Les chercheurs chinois développent une nouvelle IA pour surveiller la loyauté des membres du Parti communiste

Des millions de fonctionnaires chinois ont fait l'objet d'une enquête au cours des dix dernières années dans le cadre de la campagne anticorruption de Pékin
Par Ben Liang
20 juillet 2022 Mis à jour: 20 juillet 2022
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Des chercheurs chinois ont récemment mis au point une technologie d’intelligence artificielle capable de jauger la loyauté des fonctionnaires chinois envers le Parti communiste. Cette technologie peut servir d’outil à la campagne anticorruption de Pékin pour surveiller davantage et purger les membres « corrompus ». Elle constitue le signe évident de la crainte croissante du régime de perdre sa légitimité et son pouvoir.

Plus de 4,7 millions de fonctionnaires de tous niveaux ont fait l’objet d’une enquête, de diverses formes de sanctions disciplinaires ou de poursuites au cours des dix dernières années, selon les données publiées le 20 juin par la Commission centrale d’inspection de la discipline (CCDI), le principal organe de surveillance de la Chine.

La campagne anticorruption de Pékin a été initiée en novembre 2012, au moment où Xi Jinping est devenu le nouveau chef du Parti communiste chinois (PCC).

« La corruption politique est la plus grande corruption. Certains éléments corrompus ont formé des groupes d’intérêt dans l’espoir de ‘voler le pouvoir au Parti et à l’État' », selon le média d’État Xinhua.

Capture d’écran d’une technologie d’IA développée par l’Institut d’intelligence artificielle du Centre global et national des sciences de Hefei. Ses chercheurs affirment que cette technologie peut évaluer la loyauté des fonctionnaires chinois envers le Parti communiste. (WeChat/Capture d’écran via China Digital Times)

Technologie d’IA sponsorisée par l’État, autoritarisme numérique

L’Institut d’intelligence artificielle du Hefei du Centre global et national des sciences, dans la province de l’Anhui, dans l’est de la Chine, a publié un message affirmant qu’il avait développé une technologie susceptible de soutenir directement le PCC. Le 1er juillet, date du 101e anniversaire de la fondation du PCC, l’institut a annoncé sur son compte officiel WeChat qu’il avait établi un « lien merveilleux entre l’intelligence artificielle et la construction du PCC ».

Le message comprenait une vidéo montrant un homme entrant dans une salle d’équipement intitulée « Smart Political Thinking Bar ». Puis celui‑ci s’assoit devant un ordinateur à écran tactile pour passer un test. Une fois le test terminé, son score et son tableau d’analyse s’affichent à l’écran.

Le test, destiné aux membres du Parti communiste, couvre le contenu enseigné dans les écoles du Parti, notamment l’endoctrinement politique tel que la pensée de Xi Jinping, le communisme, le socialisme, l’histoire du PCC et les politiques et réglementations actuelles.

La vidéo présente un dispositif capable d’utiliser la technologie de l’IA pour extraire les caractéristiques biométriques des membres du PCC, notamment les expressions faciales, l’électroencéphalographie et les caractéristiques dermatologiques, entre autres.

Après avoir intégré et analysé les données personnelles, il évalue la capacité d’une personne à comprendre le contenu qu’elle étudie, en mesurant par exemple le niveau de concentration, de reconnaissance et de maîtrise des différents sujets.

Ce dispositif peut « intégrer avec succès la technologie de l’IA dans ‘vie organisationnelle’ des membres du PCC », ont déclaré les chercheurs dans le court‑métrage. La « vie organisationnelle » fait référence aux comportements que le PCC impose à ses membres, comme prouver sa loyauté envers le Parti.

Selon l’équipe de recherche, le dispositif d’IA a été conçu pour « renforcer le PCC avant le 20e Congrès du Parti communiste ». La réunion politique la plus importante du Parti doit se tenir à la fin de cette année, et déterminera si Xi Jinping peut obtenir un troisième mandat.

Au moment de la rédaction de cet article, le message WeChat a été retiré.

