L’idéologie « woke » nuit aux enfants, disent les parents et les thérapeutes

16 août 2021 Mis à jour: 16 août 2021
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L’idéologie « woke » qui se répand dans le système d’éducation américain est nuisible au développement psychologique des enfants, selon des experts et des parents, témoins de première main.

Les experts relèvent que plusieurs des préoccupations soulevées par les partisans de l’idéologie sont réelles. Cependant, ils affirment que la manière dont l’idéologie présente les problèmes n’est pas appropriée pour les enfants. L’idéologie ferait appel à une analyse quasi-marxiste qui présente les questions de race, de « genre », de sexualité, etc. sous l’angle de conflits entre des classes d' »oppresseurs » et d' »opprimés ». Or, un enfant est susceptible d’intérioriser ces concepts d’une manière culpabilisante ou de victime – toutes deux nuisibles au développement psychologique sain.

Même pour les adultes, ces aspects de l’idéologie sont probablement contre-productifs, voire toxiques, selon certains experts.

Le terme « woke » est parfois utilisé de manière interchangeable avec la « théorie critique de la race » (TCR), qui est la plus souvent utilisée le cadre éducatif.

Selon des entretiens réalisées avec plusieurs psychologues et thérapeutes ainsi qu’avec une douzaine de parents de différentes régions des États-Unis, les effets négatifs de l’idéologie se font de plus en plus sentir à travers le pays.

Selon un expert, ses effets polarisants peuvent entraîner des changements rapides mais, s’ils se fondent sur des réactions instinctives et sur la honte plutôt que sur un dialogue rationnel, il est peu probable que ces changements soient salutaires.

Les partisans de la TCR affirment s’en prendre aux systèmes et aux institutions et non aux individus. Par exemple, une école, un système judiciaire ou un pays pourraient être qualifiés de « racistes systémiques » si au moins un groupe non blanc les fréquentant obtient un résultat moyen inférieur à celui du groupe blanc.

Or, la distinction entre les individus et les systèmes semble disparaître si une personne se montre en désaccord avec l’idéologie. Cette dernière serait susceptible d’être considérée comme un partisane desdits systèmes et institutions – et donc moralement répréhensible.

Les parents s’expriment

Tim Chamberlain, père de deux enfants à Guilford, dans le Connecticut, dans le nord-est des États-Unis, a pu constater les effets de ce phénomène sur son fils de huitième année, qui a récemment perdu des dents de devant lors d’un incident d’intimidation.

M. Chamberlain décrit le garçon comme « un conservateur audacieux » qui, cette année, a défié ses professeurs à plusieurs reprises sur des questions telles que l’oppression raciale et la discrimination positive.

« Mon enfant a été qualifié de raciste parce qu’il a des opinions conservatrices dans le domaine politique », a déclaré par courriel M. Chamberlain à Epoch Times.

À Guilford, une ville aisée qui a voté, avec une marge de 30 points, pour le président démocrate Joe Biden, il n’est pas surprenant que beaucoup regardent les conservateurs de travers. Cependant, c’est la première fois que les divisions politiques sont si marquées.

Pendant la récréation, après que le garçon a touché le sol en attrapant une balle, un camarade de classe s’est approché de lui et lui a donné un coup de pied au visage, lui arrachant trois dents. Ce dernier avait déjà brutalisé le garçon auparavant et il le faisait spécifiquement parce qu’il n’appréciait pas ses opinions conservatrices, selon un autre parent ayant son enfant à la même école.

M. Chamberlain a reproché à la direction de l’école et aux enseignants de présenter explicitement les positions progressistes au sujet de la race et autres questions comme justes, et les positions conservatrices comme moralement répréhensibles, suivant la logique de la TCR.

« Mon fils était disposé à discuter ouvertement des sujets présentés », a-t-il déclaré. « Malheureusement, la manière dont [la théorie] a été présentée et le ton utilisé par l’école ne conduit pas à une plus grande compréhension, mais réellement à la violence. »

L’autre parent, dont l’identité n’est pas divulguée afin d’éviter que son fils ne subisse des représailles, a déclaré que son garçon « voulait aussi s’exprimer » en classe, « mais qu’il avait peur de le faire parce qu’il se ferait traiter de tous les noms ».

