à arrêter Satan. Il sort rapidement de la transe et reprend son objectif d’attaquer leur lien divin avec Dieu pour accomplir sa vengeance :

« L’enfer, pour vous recevoir tous les deux,
Ouvrira ses plus larges portes,
Et enverra au-devant de vous tous ses rois.
Là vous aurez la place que vous n’auriez pas dans ces enceintes étroites,
Pour loger votre nombreuse postérité… »
(Livre IV, lignes 381-385)

Satan affiche clairement ses intentions : il va ouvrir les portes de l’enfer pour accueillir les êtres humains et toute leur progéniture. Dans un article précédent, nous avons exploré les portes de l’enfer alors que Satan tente d’en sortir. Ses deux enfants, le Péché et la Mort, gardaient les portes. À mesure que nous avançons, il sera intéressant de voir comment Satan et ses deux enfants atteignent leur but et quelle perception morale nous pourrions en tirer.

Sous tous les péchés, Milton suggère que notre nature originelle, notre nature pure, non falsifiée, est créée pour ressembler et être comme le divin, comme notre Créateur. Comment pouvons-nous accéder à notre nature divine et être à nouveau proches de Dieu ?

Gustave Doré était un illustrateur prolifique au XIXe siècle. Il a illustré certains des plus grands classiques de la littérature occidentale, notamment la Bible, « Le Paradis perdu » et « La Divine comédie ». Dans cette série, nous allons nous plonger dans les pensées qui ont inspiré G. Doré et les images que ces pensées ont suscitées.

Eric Bess pratique l’art figuratif et est actuellement en doctorat à l’Institute for Doctoral Studies in the Visual Arts (IDSVA).

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