Cependant, il a été largement partagé sur les médias sociaux avant d’être retiré, déclenchant des critiques publiques sur l’utilisation de l’IA pour surveiller l’endoctrinement idéologique, certains dénonçant un « lavage de cerveau technologique » et un « autoritarisme numérique ».

Le média américain China Digital Times a obtenu une partie du contenu et de la vidéo du post et a publié un article au début du mois.

Selon des informations publiques, l’Académie chinoise des sciences et le gouvernement provincial de l’Anhui ont créé l’institut technologique de Hefei. L’institut est géré par l’Université des sciences et des technologies de Chine.

L’Académie des sciences médicales chinoises à Pékin, le 6 octobre 2015. (STR/AFP via Getty Images)

Des millions de fonctionnaires du PCC ont fait l’objet d’une enquête

S’exprimant lors d’un point de presse organisé par le département de la propagande du PCC le 30 juin, Wang Jianxin, directeur du Département de la publicité du CCDI, a déclaré qu’en 10 ans, depuis le 18e Congrès du Parti jusqu’à la fin avril de cette année, environ 4,3 millions d’enquêtes sur la corruption ont été menées et plus de 4,7 millions de responsables ont été sanctionnés.

Ces membres du PCC ont été accusés de diverses charges telles que corruption, liens avec des groupes criminels, abus de pouvoir et mode de vie immoral. Un rapport officiel sur la crise d’image du PCC, a été publié en 2012 par Tang Jun, directeur du Centre de recherche sur la gestion des crises de l’Université Renmin de Chine.  Il dévoile que pas moins de 95% des fonctionnaires corrompus ayant fait l’objet d’une enquête avaient une maîtresse, et que plus de 60% des cadres corrompus avaient une « seconde épouse ».

Zhang Lei, professeur de droit à l’Université normale de Pékin, a déclaré à Xinhua le 30 juin qu’il y a quatre problèmes majeurs parmi les cadres du PCC : le formalisme, la bureaucratie, l’hédonisme et l’extravagance.

Gao Wenqian, un spécialiste de l’histoire du PCC, a expliqué à VOA (Voice of America) le 28 octobre 2016 que l’approche institutionnelle du PCC ne peut traiter que les symptômes de la corruption, mais pas la cause profonde. Selon lui, le monopole du pouvoir par un seul parti est la cause profonde de la corruption dans la sphère officielle du PCC.

« Si vous [le PCC] ne combattez pas la corruption du système lui‑même, c’est comme de combattre des mouches autour d’une fosse à purin. Vous n’en arriverez jamais à bout ; plus vous vous battez, plus vous êtes coincés. Le résultat obtenu sera le suivant : les mouches sont aussi grosses que les tigres et les tigres sont aussi nombreux que les mouches », a déclaré M. Gao.

L’IA : l’outil pour surveiller les membres du PCC

La technologie de surveillance de l’IA et la campagne de lutte contre la corruption indiquent que le PCC, craignant sa chute, imposera des contrôles plus stricts à ses membres, en particulier aux hauts fonctionnaires.

Le média officiel Qiushi Magazine a récemment publié un discours prononcé par Xi Jinping lors d’un séminaire destiné aux responsables provinciaux et ministériels le 11 janvier. Xi Jinping a souligné que le Parti devait s’efforcer de résoudre l’ « impureté » des pensées idéologiques, des modes de vie et des organisations au sein du Parti – tout ce qui pourrait saper l’autorité du PCC.

L’année dernière, Xi Jinping a mis en garde les membres du PCC contre les conséquences d’un écart de conduite. Dans un discours, il a souligné que certains responsables s’étaient transformés en « porte‑parole de divers groupes d’intérêt, d’unités de pouvoir et de classes privilégiées ». Il a ajouté que, quelle que soit la personne en cause, elle devait faire l’objet d’une « enquête et être punie avec fermeté et sans pitié. »

De plus, lors d’une réunion du Politburo du PCC le 17 juin, Xi Jinping a déclaré que la lutte contre la corruption est une campagne politique majeure qui « ne peut se permettre d’échouer. »

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