Leiden, tout le charme de la Hollande

Par vilma
16 juin 2019 Mis à jour: 12 juillet 2019
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Leiden est une petite cité méconnue qui réunit pourtant tous les atouts de la Hollande : vélos, canaux, moulins, fleurs, petites cours intérieures, patrimoine architectural, venelles pavées, terrasses qui se prolongent sur les péniches, ambiance décontractée et pourtant cosmopolite… De quoi s’offrir une escapade bien agréable et tellement dépaysante.

Les canaux sont de véritables lieux de vie au cœur de la petite ville de Leiden. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Rembrandt est sans aucun doute un des artistes le plus apprécié par les Hollandais qui le célèbrent cette année un peu partout dans le pays à l’occasion du 350ème anniversaire de sa mort. Né à Leiden en 1606, il y passera sa jeunesse et s’y formera à la peinture avant de partir à Amsterdam à l’âge de 25 ans. L’occasion de mettre en avant cette petite ville que d’aucuns appellent la « petite Amsterdam ». Ne fut-ce que parce qu’elle accumule les ponts, 88, et des kilomètres de canaux, 28, ce qui en fait la seconde ville du pays après Amsterdam à ce titre.

Une cité joyau du siècle d’Or

Construit vers 1600 et incendié en 1929, l’hôtel de ville a été reconstruit dans le style d’origine. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Tout a commencé en 1574, le 3 octobre, quand la ville assiégée depuis 6 mois par les Espagnols reçut une péniche de victuailles sous la forme de harengs et de pain blanc que les résistants de l’extérieur, les Gueux des Eaux Watergeuzen, purent faire passer à la barbe de l’ennemi en faisant sauter des digues pour inonder la campagne. Mis en déroute, les Espagnols levèrent le camp abandonnant même une marmite remplie de pot au feu. Depuis, chaque année, le 3 octobre, le bourgmestre distribue ce plat, du hoche pot, hutspot, des harengs et du pain blanc à ses concitoyens au cours d’une journée de liesse.

Encore aujourd’hui il est possible chez tous les poissonniers du marché de s’offrir un pain avec du hareng. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Pour témoigner sa gratitude à Leiden, le prince d’Orange Guillaume le Taciturne lui offrit de choisir entre une franchise d’impôts perpétuelle ou la fondation d’une université. C’est cette seconde option qui fut acceptée par les édiles de la ville. C’est ainsi que Leiden peut se vanter d’accueillir la première université du pays qui devint le point de rencontre des intellectuels européens, fascinés par cette ville où liberté religieuse et émulation sont à la base de l’étude. Des dynasties d’imprimeurs-éditeurs s’installèrent à Leiden et contribuèrent à diffuser les livres dans toute l’Europe. Devenue le refuge des puritains anglais et de leur chef le prédicateur John Robinson, la ville servit de creuset au rêve du Nouveau Monde emmenant les « Pilgrim Fathers » en 1620 à bord du Mayflower qui s’échoua sur la côte au sud-est de Boston. Ce n’est pas pour rien que George Bush père a absolument voulu se rendre à Leiden lors de sa visite aux Pays-Bas en 1989, sur les traces des valeureux pionniers fondateurs des Etats-Unis.

L’Hortus Botanicus, le plus vieux jardin botanique des Pays-Bas, a été créé en 1575 pour la formation des étudiants en médecine. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Cet esprit d’initiative a évidemment favorisé l’industrie et le commerce du drap entre autres. Les riches patriciens se firent bâtir de belles maisons à pignon qui bordent encore aujourd’hui les quais, donnant à la ville, qui n’abrite aucun haut immeuble dans son centre historique, un cachet plein de charme. On peut commencer la visite en escaladant le tertre sur lequel s’est édifiée dès le 9ème siècle une citadelle, le Burcht, dont il ne subsiste qu’une large enceinte à créneaux et meurtrières, parfaite pour ouvrir de belles perspectives sur les toits pointus recouverts d’ardoises qui chapeautent les maisons et sur les clochers des églises.

Notez que toutes les portes d’entrée des maisons hollandaises sont surmontées d’une vitre ! (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Il ne reste plus qu’à flâner, entre quais et ponts, le nez en l’air pour observer les belles portes d’entrée toutes surmontées d’une vitre au design particulier à chaque maison. C’était, dit-on, pour permettre de reconnaître à qui elles appartenaient jusqu’à ce que Napoléon impose de numéroter les maisons.

