L’informatique quantique, un enjeu aussi crucial que la bombe atomique en son temps, explique un spécialiste

La société chinoise Baidu développe un ordinateur quantique pour rivaliser avec les États-Unis
Par Andrew Thornebrooke & Tiffany Meier
1 septembre 2022 Mis à jour: 1 septembre 2022
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Le géant chinois de la technologie Baidu développe son propre ordinateur quantique pour concurrencer les États-Unis dans la course au traitement des données nouvelle génération. L’ordinateur n’est pas plus performant que ses rivaux américains, mais, selon un spécialiste, il annonce une compétition féroce pour l’avenir du cryptage informatique.

Arthur Herman, chercheur principal du Hudson Institute, un think tank conservateur basé dans l’État de New York, signale que l’effort quantique récemment annoncé par Baidu reste en deçà de ceux déployés par ses concurrents américains comme Google et IBM.

« Cet ordinateur quantique dont ils vantent les mérites n’a que 10 qubits [quantum+ bits]. C’est un nombre assez faible », explique M. Herman lors de l’émission China in Focus du 29 août sur NTD (le média partenaire d’Epoch Times).

« L’ordinateur quantique Sycamore de Google compte 60 Plus qubits. Celui d’IBM dépasse les 70 qubits. »

Un bit quantique, ou qubit, est l’unité de base de l’information quantique utilisée par les ordinateurs quantiques. Alors que les processeurs traditionnels utilisent des bits ordinaires, qui peuvent être activés ou désactivés pour créer un code binaire, les qubits peuvent être activés, désactivés ou simultanément activés et désactivés grâce à un phénomène connu sous le nom de superposition.

Théoriquement, l’existence de ce troisième état permet aux processeurs quantiques d’atteindre des vitesses de traitement beaucoup plus rapides que leurs homologues traditionnels.

Les gouvernements et les entreprises se précipitent donc pour développer l’informatique quantique afin d’être les premiers à dominer le traitement des données, car ces vitesses de calcul rapides pourraient permettre un décryptage massif des dispositifs de sécurité actuels. Toutefois, les applications réelles de cette technologie sont encore très limitées.

Selon M. Herman, qui dirige le Quantum Alliance Initiative du Hutson Institute, cette utilité limitée semble démentir pour l’heure le fait que les enjeux mondiaux de la technologie quantique sont si importants. Mais il ne faut pas si fier, d’autant, ajoute-t-il, que la course vers des capacités quantiques révolutionnaires peut faire une percée à tout moment.

« De nombreux éléments indiquent qu’avec une ou deux percées majeures, que ce soit au niveau conceptuel ou au niveau de l’ingénierie, le processus prendra soudainement beaucoup moins de temps que celui même annoncé par les spécialistes », poursuit M. Herman.

« Il sera facile pour un tel dispositif de décrypter tous les systèmes de chiffrements publics existants. En d’autres termes, un tel dispositif pourra résoudre tout type de chiffrement existant aujourd’hui pour en extraire tout type de données auxquelles il veut avoir accès, qu’elles soient triées ou pas. »

C’est cette possibilité qui rend cette technologie si cruciale pour les nations du monde entier et qui explique pourquoi les États-Unis et la Chine sont en compétition pour son déploiement.

« Pour l’instant, ce n’est pas quelque chose dont nous devons vraiment nous inquiéter », poursuit M. Herman. « Le résultat montre que les États-Unis (…) sont encore très en avance dans la course au développement d’un ordinateur quantique de grande ampleur. »

« Le fait que nous ayons de l’avance ne signifie pas nécessairement que nous allons gagner », ajoute-t-il. « C’est comme le lièvre et la tortue. Nous sommes comme le lièvre, nous avons foncé en avant… mais les Chinois se rapprochent de nous, lentement mais sûrement. »

« Aussi important que le projet Manhattan »

Si l’ordinateur quantique récemment annoncé par Baidu ne compte que 10 qubits, l’entreprise affirme avoir également développé une puce de 36 qubits. La société IBM, quant à elle, a annoncé qu’elle espérait développer un ordinateur quantique de 4000 qubits d’ici 2025.

Pour sa part, M. Herman pense qu’il faudra attendre jusqu’à 2030 pour réussir à créer des systèmes de  10.000 qubits ou plus qui pourront servir à des opérations concrètes de décryptage.

« Les gens commencent à réaliser que ce qui semblait être une menace lointaine se révèle en fait beaucoup plus proche qu’ils ne le pensaient. »

Le PDG d’Intel Corp. Brian Krzanich, PDG, présente une puce de 49 qubits lors du CES 2018 (Consumer Electronics Show ou Salon Mondial de l’Electronique), à Las Vegas, le 8 janvier 2018. (Photo : Ethan Miller/Getty Images)

« Ce dont on parle, c’est de l’arme ultime d’une cyberguerre dont le résultat dépendra du fait de gagner cette course contre la Chine vers l’ordinateur quantique. »

Arthur Herman explique que « les délais incertains pour développer des technologies quantiques de nouvelle génération restent un problème. Le développement de protocoles de sécurité adéquats pour faire face à l’arrivée de ces technologies en est un autre. Il est difficile de prédire à quoi ressemblera la cyberguerre quantique ».

« La première raison pour laquelle j’ai créé le Quantum Alliance Initiative c’est parce que nous ne pouvons pas nous permettre de prendre des risques. »

« Le fait est que la Chine pourrait utiliser cela [cette technologie], le déployer, d’une manière impossible à appréhender et mesurer à ce stade. À quoi va vraiment ressembler la cyberguerre quantique ? »

M. Herman estime que les États-Unis ne devraient pas trop s’inquiéter de la dernière tentative quantique mise en œuvre par Baidu. Cependant, selon lui, le monde doit s’inquiéter des étapes franchies vers la technologie quantique dans son ensemble. Comme pour les armes atomiques pendant la Seconde Guerre mondiale, il suffira de mettre au point une ou deux machines de ce type pour changer à jamais la nature de la sécurité informatique.

« Le potentiel [de cette technologie] la rend aussi importante que le projet Manhattan à l’origine de la bombe atomique. »

« Le potentiel [de cette technologie] rend cette course aussi importante que la course vers la bombe à hydrogène, car si les Chinois disposent d’un ordinateur quantique décrypteur avant nous ou avant que nous soyons prêts à y faire face, ce sera une catastrophe avec un impact vraiment énorme. »

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