Le Traité de l’OMS sur les pandémies: la fin de la souveraineté et de la liberté nationale

Par Mises Institutes & Birsen Filip
9 juin 2022 Mis à jour: 10 juin 2022
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Alors qu’une grande partie du monde est encore en train de tourner la page de la pandémie du Covid-19, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) regarde déjà vers l’avenir et se prépare à l’émergence « d’autres pandémies et d’autres urgences sanitaires majeures ». Pour s’assurer que le monde est correctement préparé aux futures pandémies, « l’Assemblée mondiale de la santé » a tenu une session spéciale, le 1er décembre 2021, intitulée Le monde ensemble.

L’Assemblée mondiale de la santé est « l’organe décisionnel de l’OMS », elle « est composée de délégations de tous les États Membres de l’OMS et se focalise sur un programme de santé spécifique préparé par le Conseil exécutif ». Lors de cette session extraordinaire, qui n’était, rappelons-le, que « la deuxième depuis la création de l’OMS en 1948 », les participants ont convenu de « rédiger et négocier une convention, un accord ou un autre dispositif international en vertu de la Constitution de l’Organisation mondiale de la santé pour renforcer la prévention, la préparation et la riposte aux pandémies ». Ce texte, communément appelé le « Traité sur la pandémie », a été au centre des discussions de la 75e Assemblée mondiale de la santé, qui s’est tenue à Genève du 22 au 28 mai 2022.

Selon le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, premier directeur général de l’OMS et qui n’est en réalité pas médecin, ce Traité représente une « opportunité de renforcer l’architecture sanitaire mondiale pour protéger et promouvoir le bien‑être de tous les peuples ». S’il est adopté, le Traité sur la pandémie permettra à l’OMS d’apporter des changements radicaux aux systèmes de santé de ses pays membres à partir de 2024.

En particulier, cet accord donnera à l’OMS le pouvoir de déclarer à tout moment une pandémie, sur la base de ses propres critères vaguement définis, dans n’importe lequel de ses 194 pays membres. Il permettra également à l’OMS d’avoir un pouvoir de décision unilatéral quant aux mesures qui seront imposées en réaction à ces futures pandémies déclarées, y compris des politiques de confinement, le port du masque obligatoire, l’éloignement social et la soumission des populations à des traitements médicaux ou des vaccins.

Contrairement à l’opinion publique, l’OMS n’est pas une organisation indépendante, impartiale et éthique qui vise le bien commun. En réalité, ses objectifs et ses programmes sont fixés par ses donateurs, dont certains sont les pays les plus riches et d’autre les philanthropes les plus riches du monde. Depuis des décennies, « les philanthropes et leurs fondations ont acquis une influence croissante » (pdf) lorsqu’il s’agit de façonner l’agenda de la santé mondiale en « plaçant des personnes dans les organisations internationales et en obtenant un accès privilégié aux élites scientifiques, commerciales et politiques ».

Par exemple, dans l’ouvrage « Philanthropic Power and Development : Who Shapes the Agenda ? » [Le pouvoir philanthropique et le développement : qui détermine l’agenda ? ndt.] Jens Martens et Karolin Seitz expliquent que « la fondation Gates et, auparavant, la fondation Rockefeller, ont façonné les politiques de santé mondiales non seulement par leurs subventions directes, mais aussi par l’apport de fonds de contrepartie, le soutien de programmes de recherche sélectionnés, la création de partenariats mondiaux dans le domaine de la santé avec leur personnel au sein de leurs organes décisionnels et par un plaidoyer direct au plus haut niveau politique ».

En fait, dès 2016, le Guardian rapportait que « la fondation Gates est désormais le deuxième plus grand donateur de l’Organisation mondiale de la santé après les États-Unis, ainsi que l’un des plus grands investisseurs uniques au monde dans la biotechnologie pour l’agriculture et les produits pharmaceutiques ». Malheureusement, lorsque les philanthropes et leurs fondations défendent leurs propres intérêts, ils le font au détriment des intérêts communs de la société. Il n’y a aucune raison de croire que cette dynamique sera différente dans le cas du Traité sur la pandémie.

