Macron ou la République du «recasage»

26 novembre 2022 Mis à jour: 27 novembre 2022
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« Épidémie de recasage », « recasage au forceps »,« République des copains »… les termes ne manquent pas pour décrire les dernières nominations d’Emmanuel Macron à des postes de hauts fonctionnaires. Pourtant élu pour mettre fin « à la vieille politique », la réinvention de la démocratie tant souhaitée ressemble beaucoup à l’ancienne. Des proches du gouvernement, désavoués aux élections législatives, se retrouvent à des postes de la haute administration publique, grassement rémunérés par l’argent des Français.

Emmanuel Macron avait assuré au début de son second mandat, qu’il n’abandonnerait pas ceux qui lui avaient été fidèles : « Je considère que nous avons un devoir : c’est de vous aider à retourner dans la vie extra‑politique dans laquelle vous étiez avant. Nous vous devons de vous accompagner dans cette période. (…) Je serai toujours là » déclarait‑il le 29 août dans les jardins de l’Élysée, face aux élus de son parti présidentiel battus aux législatives. Sur ce point, le président a tenu ses promesses.

● Jean Castex
‑ Ancien Premier ministre
Nommé à la direction de la RATP

(BERTRAND GUAY/AFP via Getty Images)

Après sa passation de pouvoir à Élisabeth Borne le 16 mai 2002, l’ancien Premier ministre Jean Castex a d’abord pris la tête du conseil d’administration de l’Agence de financement des infrastructures de transport de France en août, par décret du Président de la République. Changement de projet le 23 novembre, où il est nommé PDG de la RATP, avec un salaire annuel de 450.000 euros. « C’est un grand honneur de rejoindre aujourd’hui la RATP », a réagi le principal intéressé.

Sa nomination a reçu l’avis favorable de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) sous réserve de ne pas entrer en contact avec « des membres du Gouvernement en exercice qui l’étaient également lorsqu’il était Premier ministre ainsi que des membres de son cabinet qui occupent encore des fonctions publiques » pendant trois ans. Un moyen de s’assurer de l’absence de conflit d’intérêt a déclaré la HATVP.

● Christophe Castaner
‑ Ancien ministre de l’Intérieur et ancien patron des députés LREM
‑ Nommé à la tête du port maritime de Marseille et du tunnel du Mont Blanc

(LUDOVIC MARIN/AFP via Getty Images)

En juin dernier, Christophe Castaner était battu aux élections législatives dans la 2e circonscription des Alpes‑de‑Hautes‑Provence. Quelques mois plus tard, après avoir été nommé d’abord au grand port maritime de Marseille, un poste « bénévole » assure‑t‑on, il prend officiellement la tête du tunnel du Mont Blanc le 18 novembre, toujours sur décret du Président de la République. Selon son prédécesseur Thierry Repentin interviewé par Le Dauphiné, les indemnités perçues s’élevaient à 150.000 euros brut à l’année en 2017. Le capital de l’entreprise est détenu majoritairement par l’État.

● Amélie de Montchalin
‑ Ancienne ministre et députée LREM
‑ Nommée ambassadrice de la France à l’OCDE

(LUDOVIC MARIN/AFP via Getty Images)

Après sa déroute aux législatives, l’ancienne ministre de la Transformation et de la Fonction publique Amélie de Montchalin a été nommée le 23 novembre ambassadrice de la France auprès de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE), par un nouveau décret du Président de la République.

En 2019, deux sénateurs s’étaient penchés sur les rémunérations du ministère des Affaires étrangères, expliquant que dans les capitales européennes, un chef de poste diplomatique percevait entre 16.000 et 17.000 euros de salaire brut par mois, selon Marianne. BFM parle d’une rémunération de 13.000 euros brut par mois, avec à côté de ce poste de haut fonctionnaire, un bureau dans le 16e arrondissement de Paris et des avantages en nature.

● Agnès Buzyn
‑ Ancienne ministre de la Santé
‑ Nommée à la Cour des comptes après un passage à l’OMS

(BERTRAND GUAY/AFP via Getty Images)

Après un an en poste à l’OMS, Agnès Buzyn a été nommée au poste de conseillère à la Cour des comptes par Elisabeth Borne. En septembre 2021, elle était mise en examen pour « mise en danger de la vie d’autrui » dans sa gestion de l’épidémie. En février 2020, elle quittait, en pleine épidémie, son poste de ministre de la Santé pour être la candidate LREM à la mairie de Paris, suite à l’affaire Benjamin Griveaux. Elle devrait toucher 6445,69 euros brut par mois pour son poste à la Cour des Comptes, selon BFMTV.

