« Mais ils le font tous ! »

19 avril 2022 Mis à jour: 27 avril 2022
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Une tendance inquiétante est apparue lors des élections présidentielles françaises : on découvre, presque à la dernière minute qu’un candidat crédible a commis un acte illégal. La révélation est destinée à saboter ou à détruire complètement les chances électorales du candidat.

La dernière « victime » de ce schéma est Marine Le Pen, qui affronte le président sortant, Emmanuel Macron, lors du prochain second tour de l’élection présidentielle, comme ce fut déjà le cas en 2017. La principale différence entre les deux élections est que, cette fois-ci, les sondages donnent à Marine Le Pen une légère chance de victoire, alors que la dernière fois, Macron a non seulement remporté une victoire écrasante, mais dès le premier tour, les sondages le positionnaient grand vainqueur. Sa victoire n’a jamais fait aucun doute, comme c’est le cas aujourd’hui.

Le Pen est généralement décrite comme étant d’extrême droite, bien qu’en réalité ses idées économiques ne soient, à certains égards, pas très différentes de celles du candidat d’extrême gauche, Jean-Luc Mélenchon, qui la talonnait de près au premier tour.

Ces affinités économiques expliquent peut-être pourquoi tant d’électeurs du candidat d’extrême gauche se disent prêts à voter pour la candidate d’extrême droite. Pour sa part, Mélenchon a exprimé le souhait que pas un seul de ses électeurs ne vote pour Le Pen, sans toutefois leur avoir demandé de voter pour Macron. Il semble donc espérer un fort taux d’abstention, ce qui renforcerait son argument selon lequel le système politique français actuel est antidémocratique et illégitime, et que le pays a besoin d’une nouvelle constitution.

Le Pen vient d’être accusée par l’Office européen de lutte anti-fraude (Olaf) de détournement de fonds. Pour être précis, elle aurait détourné 136 993,99 € de l’argent de l’Union, alors qu’elle était membre du Parlement européen entre 2004 et 2017. Elle est, par exemple, accusée d’avoir réclamé 23 100 € pour l’achat de fournitures telles que des stylos et des sacs à distribuer lors de la conférence annuelle de son parti politique en 2014, ce qui n’est pas autorisé par le règlement.

C’est peut-être une coïncidence que le dossier émerge entre les deux tours des élections. Quoi qu’il en soit, probablement peu d’électeurs y prêteront vraiment attention. Marine Le Pen est résolument hostile à l’Union européenne, tandis que Macron lui voue un culte presque religieux. Il n’est donc pas difficile de savoir lequel des deux candidats est celui que l’Union souhaiterait voir gagner.

Cela ne revient pas à dire que Le Pen est innocente, d’où les guillemets autour du mot « victime ». Interrogeant une électrice française, qui a voté pour Mélenchon et a décidé de s’abstenir au second tour, bien qu’elle déclare préférer Le Pen à Macron, elle s’est exclamée : « Mais ils le font tous ! »

C’est aussi ce qui a souvent été répété lorsque François Fillon, le favori de l’élection présidentielle de 2017, a soudainement (et opportunément) été accusé d’avoir créé un emploi fictif pour sa femme aux frais de l’État. Il n’était pas innocent, mais il le faisait depuis au moins 15 ans. Était-ce vraiment une simple coïncidence que cela ait été révélé juste au moment où il était sur le point de remporter une élection ? Il est vrai que les antécédents d’un candidat à l’élection présidentielle font l’objet d’un examen exceptionnellement minutieux, mais Fillon avait également été Premier ministre, de sorte qu’il n’était en aucun cas un inconnu.

Il est difficile de résister à la conclusion que c’est la candidature de quelqu’un, et non sa fraude, que ses accusateurs contestent.

Alors que l’accusation de fraude a anéanti les chances électorales de Fillon (il a ensuite été condamné à cinq ans de prison, une peine dont il fait encore appel), de nombreuses personnes en France ont haussé les épaules en pensant que ce qu’il avait fait, bien que criminel, était normal pour la classe politique, et qu’il devait y avoir beaucoup d’autres personnes dans le même cas.

Il est instructif de comparer cela avec une anecdote concernant De Gaulle lorsqu’il affrontait François Mitterrand à l’élection présidentielle. Son équipe lui avait rapporté des informations qui discréditaient complètement Mitterrand (ce qui n’était pas très difficile à trouver). De Gaulle a cependant refusé de les utiliser. Il savait parfaitement que Mitterrand était une crapule, mais, si lui, le général, gagnait l’élection, il restait le président de la République et De Gaulle, qui n’était pourtant pas dépourvu d’un certain ego, reconnaissait que la fonction est plus grande que l’homme – n’importe quel homme.

Tout maladroit et caractériel qu’il fût, peut-être même mégalomane, il ne fait aucun doute que De Gaulle avait une certaine probité. Personne ne l’a jamais accusé de se nourrir à l’auge des dépenses publiques, par exemple, ou de tremper dans différentes affaires lucratives. Il n’a jamais amassé de fortune colossale, il n’a pas fait de trafic d’influence, il n’est pas entré dans les conseils d’administration des grandes entreprises après son retrait de la vie politique avec un salaire immense pour n’avoir rien fait. Il avait donc préservé une vision élevée, voire noble, de la politique, car il n’aurait jamais pu être accusé du genre de méfaits auxquels, hélas, nos élus nous ont habitués depuis.

« Ils le font tous », « ils sont tous pareils », combien de fois ai-je entendu cela ! Et s’ils le font tous, s’ils sont tous pareils, mais que nous devons néanmoins en choisir un parmi eux, nous nous sentons nous-mêmes souillés, comme si nous avions participé à quelque chose de déshonorant, voire de dégoûtant. Et c’est un de ces sentiments dangereux menant les gens à vouloir balayer le système démocratique.

L’accusation contre Le Pen pourrait se retourner contre elle, tant elle est manifestement programmée pour influencer l’élection, mais ce n’est pas cela qui assurera la très probable victoire de Macron. Le fait est que tout autre résultat est extrêmement dangereux, voire catastrophique, pour la France. Cela ne signifie pas qu’on doit admirer Macron. Comme dans la plupart des élections de nos jours, et non seulement en France, il faudra choisir entre la peste et le choléra.

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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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