Le Traité sur la pandémie pourrait être extrêmement préjudiciable à l’avenir de l’humanité, car il permettra aux contributeurs les plus puissants de l’OMS de définir des mesures uniformes de lutte contre la pandémie au lieu de reconnaître l’importance d’élaborer des politiques et des approches spécifiques fondées sur les réalités et les besoins sociaux, économiques et physiques de chaque pays. Le Traité éliminera la volonté nationale et la souveraineté des pays membres, car il dictera leurs politiques de santé sur la base de faits abstraits, au lieu de tenir compte des réalités qui prévalent dans chaque endroit.

Si le Traité sur la pandémie visait réellement à atteindre des résultats humanitaires purement nobles, il faudrait tout de même s’y opposer sur la base de la pensée libérale (classique) : seul l’individu doit avoir la responsabilité absolue de son propre bien‑être, à condition qu’il soit majeur et sain d’esprit. En d’autres termes, l’individu est le seul à pouvoir prendre des décisions qui concernent son corps, sa vie et son avenir, en l’absence du pouvoir coercitif de toute autorité extérieure.

Cependant, le Traité sur la pandémie ne permettra pas aux individus de s’appuyer sur leurs propres facultés physiques, spirituelles et intellectuelles pour atteindre leur propre bien‑être. Au contraire, il imposera des traitements et des vaccinations aux individus contre leur volonté, violant ainsi la liberté corporelle à l’échelle mondiale. L’histoire prouve que la violation de la liberté corporelle conduit à l’esclavage et à la régression de la société.

Le Traité sur la pandémie donnera également à l’OMS le pouvoir d’émettre des diktats dans la sphère privée des individus et d’exercer un contrôle sur leur vie sociale et publique, sur les institutions de leur société et sur leurs gouvernements, tout cela au nom de la santé publique. Ce faisant, il supprimera les libertés civiles, la liberté économique, la liberté positive (liberté de faire telle ou telle chose) et la liberté négative (liberté venue de telle ou telle situation). Toutes ces formes de liberté doivent être des forces constructives dans la société et contribuer à la réalisation du progrès social. Une fois ces libertés étouffées, les fondements du progrès et de l’avancement disparaissent également.

Par le biais du Traité sur la pandémie, l’OMS imposera son propre jugement de valeur à la population mondiale, ignorant ainsi le fait que les valeurs diffèrent considérablement entre les personnes, les cultures, les traditions et les nations. En d’autres termes, il ne tiendra pas compte de la diversité des personnes lorsqu’il s’agit de prendre des décisions concernant leur propre corps en fonction de leurs croyances religieuses, de leurs engagements, de leurs opinions et de leurs valeurs culturelles et traditionnelles. Il violera également le principe d’inclusion, car l’imposition d’un seul jugement de valeur, à savoir l’approche « One Health », signifie que l’OMS bafoue tous les autres jugements de valeur, pratiques culturelles et traditionnelles.

Le Traité sur la pandémie ne tient pas compte du fait que, comme l’a noté Joseph Schumpeter, il n’existe pas de « position univoque sur l’ensemble de la société, sur le bien‑être général et ainsi de suite ; un tel point de vue unitaire n’existerait pas non plus si tous les individus et les groupes voulaient agir et se prononcer sur cette base, puisque le bien général et l’idéal social apparaissent différemment à chacun ». [1]

En ce qui concerne la médecine, poursuit Schumpeter, même si les gens « s’orientent assez bien sur ce qu’est une bonne santé et cherchent généralement à atteindre un tel état, […] on ne peut prouver à personne que la santé doit être valorisée positivement », car la santé ne peut « être définie sans une certaine ambiguïté. […] En réalité, les gens recherchent une bonne santé avec des niveaux d’engagement très différents, valorisant ce qui est bon très différemment les uns des autres ; et leurs objectifs ne sont pas exactement les mêmes pour tous ‑ il est tout à fait évident que les régimes de santé suivis par un boxeur et un chanteur ne sont pas identiques ». [2] [3] Même des chirurgiens formés dans le même domaine ne seront pas nécessairement d’accord sur le même traitement et la même opération.

