Leçons de vie du plus grand artiste de l’Antiquité (dont vous n’avez probablement jamais entendu parler)

Bien qu'il ait été le plus grand artiste de la plus grande ville, Phidias a été soumis à des épreuves tout au long de sa carrière. C'est la façon dont il a réagi qui définit réellement sa contribution
29 juin 2022 Mis à jour: 29 juin 2022
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En feuilletant les derniers manuels d’histoire de l’art ou de sciences humaines, vous ne trouverez que peu ou pas de mention de son nom.

Il n’apparaît même pas une seule fois dans l’ouvrage The Humanities Through the Arts de McGraw Hill, qui en est à sa 10e édition. Le mot « Picasso », quant à lui, compte 34 entrées dans l’index.

Pourtant, Phidias (Pheidias) mérite mieux. Il était un phénomène à son époque, le Michel-Ange du monde antique, en quelque sorte. Il était considéré comme le plus grand artiste de ce qui était sans doute la plus grande ville (Athènes), et sa renommée était aussi vaste que la civilisation grecque.

Pourtant, ce qui est peut-être le plus frappant, ce sont les épreuves auxquelles Phidias a dû faire face au cours de sa vie et, surtout, la façon dont il a réagi. Mais nous y reviendrons dans un instant.

Tout d’abord, un peu de « biopic », étant donné que les lecteurs sont probablement peu familiers avec cet ancien géant et ses réalisations. Celles-ci, comme nous le verrons, préparent le terrain pour apprécier son caractère impressionnant.

Si vous êtes déjà allé au British Museum ou si vous avez aperçu les légendaires marbres d’Elgin, vous avez au moins vu, sinon reconnu, les réalisations de Phidias. En effet, c’est à Phidias que l’on doit ces œuvres magistrales de sculpture en marbre. Ces imposantes réalisations artistiques rendaient hommage à Athéna, la déesse protectrice d’Athènes, elles ornaient le Parthénon de la Grèce antique.

Les frises de marbre – des reliefs tridimensionnels sur les murs du temple – étaient, et sont toujours, 24 siècles plus tard, admirées pour leur superbe rendu d’une personne humaine. Les personnages d’Elgin sont d’un réalisme saisissant. Ils sont disposés dans des compositions qui confèrent à l’ensemble une qualité « monumentale », comme le décrivent les historiens de l’art.

Phidias montrant la frise du Parthénon à ses amis, 1868, par Sir Lawrence Alma-Tadema. (Domaine public)

Mais le plus important, sur le plan artistique, était peut-être la représentation sobre et harmonieuse du corps humain. C’est la marque de fabrique de Phidias qui a donné naissance à ce que l’on considère aujourd’hui comme la quintessence du style « classique » ou « idéaliste ». Il s’agit de la quintessence de l’art grec de la fin du Ve au début du IVe siècle av. J.-C.

(Il s’oppose au style « hellénistique » ultérieur, qui était marqué par une fixation sur le pathos, le mélodrame et l’extrémisme émotionnel. L’équilibre, l’harmonie et le sens de la maîtrise de soi que l’on trouve dans les œuvres de Phidias de l’âge d’or d’Athènes ont disparu.)

Mais les marbres d’Elgin ne font pas le poids face à ce que Phidias et son atelier ont imaginé pour l’intérieur du sanctuaire du Parthénon : une imposante statue d’Athéna Parthénos en ivoire et en or, haute de trois étages.

Vous avez bien lu : elle n’était pas décorée de ces deux substances précieuses, mais bien fabriquée en ivoire et en or.

Selon l’archéologue et historien de l’art Kenneth Lapatin, Phidias avait mis au point une technique tout à fait originale de travail de l’ivoire. Cette technique lui permettait, ainsi qu’à l’équipe de son atelier, de « dérouler » – comme on taille un crayon – l’ivoire des défenses d’éléphant et de le remodeler dans n’importe quelle forme imaginée. De grandes pièces formées de cet ivoire ont ainsi été fixées minutieusement à un grand cadre en bois, pièce par pièce. Ensuite, des ornements en or élaborés ont été apposés sur la statue, conférant à Athéna la gloire dont ses mécènes athéniens la jugeaient digne. On estime que la réalisation de cette statue a pris neuf ans.