Une cité jardin

Le jardin universitaire s’est diversifié depuis sa création, il couvre près de 3ha de terrain et de nombreux espaces servent d’aire de repos aux étudiants. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Le jardin botanique de l’Université fondé en 1587 est aussi un des plus anciens d’Europe et il abrite le premier jardin tropical du pays grâce aux plantes collectées par la Compagnie des Indes. Charles de Lécluse, botaniste originaire d’Arras engagé à Leiden, y planta en 1593 le premier bulbe de tulipe des Pays-Bas à partir d’une poignée d’oignons volés à la cour du sultan Soliman le Magnifique par un ambassadeur autrichien qui les lui céda. Il acclimata si bien cette fleur que quelque 50 ans plus tard, on compte 650 variétés de tulipes et ce foisonnement de couleurs et de formes provoque un tel engouement que l’on peut parler de « tulipomania ». Vases et jardins s’adaptent, les polders gagnés sur la mer offrent un terrain de choix et bulbes et oignons s’exportent avec un label d’origine … hollandaise. Qui se souvient encore que la tulipe chantée dès le 12ème siècle par les poètes perses nous vient d’Asie Centrale ?

C’est un pont fleuri qui mène à la monumentale porte la Zijlpoort qui loge dans ses murs une savoureuse brasserie tournée vers les produits de la mer. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

La plupart des quais sont arborés de tilleuls et il n’est pas un pont qui ne porte pas des vasques chargées de fleurs. Ailleurs ce sont les propriétaires des maisons qui plantent qui un rosier grimpant qui des bouquets de roses trémières au pied de leurs façades transformant les venelles pavées en allées fleuries.

Même les ruelles sont fleuries avec des plantes qui grimpent le long des murs et transforment les venelles en allées odorantes. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Puis il reste à dénicher ce chapelet de hofjes, à savoir des petites cours intérieures qui se découvrent en poussant de lourdes portes en bois. Elles ouvrent sur un couloir souvent encombré de vélos qui débouche sur des jardins sauvages à l’anglaise, empreints de poésie : plates-bandes débordantes de végétation colorée, allées sinueuses, massifs fleuris, espaces de gazon court et pourtant parsemé de pâquerettes. Tout autour, des petites maisons collées les unes aux autres qui jadis abritaient les plus pauvres ou les vieux, à la mode des béguinages de chez nous et qui aujourd’hui font le bonheur de personnes souvent seules.

Les hofjes sont ouverts au public pendant la journée mais il est demandé de respecter les lieux qui sont privés. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Enfin, les parcs sont plus nombreux que les places dans cette petite ville jadis ceinte de remparts où s’élevaient des moulins et où s’étirent aujourd’hui des espaces verts. Il subsiste quelques portes et deux moulins. Le moulin De Put domine le Rhin là où le fleuve est encore large avant d’être canalisé en différents bras qui traversent la ville. Reconstruit en 1987, il appartient au type de moulin sur pivot, le premier du genre à apparaître en Hollande comme moulin à céréales.

Le moulin De Put est au bord du pont de Rembrandt et il n’est pas rare d’y voir des étudiants s’y reposer. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Le dernier moulin de rempart De Valk daté de 1743 se visite par contre et donne un aperçu de ce que fut l’enfance de Rembrandt dont les parents étaient meuniers et possédaient deux moulins aujourd’hui détruits. Il domine une esplanade à deux pas d’un canal dont une berge verdoyante accueille les couples ou les amis qui y pique-niquent volontiers au pied de la butte du moulin. Au rez-de-chaussée et au premier, on découvre l’habitation du meunier avec ses murs arrondis percés de petites fenêtres ouvertes sur la vie environnante. On accède ensuite aux autres niveaux par des échelles étroites et raides mais la visite est passionnante. On peut même sortir sur la terrasse qui enserre le moulin, là où le meunier pouvait surveiller les conditions atmosphériques et faire pivoter la calotte pour orienter les ailes face au vent. C’est en 1965, après la mort du dernier meunier que De Valk reçut sa destination actuelle de musée.