Par exemple, écrit Schumpeter, « face à l’option d’enlever un ulcère, ou d’éviter les dommages associés à une intervention chirurgicale, deux médecins peuvent être en désaccord sur comment obtenir le même résultat ». [4] De plus, au sein d’un État‑nation particulier, « entre des personnes ayant les mêmes intérêts politiques, sociaux, économiques et culturels et la même perspective sur le monde social, il peut toujours y avoir des différences sur ce qui vaut la peine d’être recherché ». [5] Par conséquent, pourquoi une personne ou une organisation qui prétend soutenir les valeurs démocratiques libérales soutiendrait‑elle le Traité sur la pandémie ?

Ceux qui soutiennent le Traité sur la pandémie ignorent les fondamentaux de la pensée libérale et de la gouvernance démocratique, car ils ne voient pas, comme l’a dit Ludwig von Mises, « pourquoi ils ne devraient pas, par la force, contraindre d’autres personnes à faire ce qu’elles ne sont pas prêtes à faire de leur propre chef ». Les partisans du Traité estiment qu’il est acceptable de recourir à une planification centrale à grande échelle pour contraindre les gens à faire « la bonne chose », bien que ce soit sur la base de jugements de valeur qu’ils ne partagent pas. Ils leur importent peu, poursuit Ludwig von Mises, que « l’appareil de contrainte physique auquel on recourt dans de telles initiatives soit celui d’une police nationale ou d’une force ‘pour faire front’ illégale dont le gouvernement tolère la violence. […] Ce qui importe, c’est la substitution de la contrainte à l’action volontaire ».

Les partisans du Traité sur la pandémie devraient se souvenir des paroles de John Stuart Mill : « Ni une personne, ni aucun groupe de personnes n’est autorisé à dire à une autre créature humaine d’âge mûr qu’elle ne doit pas faire ce que bon lui semble de sa vie pour son propre bénéfice. Il est la personne la plus intéressée par son propre bien‑être, l’intérêt que toute autre personne, sauf dans les cas de fort attachement personnel, peut y porter, est insignifiant, comparé à celui qu’il a lui‑même ; l’intérêt que la société a pour lui individuellement (sauf en ce qui concerne sa conduite envers les autres) est fractionné et tout à fait indirect, tandis que, en ce qui concerne ses propres sentiments et circonstances, l’homme ou la femme le plus ordinaire a des moyens de connaissance dépassant incommensurablement ceux que peut posséder n’importe qui d’autre ». [6]

En d’autres termes, l’individu est le mieux placé pour être le juge final de ce qu’il doit faire lorsqu’il s’agit de son autonomie corporelle, de sa sphère privée et de sa liberté.

Notes

1. Joseph Schumpeter, Gustav von Schmoller and the Problems of Today(Berlin: Duncker und Humblot, 1926), p. 264.
2. Schumpeter, Gustav von Schmoller and the Problems of Today, p. 264.
3. Schumpeter, Gustav von Schmoller and the Problems of Today, pp. 264–65.
4. Schumpeter, Gustav von Schmoller and the Problems of Today, p. 265.
5. Schumpeter, Gustav von Schmoller and the Problems of Today, p. 265.
6. John Stuart Mill, On Liberty(Kitchener: Batoche Books, 2001), p. 70.

Birsen Filip est titulaire d’un doctorat en philosophie et d’une maîtrise en économie et en philosophie. Elle a publié de nombreux articles et ouvrages, notamment la philosophie politique, la géopolitique et l’histoire de la pensée économique, avec un accent particulier sur l’école autrichienne d’économie et l’école historique allemande d’économie. Elle est l’auteur du livre à paraître “The Early History of Economics in the United States : The Influence of the German Historical School of Economics on Teaching and Theory” (Routledge, 2022). [Les débuts de l’histoire de l’économie aux États-Unis : l’influence de la German Historical School of Economics sur l’enseignement et la théorie, ndt.] Elle est également l’auteure de « The Rise of Neo-liberalism and the Decline of Freedom ». [La montée du néolibéralisme et le déclin de la liberté, ndt.]

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