Avec des matériaux modernes, Alan LeQuire recrée en 1990 Athena Parthenos, la statue perdue de Phidias. Elle est installée dans une réplique grandeur nature du Parthénon dans le Centennial Park de Nashville. (Dean Dixon/Free Art License)

En 432 av. J.-C., lorsque le projet du Parthénon a été achevé, Phidias a été considéré comme un génie et un maître.

Mais son importance croissante s’accompagne de détracteurs. C’est là que se trouve la deuxième partie de l’histoire de Phidias : l’adversité à laquelle il a dû faire face et ce que nous pouvons apprendre de sa réaction, des millénaires plus tard.

Lorsque nous sommes éblouis par le glamour et la gloire qui accompagnent la célébrité et la fortune, nous oublions souvent le prix à payer ou les défis à relever pour accéder à la célébrité.

Phidias allait bientôt le découvrir.

Peu temps après avoir terminé son travail sur le Parthénon (les sources historiques ne sont pas claires sur les détails), l’impensable s’est produit : Phidias a été accusé d’avoir volé l’or destiné à son Athéna.

Bien qu’il ait pu prouver devant un tribunal athénien qu’il était innocent de cette accusation (selon un récit, il avait ingénieusement rendu amovibles les parures en or d’Athéna afin qu’elles puissent être pesées, dans l’éventualité de telles accusations), ses détracteurs ont placé la barre plus haute.

Ils l’ont ensuite accusé de sacrilège, entre autres choses. Il aurait inclus dans le bouclier d’Athéna des images de lui-même et de son puissant mécène, Périclès. (Une accusation qui, si elle était vraie, serait tout à fait pardonnable, étant donné la licence créative avec laquelle les artistes ont cherché, au fil des siècles, à intégrer leur « signature » ou leur ressemblance dans une œuvre. Pensez à l’École d’Athènes de Raphaël, par exemple, personne aujourd’hui n’en a moins d’estime pour le maître de la Renaissance).

La séquence des événements qui s’ensuivit est, là encore, un peu obscure, mais ce qui est évident, c’est que cette accusation était plus difficile à réfuter. Phidias a été soit exilé (selon certains témoignages), soit emprisonné dans une prison athénienne (selon d’autres témoignages). Dans les deux cas, il ne s’en sort pas très bien devant le tribunal cette fois.

Mais comment Phidias a-t-il réagi ? Était-il anéanti, comme on pourrait l’imaginer, lui qui venait de s’investir corps et âme dans une œuvre révolutionnaire et majestueuse, jour après jour, pendant près de dix ans ? Ou peut-être aigri, comme cela semble justifié ? A-t-il raccroché son marteau et son burin et mis un terme à sa carrière ?

Si nous ne pouvons que spéculer sur les détails psychologiques de la « nuit noire de l’âme » que Phidias a dû connaître, ce que l’histoire nous apprend clairement, c’est qu’il a rebondi, plus fort que jamais.

Ne se laissant pas abattre, Phidias a réagi à ces mauvais traitements avec la plus grande classe classique. Plutôt que de laisser ses détracteurs l’atteindre, il s’est relevé. Il a accepté une commande pour répéter l’exploit, pour ainsi dire, à Olympie – alors le site du plus grand événement du monde antique, les Jeux olympiques. Il y construira ce qui sera connu comme l’une des sept merveilles du monde : une statue massive de 12 mètres de haut, en ivoire, en or et en ébène, de Zeus, le plus grand dieu grec.

(Le projet lui-même, une fois encore, sera un exploit de persévérance : il faudra huit ans à Phidias et à ses assistants pour le construire. C’est cette même statue qui inspirera plus tard la statue de Lincoln de Daniel Chester French à son mémorial de Washington, D.C.)

Une représentation de la sculpture de Zeus par Phidias dans le temple principal d’Olympie, par Quatremère de Quincy, 1815. La statue a finalement été détruite. (Domaine public)

On peut difficilement imaginer une meilleure réponse à ses adversaires, voire à l’adversité de la vie en général : se relever, recommencer, et rendre les choses encore meilleures et plus glorieuses qu’auparavant.

Autant que le style classique resplendissant et les monuments légendaires que Phidias a laissés au monde, il semblerait que l’histoire même de sa vie contienne quelque chose de tout aussi précieux.

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