« Libre », « intemporel », « vivant » : Brel vu par la jeune garde française

Ils n’étaient pas encore nés quand Jacques Brel est mort le 9 octobre 1978. Figures montantes de la scène française, la rappeuse Aloïse Sauvage, Arthur Teboul et Pierre Guénard leaders de Feu! Chatterton et Radio Elvis, évoquent ce monstre sacré de la chanson. « Il est une référence, indéniablement. Ce qui m’inspire, c’est sa façon de délivrer ses mots devant le public. Il touche une certaine forme de grâce tellement son interprétation semble pure et vraie », apprécie Aloïse Sauvage, en charge de la création aux prochaines Trans musicales de Rennes (5-9 décembre) où elle défendra son album « Aphone ».

« J’aime beaucoup sa façon d’incarner les chansons, autant que son écriture sans complaisance. S’il y a tant de virulence dans Les bourgeois  c’est parce qu’il essayait aussi de débusquer le bourgeois en lui. Qui dit bourgeois, dit confort, s’arrêter, se satisfaire des éloges. Tout ce qu’il fuyait », dit Arthur Teboul, actuellement en tournée avec Feu! Chatterton qui sorti son 2e album « L’Oiseleur » en mars. « Son écriture me plaît autant que le personnage. A la fin de sa vie aux Iles Marquises, il livrait le courrier en avion. C’est le genre de parcours que j’aimerais avoir, faire différentes choses et prendre la chanson comme quelque chose de normal », explique Pierre Guénard dont « Ces garçons-là », le 2e album avec Radio Elvis, sort le 9 novembre.

« Son écriture brille par sa sobriété et sa simplicité, tout en délivrant quelque chose de très profond, dense et spirituel. Mais, on ne peut pas dissocier le poète de l’interprète. Pourquoi on aime autant ses mots justes? Parce qu’il les incarne de cette manière », soutient Arthur Teboul.  « Les deux vont ensemble, abonde Aloïse Sauvage. Il n’a pas eu besoin de s’inventer un personnage pour être celui qu’il avait besoin d’être sur scène. Le poète de la vie devenait le poète sur scène; le poète restait et c’est ce qui comptait. » 

« Dans Les Marquises, il est au sommet de son art », assure Pierre Guénard. « Il allie la beauté, le style et la narration à merveille. Il a travaillé toute sa vie pour arriver à ce résultat. Et il meurt juste avant la sortie de l’album, comme s’il avait dit tout ce qu’il avait à dire. « Son approche de la scène m’a forcément influencée. Ce que j’aime chez lui c’est que ça transpire le vrai. Il grimaçait et transpirait, mais cela voulait dire qu’il faisait corps avec ses mots », plaide Aloïse Sauvage.

« J’aime la grandiloquence avec laquelle il chante, indissociable de son langage corporel très torturé dans une carcasse très encombrante », souligne Pierre Guénard. « Brel c’est une puissance, une intensité, une fougue, une incarnation. Ce qui se joue sur scène c’est une forme d’intégrité. Et elle est belle à voir. Elle est aussi douloureuse, mais parce que ce qu’il nous dit est douloureux. Rendre avec autant de vérité ce qu’on vit pour que l’autre le ressente, ça relève de la magie », affirme Arthur Teboul.

Pour Aloïse Sauvage, « Brel en entier est moderne. Ses textes, sa vision des choses, de la vie, sa singularité, son interprétation. » « Il y a chez lui une inflexibilité par rapport aux modes, un absolu, une pureté qui traverses les âges. Brel est moderne dans ce qu’il raconte, par la sincérité, l’authenticité qu’il y met. Et le restera parce qu’il est hors du temps », assure Arthur Teboul.

« Il incarne cette tradition de la chanson française, qui repose sur le texte et l’interprétation. Je ne suis pas certain qu’il ait été moderne: il avait son style, point. Il est passé complètement à côté du rock par exemple », relève Pierre Guénard. « Son point noir, c’est sa misogynie », estime Arthur Guénard. « A la fin de La ville s’endormait, on sent vraiment le problème de Brel avec les femmes », abonde Pierre Guénard. « Il a un côté un peu barré sur certaines choses. Il y a de quoi déconstruire le mythe. C’est une personnalité très paradoxale qui a une part moins belle que ce qu’on imagine. Il pouvait être aussi courageux pour certaines choses que lâche pour d’autres. »

Arthur Teboul: « Vivant ».

Pierre Guénard: « Libre ».

Aloïse Sauvage: « Intemporel ».

D.C avec AFP

 
 
 
 

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