Selon un parent dont le fils est au lycée, si la TCR est censée unir les élèves, en réalité, elle fait l’inverse.

« Il y a déjà tant de cliques au lycée, et [la TCR] ne fait que diviser encore plus les choses, d’une autre manière », a-t-il dit. « Mon fils sait de quoi parler à qui. Il sait qu’il y a des personnes à qui il ne peut pas parler de certaines choses. »

Faire part du « mauvais point de vue » à la mauvaise personne peut avoir des conséquences.

« Ne t’inquiète pas, Papa. Il pense comme nous », lui a dit un jour son fils à propos d’un camarade de classe.

Les experts s’expriment

Selon plusieurs experts, ce genre de répercussions ne sont pas surprenantes.

Tout d’abord, l’introduction de la TCR dans les classes n’a pratiquement pas fait ses preuves.

« Il existe très peu de recherches dans les milieux scolaires, du primaire au lycée » sur ce sujet, selon Timothy Smith, professeur à l’université Brigham Young et expert en psychologie multiculturelle.

« Il est irresponsable de préconiser une pratique sans données [probantes] », a-t-il déclaré à Epoch Times.

Selon lui, certains aspects de la TCR sont louables, telles que mettre l’accent sur le partage d’expériences de personnes auxquelles la société n’a pas donné beaucoup de voix.

Si l’objectif est de « faire entendre des voix, de partager des histoires, des expériences, alors c’est une visée positive qui unira l’école », a-t-il déclaré.

« Mais si, comme c’est le cas actuellement, l’accent est mis sur le côté déconstructif […] avec des partis pris, une mentalité du ‘nous contre eux’ tels qu’intégrés dans la TCR […], cela va poser problème », a-t-il noté.

La TRC serait particulièrement problématique pour les jeunes enfants qui n’ont pas la capacité de la mettre en perspective, de la considérer comme une théorie parmi d’autres.

« Littéralement, ils n’ont pas la capacité cognitive de métacognition, c’est-à-dire de réflexion et d’utilisation d’autres idées pour interpréter de nouvelles informations », a déclaré M. Smith.

De nombreuses approches basées sur la TRC sont probablement « bien intentionnées, essayant de sensibiliser les enfants à notre histoire et aux problèmes et défis auxquels un corps étudiant diversifié est confronté », a déclaré un autre expert, thérapeute familial et professeur conseiller dans une université américaine.

« Tout le monde ne vit pas les mêmes expériences, et nous devons en être conscients. »

Pourtant, ce que véhicule le système d’éducation est « à côté de la plaque, pour ne pas dire pire », a déclaré le professeur, qui a requis l’anonymat par crainte de représailles.

« Il est très difficile de parler des dynamiques de groupe et des défis à relever sans que chaque enfant ait l’impression que c’est de sa faute ou qu’il ne peut pas réussir parce qu’il vient d’une longue lignée de personnes opprimées et d’un pays oppresseur », a déclaré le professeur.

Telle qu’elle est pratiquée actuellement, l’instruction basée sur la TCR « envoie essentiellement le message que si vous avez telle ou telle identité historiquement marginalisée, vous devez vous considérer comme opprimé et une victime, et ceux d’entre vous qui faites partie d’un groupe historiquement au pouvoir ou majoritaire doivent se considérer comme faisant partie du problème, partie de la dynamique d’oppression, et que la blancheur est, en quelque sorte, une péché », a déclaré le professeur.

« Je pense que cela conduit vraiment à la conscience de soi et à la honte, et que cela ne favorise pas la cohésion sociale. »

Culpabilité et honte

Dans sa pratique clinique, le professeur a vu des répercussions négatives de la TCR.

« En particulier pour les clients blancs, ils veulent tellement être progressistes et ne pas être intolérants de quelque manière que ce soit », a déclaré le professeur, notant qu’il s’agit « presque d’une obsession. »

« Ils insistent beaucoup sur leur désir d’être un bon ‘allié blanc’, une bonne personne blanche, et éprouvent une certaine honte à être Blancs. »

Le professeure y voit des aspects positifs dans la mesure où il s’agit de se préoccuper des autres, y compris des personnes différentes de soi et qui peuvent vivre des expériences de vie différentes. Il lui semble cependant que l’importance accordée à cela se soit intensifiée à un point qu’« il y a une sorte de névrose autour de cela ».