Un étonnant cochon stylisé voisine aujourd’hui le moulin historique De Valk, une rencontre insolite plutôt réussie ! (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Un art de vivre
La Hollande se vit en bicyclette, c’est bien connu mais sans aucun doute Leiden vit à du 200% en vélo. Sans doute parce que son université accueille près de 30000 étudiants sans compter les 5000 étudiants, doctorants et universitaires internationaux, soit un tiers de la population urbaine. On y circule souvent en groupe, en papotant côte à côte, ou alors en poussant ses enfants dans un vélo cargo, une alternative astucieuse pour transporter plusieurs enfants et même ses courses. La ville est en grande partie piétonne et attention aux distraits à ne pas oublier que les vélos sont rois et occupent les pistes qui ne sont pas destinées aux piétons ! Qu’il s’agisse d’un enterrement ou d’un mariage, les familles sont transportées dans des bus décorés à cette attention ou alors ce sont des bateaux qui emmènent les fêtards le long des canaux afin de les regrouper autour d’un événement qu’ils partagent bien volontiers avec les passants.

Il n’est pas un parapet qui ne retienne pas des vélos ! (Christiane Goor et Charles Mahaux)

La ville est encore boudée par les touristes et on se sent plongé dans un milieu authentiquement hollandais avec des boutiques qui s’adressent d’abord aux habitants, avec des terrasses envahies dès le matin par des locaux pour savourer un premier café. Dès que les beaux jours s’installent, elles se prolongent sur des péniches, d’autres envahissent des ponts piétonniers, les uns reconnaissent les autres et on se sent plongé dans une atmosphère villageoise.

Dès que le soleil pointe au printemps les péniches se garnissent de terrasses de café qui font le bonheur des habitants. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Particulièrement les mercredi et samedi, jours de marché qui s’égaie de part et d’autre des quais du Oude Rijn. Ils sont nombreux badauds et acheteurs à profiter de cette ambiance bavarde et chaleureuse, entre boutiques de bouquets de fleurs odorantes, étals de poissons frais conservés sur des tapis de glace sans oublier les harengs qui se dégustent en entier dans une miche de pain blanc, des échoppes de fraises et d’asperges hollandaises bien sûr et d’autres chargées de boules de fromage du pays de toutes tailles, de tous âges et aux différentes saveurs. C’est ainsi que le Hollandais se découvre bon vivant, chaleureux, toujours prêt à boire un verre et à manger un morceau en bonne compagnie, sans pour autant verser dans les excès du trop d’alcool ni du trop bruyant, une signature anglo-saxonne sans doute.

Infos pratiques :
Toute info complémentaire sur le site www.visitleiden.nl

Se loger : Si vous arrivez en voiture et comme le parking s’avère compliqué dans la vieille ville, autant se loger à deux pas juste en face de la gare Leiden Centraal à l’hôtel FletcherWellness-Hotel Leiden www.wellnesshotelleiden.nl qui occupe les derniers étages d’un building de 12 , de quoi offrir une vue impressionnante sur la ville.

Se nourrir : Ne dites plus qu’on ne mange pas bien en Hollande ! Essayez la brasserie De Waag au confluent du Vieux et du Nouveau Rhin, dans un bâtiment historique où jadis les marchands pesaient leurs produits avant de les commercer. Aujourd’hui on peut y découvrir une belle collection de balances www.waagleiden.nl

La devanture du restaurant De Waag porte toujours dans sa façade le souvenir de son ancienne fonction, à savoir le poids public pour peser les marchandises des commerçants. (Christiane Goor et Charles Mahaux)

Une autre brasserie installée dans une des anciennes portes de la ville, la Zijlpoort avec de délicieuses formules tapas tournées vers les produits de la mer www.poort.nl Pour une table plus raffinée, De Klok dans une ruelle paisible non loin de l’église St-Pierre, une cuisine d’inspiration française, des saveurs surprenantes, de très bons produits et de belles présentations www.restaurantdeklok.nl

L’option bateau-mouche est imparable pour découvrir Leiden au fil de l’eau 55 minutes de balade www.rederijrembrandt.nl sur la Beestenmarkt.

 

Écrit par Christiane Goor et Charles Mahaux

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