Grâce à la loi sur la prévention du travail forcé des Ouïghours, la Chine payera pour son génocide

4 janvier 2022 Mis à jour: 4 janvier 2022
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La nouvelle loi américaine visant à mettre fin au travail forcé dans la région du Xinjiang en Chine peut s’avérer très préjudiciable pour l’industrie de la mode, qui représente 150 milliards de dollars aux États-Unis. D’un côté, c’est l’accès aux 20 % de coton mondial produit dans la région qui est en jeu, de l’autre, c’est le sort d’un millions de Ouïghours détenus dans des camps.

La loi sur la prévention du travail forcé des Ouïghours (Uyghur Forced Labor Prevention Act, UFLPA), qui a été promulguée il y a deux semaines, constitue le dernier et le plus important effort américain pour s’attaquer au problème du travail forcé au Xinjiang.

Mais, selon les experts de l’industrie de l’habillement, l’UFLPA risque de faire grimper les prix du coton, d’arrêter l’importation de nombreux vêtements en coton et de mettre sous pression les lignes d’approvisionnement des fabricants asiatiques vers les consommateurs américains.

La nouvelle loi crée une présomption légale selon laquelle tous les produits fabriqués au Xinjiang ou avec des matières premières du Xinjiang sont issus du travail forcé – et sont donc interdits d’entrée aux États-Unis. Il incombera aux importateurs américains de fournir des preuves « claires et convaincantes » que leur fournisseur au Xinjiang n’a pas recours au travail forcé.

Fournir cette preuve peut être difficile, voire impossible, ce qui entraîne une interdiction de facto des produits du Xinjiang, et de tous les produits chinois liés au Xinjiang.

Depuis 2014, les groupes de défense des droits de l’homme ont documenté la persécution systématique de la minorité ethnique ouïghoure au Xinjiang, notamment l’utilisation des Ouïghours emprisonnés comme main-d’œuvre forcée dans les usines et l’agriculture. En 2020, une commission du Congrès (pdf) a constaté que Nike, Coca-Cola, Costco, Calvin Klein, Patagonia et de nombreuses autres entreprises américaines étaient « soupçonnées d’avoir recours directement au travail forcé ou de s’approvisionner auprès de fournisseurs soupçonnés d’utiliser le travail forcé ».

Après des années de lobbying de la part des groupes de défense des droits de l’homme, en 2020, les États-Unis ont commencé à restreindre les importations de produits fabriqués par quatre entreprises du Xinjiang soupçonnées d’utiliser le travail forcé ouïghour. En janvier 2021, l’administration Trump a ordonné l’arrêt des importations de coton et de tomates en provenance du Xinjiang. Au cours de ce même mois, la loi de l’UFLPA a été présentée au Congrès pour tenter de bloquer toutes les importations en provenance de la région.

Ces tentatives de pression sur le régime chinois ont rencontré une forte résistance de la part des grandes entreprises qui fabriquent des produits en Chine. Selon un rapport du New York Times datant de novembre 2020, Apple, Nike et Coca-Cola figuraient parmi les grandes entreprises qui ont fait pression pour affaiblir ou arrêter la nouvelle loi.

L’industrie de la mode n’a vraiment montré aucune retenue. Un cinquième de la récolte mondiale de coton est cultivée au Xinjiang puis envoyée aux usines et aux fabricants de vêtements dans toute la Chine et sur tout le globe.

Dans son témoignage devant le Congrès, Stephen Lamar, président de l’American Apparel and Footwear Association, affirme que son secteur économique s’efforce d’éliminer de ses chaînes d’approvisionnement tout produit issu du travail forcé, « mais en tant que pays, nous n’avons tout simplement pas la capacité ou les moyens de mettre en œuvre, de respecter ou de faire respecter… la loi proposée ».

« Une telle loi va sans doute faire les gros titres », ajoute-t-il, « mais elle va faire des ravages sur les droits de l’homme, le développement économique et les chaînes d’approvisionnement légitimes, elles-mêmes déjà malmenées par le Covid-19 dans le monde entier ».

Une étape importante

La nouvelle loi est une grande victoire pour les Ouïghours et pour l’État de droit dans les chaînes d’approvisionnement mondiales, selon Peter Irwin, de l’ONG Uyghur Human Rights Project (UHRP), basée à Washington.

« Cette nouvelle loi est une étape importante », reconnaît-il dans une interview accordée à Epoch Times. « C’est la fin de ces entreprises qui se permettent de dire ne rien savoir de ce qui se passe au Xinjiang. »

« Le plus important dans cette loi est qu’elle oblige les importateurs à présenter des preuves claires et convaincantes que leurs produits ne sont pas fabriqués au moyen du travail forcé. »

Comme les fabricants de vêtements, Peter Irwin s’attend également à ce que la nouvelle loi perturbe les chaînes d’approvisionnement en coton et autres produits provenant du Xinjiang et d’autres régions de Chine. Mais, fait-il remarquer, c’est justement le but recherché.

