Moi, super-prédateur

24 août 2015 Mis à jour: 24 août 2015
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Il y avait les grands prédateurs, aux crocs longs et aux muscles puissants, les rois de la jungle, de la montagne, de l’océan. Il y avait, d’un autre côté, les proies dont la vie passe à courir, nager ou voler plus vite que les précédents. Dans une position un peu à part de ces éléments de la chaîne alimentaire se tenait l’homme, avec son corps lent et lourd, ses dents peu coupantes mais une ingéniosité particulière pour concevoir des outils et anticiper l’alimentation de sa tribu en cultivant la terre, en élevant du bétail, en pêchant. Cela a été ainsi quelques milliers d’années, avant que l’agriculture et la pêche n’entrent dans l’ère industrielle, celle de la consommation massive des ressources, et que la consommation de viande ne devienne quotidienne dans quasiment tous les pays dits développés. La semaine dernière, dans un article de la prestigieuse revue scientifique Science, les scientifiques de l’Université de Victoria au Canada en tirent une conclusion sans appel : « Durant le siècle passé, l’homme est devenu le principal prédateur sur de nombreux écosystèmes. »

Cet article édifiant, qui prend comme illustration les conséquences de la surpêche sur les populations marines, vient en écho à deux « news » de notre fil d’information du mois d’août. La première est que la population mondiale a déjà consommé à la mi-août l’ensemble des ressources naturelles disponibles sur terre pour l’alimenter en 2015. D’août à décembre, tout ce que nous prélèverons sera donc un trop-pris sur les ressources de la planète, que nous lui volons – sans volonté ni possibilité de le rendre. Le constat est d’autant plus amer que près de 40% de ses ressources alimentaires seront jetées sans jamais être consommées. La seconde nouvelle, c’est que la FNSEA, notre syndicat agricole national, a de nouvelles grandes idées pour répondre aux difficultés des agriculteurs. Il faudrait investir en France, dit-elle, environ 3 milliards d’Euros pour robotiser l’agriculture, plus produire, à plus bas coût. Ainsi, par effet de volume, les agriculteurs finiraient par gagner à peu près leur vie.

L’immense souci avec cette recommandation, sans même faire le lien avec l’article de Science, c’est qu’elle n’est que la suite logique de ce qui a détruit le monde agricole durant les cinquante dernières années en nivelant par le bas la production : toujours plus de quantité, mais une qualité en baisse, des sols rongés par les pesticides et tellement damés par les machines agricoles qu’ils ne retiennent plus l’eau. Les agriculteurs dont le compte en banque aurait dû, leur promettait-on, se porter mieux en suivant cette approche, disparaissent les uns après les autres à force de vendre à perte.

Cette aptitude surprenante à ne pas préparer le futur – que ce soit pour la pêche, l’élevage ou les cultures agricoles, est ce qui fait de nous, d’après l’article de Science, des « super-prédateurs », dominateurs extrêmes du monde vivant. En plus du problème de la quantité prélevée au milieu naturel, il y a celui de la manière de prélever. Par exemple, citent les auteurs, à la différence des grands prédateurs marins qui savent cibler leur chasse pour permettre le renouvellement des populations chassées, l’homme empêche ce renouvellement en puisant principalement dans les populations matures et en âge de procréer.  Et vide ainsi les océans de la même manière qu’il stérilise les terres de culture.

On pourra remercier l’article de Science et la FNSEA de nous avoir rappelé la différence fondamentale entre ingéniosité et intelligence et de nous avoir définis, nous, super-prédateurs.

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