L’Islande entre « dégagisme » et stabilité économique

28 octobre 2017 Mis à jour: 28 octobre 2017
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À Reykjavik, où les innombrables grues de chantier témoignent d’une économie tournant à plein régime, les électeurs ont commencé à pousser les portes des bureaux de vote à 09H00 GMT.

Neuf partis sont en lice, du Parti de l’indépendance (majorité sortante), formation conservatrice dominante depuis 1944, au mouvement Gauche-Verts qui draine une partie des électeurs déterminés à solder les années « fric » ayant mené à la crise financière en 2008.

Dès l’ouverture du bureau de l’Hôtel de ville de la capitale, Ragnar Veigar Gudmundsson, un cadre de 39 ans, est allé déposer son bulletin en espérant l’alternance. « J’abhorre le copinage », lance-t-il d’emblée, reprenant à son compte les accusations de népotisme visant la classe dirigeante de la petite nation de 335.000 habitants depuis la crise financière de 2008 et le scandale des Panama Papers.

« Un gouvernement de centre-gauche est possible », s’avançait vendredi le quotidien Morgunbladid après la publication des tout derniers sondages.

Selon les enquêtes publiées par le journal et la télévision Ruv, le Parti de l’indépendance du Premier ministre sortant, Bjarni Benediktsson, qui profite de l’extraordinaire vitalité de l’économie islandaise, obtiendrait 17 sièges sur 63.

Plusieurs partis du camp « anti-establishment » apparaissent néanmoins en mesure de le renvoyer dans l’opposition: le mouvement Gauche-Verts, les sociaux-démocrates, et les Pirates totaliseraient ensemble jusqu’à 29 mandats. Trop court pour atteindre la majorité de 32 sièges, mais le ralliement d’un quatrième parti est envisageable.

« Si ces chiffres sont confirmés par l’élection, ils constitueront pour l’opposition une injonction à former un gouvernement », a commenté la dirigeante du Mouvement Gauche-Verts, Katrin Jakobsdottir.

L’histoire récente a toutefois montré combien les partis de gauche peinaient à s’entendre.

De l’autre côté du spectre, si les conservateurs semblent esseulés, ils pourraient néanmoins faire cause commune avec leurs anciens alliés du Parti du progrès, le Centre et les libéraux de Renaissance, crédités de 16 à 17 sièges au total.

La scrutin sera clos à 22H00 GMT.

Il s’agit des quatrièmes législatives depuis la crise qui a plongé la nation nordique dans le marasme, mis au jour les petits arrangements entre politique et milieux d’affaires mais fait aussi émerger un mouvement de fond pour une démocratie plus transparente.

En 2009, les sociaux-démocrates et le mouvement Gauche-Verts avaient pris les rênes de l’exécutif après la démission du gouvernement mené par le Parti de l’indépendance, perçu comme coresponsable de la crise.

Forte de ce ras-le-bol, la gauche a présidé à la rédaction d’une nouvelle Constitution, « par » et « pour » les citoyens.

Mais cette Constitution n’a jamais été ratifiée et, après l’austérité, l’aspiration des électeurs à la prospérité a pris le pas sur le désir de réforme. La droite est revenue aux responsabilités en 2013.

Ce retour a coïncidé avec l’ascension de Bjarni Benediktsson, avocat de 47 ans, petit-neveu d’un ancien Premier ministre et chef du même parti qui rallie sous sa bannière pêcheurs, eurosceptiques et entrepreneurs.

Ministre des Finances et de l’économie entre 2013 et 2017, son nom apparaît en 2016 dans les Panama Papers comme détenteur d’un compte offshore. Mais il tient bon et devient Premier ministre en janvier 2017, succédant à Sigurdur Ingi Johannesson, qui avait lui-même succédé six mois auparavant à Sigmundur David Gunnlaugsson, « dégagé » après avoir lui aussi été cité dans le scandale des paradis fiscaux.

Après l’échec d’une tentative d’entente à gauche, Bjarni Benediktsson était parvenu à former une majorité étriquée d’un siège en janvier.

La coalition est tombée au bout de neuf mois après le retrait d’un petit parti, le Premier ministre étant accusé d’avoir couvert son père dans un sordide imbroglio judiciaire.

Malgré les scandales et l’hypothèse d’un retour de la gauche, le scrutin devrait une fois encore révéler l’ancrage du Parti de l’indépendance.

Eva Sveinsdottir, électrice conservatrice de 33 ans, estime ainsi que « Bjarni » et ses amis politiques ont « joué un rôle important » pour empêcher l’Islande de succomber à la tentation de rejoindre l’Union européenne après la crise de 2008.

« C’est ce qui explique que nous soyons aujourd’hui dans une bien meilleure situation que la Grèce », analyse-t-elle.

Un euphémisme: après 7,2% en 2016, l’Islande, qui a apuré ses dettes, affiche encore une croissance vigoureuse (3,4% au deuxième trimestre), un taux de chômage quasi résiduel, des investissements et des touristes qui déferlent sur l’île.

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