« Cette loi impose un coût économique à la Chine en raison de ce qu’elle fait au Xinjiang », souligne M. Irwin. « Bien sûr, il doit y avoir un coût quand on commet ce que le gouvernement américain appelle un génocide contre les Ouïghours. »

Les États-Unis et d’autres parlements occidentaux ont qualifié de génocide la campagne de répression menée par Pékin contre les minorités ethniques musulmanes du Xinjiang. Toutefois, selon les observateurs, le régime chinois commet au moins deux autres génocides : le premier touche les Tibétains et l’autre, les pratiquants de Falun Gong.

Le coton du Xinjiang n’est pas sans valeur : on estime que la région produit non moins de 5 millions de tonnes par an pour environ 10 milliards de dollars aux prix actuels du marché. Il s’agit pour l’essentiel d’un coton de haute qualité, à fibres extra-longues, utilisé pour la confection de vêtements.

Le coton du Xinjiang fait le tour du monde. Selon une étude réalisée en novembre par le professeur Laura Murphy de l’université de Sheffield Hallam, plus de la moitié du coton du Xinjiang est exporté pour être transformé en vêtements au Bangladesh, au Vietnam, au Mexique, aux Philippines et dans de nombreux autres pays.

Dans son rapport de recherche, intitulé « Laundering Cotton : How Xinjiang Cotton is Obscured in International Supply Chains » (Le blanchiment du coton : comment le coton du Xinjiang est caché dans les chaînes d’approvisionnement internationales,ndt.), Laura Murphy décrit la stratégie d’exportation utilisée par l’industrie chinoise du coton pour en dissimuler l’origine et son lien avec le travail forcé des Ouïghours.

En utilisant des données douanières accessibles au public, l’équipe de recherche de Laura Murphy a pu retracer le coton depuis les champs jusqu’aux vêtements finis d’entreprises telles que H&M, Nike, Levi’s, Uniqlo, Patagonia et « 103 marques internationales bien connues … présentant un risque élevé d’avoir du coton du Xinjiang dans leurs chaînes d’approvisionnement ».

La pression

La Better Cotton Initiative (BCI), une organisation à but non lucratif basée à Londres qui comprend parmis ses membres Nike, H&M et Uniqlo, s’est attirée les foudres du régime chinois pour sa position sur le coton du Xinjiang. Elle a donc du adoucir le ton.

Mais en mars 2020, l’organisation, misant sur le long terme, a arrêté de valider et d’assurer les activités au Xinjiang en raison de ce qu’elle a appelé « des allégations persistantes de travail forcé ». Quelques mois plus tard, la BCI a annoncé qu’elle avait cessé toute activité dans la région en raison d’« allégations persistantes de travail forcé et d’autres violations des droits de l’homme ».

En réaction, le régime de Pékin a jeté l’opprobre sur les marques de mode occidentales, déclenchant des appels au boycott. Par exemple, certains bailleurs ont fait fermer des magasins H&M à la suite d’une déclaration sur le site Web de l’entreprise exprimant des inquiétudes quant au travail forcé au Xinjiang. En outre, des dizaines de célébrités chinoises ont renoncé à leurs contrats avec les entreprises membres de la BCI.

Face à cette pression, la BCI a baissé d’un ton. Fin mars, son siège en Chine a déclaré à Reuters « n’avoir jamais trouvé un seul cas lié à des incidents de travail forcé ». La BCI a ensuite supprimé de son site Internet les déclarations précédentes.

Une récente déclaration explique que la BCI se concentre désormais sur l’aide aux fabricants pour tracer la source de leur coton.

« Les détaillants et les marques doivent intégrer à la fois la durabilité et la traçabilité dans leurs pratiques commerciales standard. La BCI offre déjà aux entreprises un moyen puissant de soutenir les pratiques agricoles durables et les moyens de subsistance des agriculteurs, et maintenant nous concentrons notre attention sur le fait de rendre les chaînes d’approvisionnement en coton plus traçables également. »

La BCI a répondu à Epoch Times, à la suite d’une demande de renseignements, qu’elle n’avait pas d’autres commentaires que la déclaration figurant sur son site Web.

Peter Irwin, du Uyghur Human Rights Project, estime que la nouvelle loi n’est qu’un début.

« La Chine ne va pas reculer si facilement », avoue-t-il à Epoch Times. « Les exportations de coton contribuent massivement à l’économie du Xinjiang, et l’industrie de l’habillement est très importante pour la Chine. »

« Il n’y a pas que le coton », ajoute-t-il. « Le Xinjiang possède une quantité énorme de ressources pétrolières et minérales, de produits manufacturés et d’agriculture. Mais n’oubliez pas que le problème n’est pas seulement économique, et ce n’est pas que du travail forcé – il s’agit d’un génocide et de crimes contre l’humanité. »


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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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