Plusieurs autres thérapeutes ont partagé des expériences similaires.

« Il y a un énorme changement, surtout chez les jeunes hommes blancs, qui se sentent automatiquement coupables de ce qu’ils sont », a déclaré Jason Odegaard, thérapeute dans l’Oklahoma, dans le centre-sud des États-Unis, et professeur adjoint à la Hope International University.

Pour les Blancs en particulier, l’idéologie woke « culpabilise à outrance, et ils ont beaucoup de mal à trouver leur identité en tant qu’individus », a-t-il ajouté.

« Au lieu de cela, nous sommes tous regroupés sous la même étiquette ou un sous-ensemble, et cela affecte la santé mentale de tous, je dirais. »

Kristina Scarpa, thérapeute en Californie, dans le sud-ouest des États-Unis, et épouse de M. Odegaard, a également constaté des effets négatifs sur ses clients non blancs.

« Ils veulent être traités comme tout le monde, et non pas comme s’ils étaient désavantagés », dit-elle.

Après que les clients ont fait tout ce qu’ils peuvent pour gagner leur vie, le message qu’ils reçoivent est que, du fait de la couleur de leur peau, ils ont besoin d’un coup de pouce, sinon ils ne pourront pas réussir, selon elle.

Selon M. Odegaard, certains clients ont l’impression de ne pas avoir la légitimité de s’exprimer parce que le « politiquement correct » transforme les conversations en champs de mines. D’autres se font un point d’honneur de connaître le jargon et les concepts woke en constante évolution, car il s’agit de « leur façon de s’intégrer au sein des personnes qu’ils perçoivent comme étant opprimées ».

Le besoin constant d’éviter d’offenser les personnes appartenant à des groupes étiquetés comme opprimés peut même conduire à la codépendance, a déclaré Mme Scarpa.

« Nous marchons sur des œufs. […] Il y a beaucoup de gens qui se taisent, qui se gardent d’exprimer leurs opinions, leurs pensées et idées en tant qu’individus. Ce n’est pas sain, c’est de la codépendance », a-t-elle déclaré.

Le professeur Smith a récemment parlé à un lycéen qui a été réprimandé en classe pour avoir dit qu’être « Blanc » était parmi les choses dont il était fier.

« Il ne s’agit pas d’un élève qui correspond au stéréotype du suprématiste blanc », a déclaré M. Smith.

« Le motif était simplement : ‘Je me sens bien avec mon héritage ethnique.’ C’était le motif initial. Mais ce que l’étudiant a développé [par la rétroaction qu’il a obtenue], c’est une profonde honte d’être Blanc. »

Malgré les efforts de M. Smith, l’étudiant ne voulait pas se défaire de la conception « qu’il est mauvais d’être Blanc ».

« J’ai essayé de donner toutes sortes de raisons pour lesquelles il est correct d’être ce que l’on est. Mais cette forte conception n’a pas quitté l’élève. Il a dit : ‘Non, c’est bien que j’aie honte. C’est bien que j’aie honte, parce que les Blancs ont fait tellement de mauvaises choses à d’autres.' »

Inégalités inévitables

Selon M. Smith, tous les points de vue devraient avoir le droit d’être exprimés et toutes les voix, entendues.

Si l’éducation « sape la voix d’un groupe, quel qu’il soit, c’est un problème », a-t-il déclaré.

Il n’est cependant pas évident de savoir combien de temps devrait être consacré au partage des points de vue des différents groupes sur chaque question.

Un parent de la ville de Guilford a été « stupéfait » d’apprendre que, dans le cours de sa fille sur le thème de la Seconde Guerre mondiale, on y discutait des aviateurs de Tuskegee, des codes secrets amérindiens et du rôle des femmes dans l’effort de guerre. Toutefois, aucun temps n’était consacré à des événements historiques tels que Pearl Harbor et le débarquement de Normandie.

De plus, toutes les perspectives ne sont pas également ancrées dans les faits.

Un parent de l’Indiana, épouse d’un agent des forces de l’ordre, a appris par son fils du collège qu’un cours spécial avait été consacré aux « Black Lives Matter » et à la brutalité policière. L’un des outil pédagogique était une vidéo dans laquelle des enfants non blancs disaient avoir l’impression d’être « chassés » par la police.