● Emmanuelle Wargon
‑ Ancienne ministre de l’Écologie
‑ Nommée à la tête de la Commission de régulation de l’énergie (CRE)

(STEPHANE DE SAKUTIN/AFP via Getty Images)

Battue au premier tour des élections législatives en juin dernier, l’ancienne ministre Emmanuelle Wargon a été nommée sur proposition de l’Élysée à la tête de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), malgré l’opposition d’une majorité de parlementaires.

La CRE est une autorité indépendante chargée de garantir le bon fonctionnement du marché français de l’énergie, une instance dédiée à la protection des tarifs réglementés du gaz et de l’électricité en France. Nommée pour un mandat de six ans non‑renouvelable, elle touchera le confortable salaire de 200.201 euros brut annuel, selon le Télégramme.

● Didier Lallement
‑ Ancien préfet de police de Paris
‑ Nommé secrétaire général de la Mer

(CHRISTOPHE ENA/POOL/AFP via Getty Images)

Le lundi 26 septembre, deux mois après avoir quitté la tête de la Préfecture de police de Paris, Didier Lallement a été nommé, à l’âge de 66 ans, à la tête du secrétariat général de la Mer « sur proposition de la Première ministre ».

L’ancien préfet de Paris avait été vivement critiqué pour sa gestion des gilets jaunes et le fiasco de la finale de la Ligue des Champions en mai 2022. Il est visé par deux informations judiciaires sur son schéma de maintien de l’ordre. Le salaire des secrétaires d’État est 9629 euros brut par mois selon Le Figaro. Il faut ajouter à cela sa pension d’ancien préfet qui s’élevait à 4000 euros brut mensuel pour son prédécesseur, selon Capital.

● Brigitte Bourguignon
‑ Ancienne ministre de la Santé
‑ Nommée à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS)

(LUDOVIC MARIN/AFP via Getty Images)

L’ancienne ministre de la Santé Brigitte Bourguignon, qui a quitté le gouvernement après sa défaite aux législatives, a été nommée le 31 août 2022 à l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS). Elle a bénéficié d’une procédure de recrutement spéciale du gouvernement (le « tour extérieur ») qui lui permet de nommer la personne qu’il souhaite. Le salaire à la tête de l’Inspection générale des affaires sociales était en 2016 de 9.300 € brut par mois selon l’article de l’Ifrap Syndicats et postes publics : entre recasages et conflit d’intérêt.

La liste ne s’arrête pas là. Florence Parly, l’ancienne ministre des Armées devrait prendre la présidence d’Air France‑KLM au printemps 2023, selon Les Échos. Pierre‑Olivier Costa, directeur de cabinet de Brigitte Macron, a été nommé directeur du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem), sur nomination à nouveau du chef de l’État. Jacqueline Gourault, ancienne ministre de la Cohésion des territoires, siège désormais au Conseil constitutionnel, nommée par Emmanuel Macron. Bérangère Abba, ancienne secrétaire d’État à la Biodiversité, est désormais membre du Comité national de la biodiversité, un organe consultatif public. Richard Ferrand, ancien président de l’Assemblée nationale battu dans le Finistère en juin, s’est quant à lui vu offrir plusieurs fauteuils par le président, dont la présidence de l’Office national des forêts. Une offre déclinée par l’intéressé, craignant des critiques de favoritisme et de recasage.

« Une République exemplaire »

Si Emmanuel Macron n’a pas créé le système de recasage au sein de la haute administration française, il n’en a pas diminué son usage. Le président qui s’était fait élire en 2017 sur la promesse d’une « République exemplaire » fait maintenant en toute transparence ce que ses prédécesseurs faisaient en catimini.

Après la gestion des gilets jaunes, de la crise du Covid ou de la guerre en Ukraine, ces parachutages dorés de fonctionnaires aux résultats mitigés peuvent laisser un goût amer aux Français en droit de s’interroger sur la raison et la pertinence de ces dépenses de l’argent public.

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