Le Mile End : un quartier d’histoire et de passages

4 octobre 2016 Mis à jour: 4 octobre 2016
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Ce qui rend le Mile End si particulier aujourd’hui c’est la diversité des communautés qui l’ont habité au cours des deux derniers siècles ; celles qui l’ont construit, celles qui l’ont quitté, puis celles qui se le sont réapproprié. Retraçons les grandes lignes de l’histoire du Mile End à travers quelques-uns de ses plus beaux bâtiments.

Parmi les plus anciens monuments, notons l’ensemble majestueux situé entre le boulevard Saint-Joseph et l’avenue Laurier, à l’angle du boulevard Saint-Laurent et, en particulier, l’église Saint-Enfant-Jésus-du-Mile-End (1857-1858). Ils formaient un des noyaux institutionnels de la population francophone qui, avec la communauté anglophone, habitait le Mile End à l’origine. Quelques familles étaient propriétaires de plusieurs terrains du Mile End : les Beaubien, les Bagg, les Clark.

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En 1861 et 1878, les villages Saint-Jean-Baptiste et Saint-Louis-du-Mile-End, situés de part et d’autre de l’actuelle avenue du Mont-Royal, se séparèrent du vaste territoire de Côte Saint-Louis dont ils faisaient partie, impulsés par le développement de nouveaux moyens de transport qui allaient transformer l’économie des villages. « Il y avait des divergences d’opinions entre les gens qui étaient plus de l’économie traditionnelle [c’est-à-dire liée aux activités d’extraction de pierre grise et de tannerie] et les gens qui avaient envie de développer le village par l’arrivée du chemin de fer et par la possibilité qui allait venir en 1864 de rejoindre le centre-ville par le tramway [à cheval] », raconte Justin Bur, fin connaisseur de l’histoire du quartier et membre actif de la société d’histoire locale Mémoire du Mile End.

D’une culture architecturale ayant beaucoup de mérite, les maisons en rangées du quartier Mile End sont exemplaires par la qualité de leur maçonnerie, la proportion de leur façade et leur souci du détail. (Nathalie Dieul/Epoch Times)
D’une culture architecturale ayant beaucoup de mérite, les maisons en rangées du quartier Mile End sont exemplaires par la qualité de leur maçonnerie, la proportion de leur façade et leur souci du détail. (Nathalie Dieul/Epoch Times)

En 1895, le village Saint-Louis-du-Mile-End devint ville Saint-Louis et l’appellation Mile End disparut des registres officiels. En 1905, à l’angle du boulevard Saint-Laurent et de l’avenue Laurier, fut construit l’hôtel de ville (l’actuelle caserne de pompier) de style « château », à l’image des hôtels prestigieux du Canadian Pacific de l’époque. Le 31 décembre 1909 (ou 1er janvier 1910), ville Saint-Louis fut annexée à la Ville de Montréal.

Les quelques années précédant l’annexion furent extrêmement déterminantes pour le cadre bâti : « Tout le monde savait que les taxes augmenteraient aussitôt que l’ancienne Ville Saint-Louis ferait partie de la Ville de Montréal, donc il y a eu beaucoup de constructions de bâtiments et d’infrastructures », relate Susan Bronson, architecte spécialisée en conservation du patrimoine, résidente du Mile End depuis 35 ans et auteure d’un ouvrage à paraître sur l’histoire du quartier.

En 1904, un nouveau règlement rendit obligatoires, entre autres, les salles de bain et l’éclairage naturel aux nouvelles résidences. Les duplex et triplex se multiplièrent. Non seulement furent-ils nombreux, mais la culture architecturale de ces maisons en rangée aurait eu beaucoup de mérite. « La qualité de la maçonnerie est extraordinaire, les proportions des façades sont intéressantes [] Le règlement était assez précis pour assurer un bel équilibre entre la diversité des façades et une certaine uniformité du paysage de la rue en même temps. Le recul par rapport au trottoir permettait d’avoir un jardin devant les maisons et des escaliers extérieurs », affirme Mme Bronson.

Sur le côté sud de la rue Fairmount, derrière la façade moderne du Collège français, on peut voir la devanture de l’ancienne synagogue B’nai Jacob et ses inscriptions en hébreu. (Frédérique Binette/Epoch Times)
Sur le côté sud de la rue Fairmount, derrière la façade moderne du Collège français, on peut voir la devanture de l’ancienne synagogue B’nai Jacob et ses inscriptions en hébreu. (Frédérique Binette/Epoch Times)

Ce fut également l’époque au cours de laquelle, fuyant la persécution religieuse en Europe de l’Est et en Russie, de nombreux juifs migrèrent à Montréal et s’installèrent graduellement le long du boulevard Saint-Laurent. Ils s’établissent initialement au sud de l’avenue du Mont-Royal et arrivent dans le Mile End après 1910. On trouva alors sur la Main plusieurs boucheries kasher, boulangeries, théâtres yiddish, synagogues, etc. S’il reste peu de traces des plus petites synagogues établies dans les maisons en rangée de l’époque, il en reste deux d’architecture plus monumentale sur l’avenue Fairmount, dont la synagogue B’nai Jacob, partiellement cachée par la façade de l’actuel Collège français ajoutée dans les années 1960 – mais l’œil attentif pourra encore y lire les inscriptions en hébreu.

Outre les petits commerces, l’industrie de la confection devint le principal moteur économique du quartier, et les manufactures se multiplièrent le long de la Main, puis de la voie ferrée. Or, les conditions de travail difficiles et les maigres salaires des « travailleuses de l’aiguille » fomentèrent d’importants mouvements syndicaux, surtout au sud de l’avenue du Mont-Royal, mais qui touchèrent aussi le Mile End. Un bel héritage architectural de cette époque est l’édifice Peck, situé à l’angle du boulevard Saint-Laurent et de la rue Saint-Viateur, une ancienne manufacture aujourd’hui rénovée et hébergeant l’entreprise florissante de multimédia Ubisoft.

À l’intersection des rues Henri-Julien et Maguire, l’allée de trottoir est bordée d’une bande végétale des deux côtés. Une belle façon de concilier esthétisme et environnement. (Frédérique Binette/Epoch Times)
À l’intersection des rues Henri-Julien et Maguire, l’allée de trottoir est bordée d’une bande végétale des deux côtés. Une belle façon de concilier esthétisme et environnement. (Frédérique Binette/Epoch Times)

 

Les mesures d’apaisement de la circulation

Les Milendois ont la protection de l’environnement à cœur et cela se reflète, entre autres, par les mesures d’apaisement de la circulation mises en place par le district.

Il s’agit d’aménagements qui modèrent le flux de circulation sur les rues résidentielles et qui peuvent notamment prendre la forme d’avancées de trottoir, de traverses piétonnes et autres marquages au sol, de stationnement de rue, etc.

Lorsque conjointe à des activités de verdissement et à l’ajout de mobilier urbain, cette «révolution du coin de la rue », comme l’a nommé le conseiller du district du Mile End, Richard Ryan, fait de ce quartier un lieu où il fait bon vivre et se balader.

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