La séance a « présenté la police sous un jour très négatif et effrayant », comme si les personnes non blanches étaient « tuées sans discernement en marchant dans la rue » par des policiers, a déclaré la mère.

En fait, il n’y a guère de preuves que la police tuerait sans discernement des personnes de n’importe quelle couleur de peau. Les meurtres commis par la police sont généralement le résultat de situations tendues, notamment un affrontement avec un suspect armé.

Pourtant, le garçon doit maintenant faire face à des camarades de classe conditionnés à détester son père, selon la mère.

« Si tous vos camarades de classe croient que votre père est une brute, un suprémaciste blanc, cela va avoir des répercussions sur vous », a-t-elle déclaré.

Les partisans de la TCR semblent supposer que l’unité et la cohésion viendraient plus tard, après que les institutions existantes, qualifiées de « racistes systémiques » ou de « suprématistes blanches » auront été « démantelées ». Cela permettrait sans doute de créer de nouvelles institutions qui ne seraient pas oppressives.

Or, « dans la vie réelle, cela ne fonctionne pas », et c’est plutôt « contraire à la nature humaine », selon M. Smith.

« Ce sont deux processus très différents sur le plan cognitif et social. La déconstruction ne conduit pas nécessairement à la construction », a-t-il déclaré.

Il est vrai que la culture et les institutions créées par les Blancs reflètent en grande partie leur propre héritage et qu’il leur est donc plus facile de s’y retrouver et de les gérer, puisqu’ils sont plus susceptibles d’être élevés avec cette façon de fonctionner depuis leur naissance.

Mais s’il s’agit d’un « privilège blanc », tel que l’affirme la TCR, il n’est guère limité aux Blancs, a noté M. Smith, car le « privilège du pouvoir » existe partout dans des contextes différents.

« Ce sont des iniquités inévitables », a-t-il dit.

Le professeur qui a souhaité rester anonyme a soutenu un point similaire.

« Lorsque vous avez une culture majoritaire ou un groupe majoritaire, vous allez forcément vivre cette expérience si vous ne faites pas partie de cette majorité, où vous ne vous sentez pas à votre place, vous allez peut-être vous sentir plus isolé, vous allez vous sentir mal à l’aise, comme s’il était plus difficile de se faire entendre dans cet environnement particulier », a déclaré le professeur.

« Une partie de cela est juste la nature humaine normale, et cela ne devrait pas être pathologisé comme cette soi-disant grande, mauvaise, suprématie blanche qui prend le sens que je crois que les gens donnent en utilisant ce terme aujourd’hui. »

Cela ne signifie pas qu’il ne vaille pas la peine de s’attaquer au problème du racisme, a déclaré le professeur, mais il est peu probable que les approches actuelles basées sur la TCR améliorent la situation.

« Si nous voulons faire partie d’une communauté et si nous voulons que nos enfants fassent partie d’une communauté, d’une société multiraciale et multiethnique qui fonctionne généralement bien ensemble, nous ne pouvons pas constamment nous appuyer sur ces identités tribales qui ont été marquées par l’oppression passée », a déclaré le professeur.

« Cela ne fait que remuer le couteau dans la plaie d’une manière qui ne nous fait pas avancer. »

Le fait de dépeindre les problèmes de manière extrême et binaire, en les qualifiant de « racistes » ou d’« antiracistes », oblige en effet les gens à réagir et à changer. Mais « ce type de changement serait plus salutaire et plus solide […] si les gens ne se sentaient pas contraints ou réduits au silence », a déclaré le professeur.

« La façon dont les gens changent et instaurent des changements durables et positifs se fait par un processus plus long de réflexion de leur part, alors qu’ils essaient quelque chose de nouveau, par leur apprentissage à écouter les autres d’une manière différente, et non par la coercition et la honte, les ultimatums, ou le rejet, ou la croyance fondamentalement qu’ils font partie d’un groupe mauvais à expier à perpétuité. »

Petr Svab est un journaliste couvrant New York. Auparavant, il a couvert des sujets d’intérêt national aux États-Unis, tels que la politique, l’économie, l’éducation et le maintien de l’ordre.

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