Les Bacchantes

Bernard Sobel avec la collaboration de Michèle Raoul-Davis retourne au théâtre de la Grèce antique pour nous inviter à une réflexion sur notre société actuelle.

Dans les Bacchantes, qui semble être la dernière pièce d’Euripide, ce dernier invoque le dieu du théâtre lui-même pour incarner son personnage.

L’apparence et la réalité

Les Bacchantes est donc en premier lieu une pièce sur le théâtre (un comédien déguisé en dieu, déguisé lui même en mortel), les identités, l’altérité, la dualité qui réside dans chacun de nous : divin et bestial, homme et femme, raison et folie, croyance et rationalité.

Euripide écrit cette pièce en 405 avant J.-C. en exile après avoir assisté à deux grandes guerres. Il est donc témoin d’un monde en transition, déchiré par la barbarie de la guerre. Les Bacchantes est dans une certaine mesure, une sorte de prédiction apocalyptique, la destruction d’Athènes par Spartes écrit par la plume amère d’un poète qui se voit contraint à l’exil.

Dionysos dieu du vin, du théâtre et de l’illusion, se rend dans sa ville natale de Thèbes, déguisé en mortel pour venger la mort de sa mère et réclamer sa reconnaissance. Car là où un tyran impose sa croyance dans la raison, le bon ordre, la science ou la technologie, il n’ y a plus de place ni pour l’Autre ni pour le divin.

La croyance en Dionysos est liée à son identité, à savoir s’il est oui ou non le fils de Zeus. Les spectateurs connaissent la vérité mais pas les personnages sur scène. Ils doivent donc décider en se fiant à la raison, s’il leur faut croire ou non à l’histoire de Dionysos qui contredit la raison. Le sage y croit mais il est considéré comme fou, alors que Cadmos y croira également mais par précaution.

L’identité est étroitement liée à ce qu’on croit voir ou savoir et à notre aveuglement par les concepts.

La fin inéluctable

Penthée le tyran qui s’accroche avec arrogance à la rationalité, et insiste à se renfermer dans un ordre établi qui mènera à sa propre destruction et à celle de la ville. Devant le refus de Penthée de le reconnaitre, Dionysos décide d’ensorceler les femmes de la ville et de les conduire dans la montagne où, en plein délire, elles se livreront à son culte et déchireront Penthée, sa mère, Agavé en tête des femmes.

Comme tout héros de tragédie grec c’est l’arrogance de l’homme qui ne connaît pas ses limites et qui se croit maître de son destin qui le mènera à sa perte.

La touche de Bernard Sobel

Les [email protected] H. Bellamy


Avec peu de moyens et une excellente distribution Bernard Sobel présente un théâtre suggestif et efficace.

La pierre du majestueux mur de la salle, un tronc d’arbre couvert de lierre ou un sarment de vigne posé sur un mausolée, quelques vidéos projetées sur le mur montrant la construction d’un temple, avec quelques débris de colonnes grecques servent de décors à un jeu bien réfléchi.

Dans un décor minimaliste, les comédiens, comme dans le théâtre grec classique, exploitent tous les atouts de la gestualité et de la voix. Le masque n’est pas présent (sauf à la fin) mais suggéré.

Les quatre bacchantes (Salomé Diénis Meulien, Manon Chircen, Asja Nadjar et Alexiane Torrès), sauvages et ensorcelantes, forment un chœur. Elles parlent et se déplacent de manière organique en parfaite concordance et fluidité. Ce sont des femmes, des fantômes, elles sifflent comme le vent, chuchotent comme le feuillage de la forêt, bougent comme le courant d’une rivière, crient comme des bêtes sauvages.

Mathieu Marie dans le double rôle de Penthée et de sa mère Agavé, comme le faisaient les Grecs, campe un roi à l’allure dégénéré, dont la faiblesse morale se reflète dans le mime.

Il interprète avec une juste puissance une mère confuse par le délire et le chagrin.

Claude Guyonnet (Cadmos) et Jean-Claude Jay (Tirésias) sont très convaincants dans les rôles des vieux sages qui essaient en vain avec leur lucidité qui est prise pour folie d’éviter la catastrophe.

Dionysos sous forme humaine est interprété par l’excellent Vincent Minne et le Bouvier et les serviteurs sont interprétés avec une grande intensité par Tchili, Éric Castex et Sylvain Martin.

Une mise en scène épurée et juste d’une pièce de théâtre datant de 408 avant J.-C. : Les Bacchantes sont toujours d’actualité.

Théâtre L’épée de bois jusqu’au 11 février.

 

Michal Bleibtreu Neeman

 

 

 

 

 

 
 
 
 

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