Le tourisme spatial peine à prendre son envol

20 juillet 2015 Mis à jour: 20 juillet 2015
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L’industrie du tourisme spatial traverse une mauvaise passe. Le 28 Juin dernier, la fusée Falcon 9 de SpaceX — transportant les provisions de la Station Spatiale Internationale (ISS) — explosait de manière spectaculaire. C’était le troisième vaisseau spatial privé impliqué dans une catastrophe en moins d’un an.

Au mois d’octobre, la fusée Antares explosait quelques secondes après son décollage, retombant en flamme dans le centre de lancement. Trois jours plus tard, lors d’un vol test, le SpaceShipTwo de Virgin Galactic explosait à son tour au-dessus du désert de Mojave; l’équipage composé de deux personnes y trouvèrent la mort.

Le Falcon 9 de SpaceX, sous contrat avec la NASA, transportait une capsule de réapprovisionnement Dragon, contenant 2 267 kg de matériel, d’équipements scientifiques à destination de l’équipage de l’ISS, ainsi que le premier adaptateur d’amarrage international, pour l’arrimage à la station des futurs véhicules de tourisme.

SpaceX devait aussi ramener sur terre les 635 kg de matériel provenant des expériences scientifiques de la station ainsi que tous les déchets. SpaceX était la seule fusée capable de ravitailler la station spatiale et de revenir sur Terre avec du matériel.

La perte est immense, non seulement pour SpaceX, pour la NASA et pour l’ISS, mais aussi pour les étudiants et les entreprises privées dont le matériel de recherche était à bord, sans parler des clients du tourisme spatial, qui allaient embarquer sur les lancements suivants. Ils devront prendre leur mal en patience, et subir les désagréments causés à l’entreprise, jusqu’à ce que cette dernière identifie précisément le problème, le corrige, et programme un nouveau lancement.

C’est le prix à payer pour l’aventure spatiale. L’industrie elle même reconnaît que la maîtrise du vol spatial est très difficile.

Néanmoins, une question se pose : le vol spatial est-il difficile au point que les entreprises privées ne peuvent rien en tirer ? De nombreux chefs d’entreprise, comme Richar Branson (président du Groupe Virgin), rêvent d’envoyer les terriens faire un tour hors orbite.

La fusée sans pilote Antares de Orbital Sciences Corp, explose quelques secondes après son lancement, le 28 octobre 2014 (AP Photo/NASA TV).
La fusée sans pilote Antares de Orbital Sciences Corp, explose quelques secondes après son lancement, le 28 octobre 2014 (AP Photo/NASA TV).

Pour Micah Walter-Range, directeur de recherche à la Space Foundation, organisation à but non lucrative consacrée aux avancées du domaine spatial, ces accidents font partie du processus. L’aventure spatiale subira des revers et certaines missions échoueront encore, que ce soit sous la supervision de la NASA ou non. En outre, « les acteurs du tourisme spatial s’adaptent à cette situation« , s’enthousiasme t-il.

« Les entreprises du secteur savent comment analyser leurs défaillances…et comment rebondir » estime Micah Walter-Plage.

En effet, avant de réussir son premier lancement en 2008, SpaceX, au bord de la faillite, avait échoué à trois reprises détruisant dans le processus un satellite de l’US Air Force et certaines expériences de la NASA. SpaceX aurait pu ne jamais se relever, mais Elon Musk, son fondateur visionnaire a tenu bon et n’a montré aucun signe de ralentissement après cette déconvenue.

SpaceX a déjà à son actif six missions fructueuses de ravitaillement de l’ISS, raison pour laquelle, la NASA a maintenu sa confiance et poursuivi ses projets avec l’entreprise.

Dans le communiqué de presse qui a suivi l’échec du dernier lancement, Charles Bolden, administrateur de la NASA expliquait : « SpaceX a démontré des capacités extraordinaires (…) et nous savons qu’elle peut reproduire ce succès ».

Pour lui, il est évident que « dès leur conception, les programmes commerciaux de fret intègrent le calcul des pertes possibles de véhicules cargo ».

Le Professeur Howard McCurdy, expert en histoire spatiale à l’American University, croit fermement qu’avec l’augmentation du nombre de lancements, le secteur privé est mieux qualifié que la NASA pour arriver à faire baisser les coûts. Les entreprises privées ont tout simplement une meilleure gestion par rapport aux organismes gouvernementaux.

Ce dernier estime que « la NASA est incapable de concourir avec les compagnies aériennes. Elle est, par contre, excellente dans l’innovation ».

La logique veut donc que la NASA se cantonne à son rôle de pionnière qui oriente l’industrie, comme elle l’avait fait avec le transport aérien, en attribuant des contrats de lancements et des missions de ravitaillement, et en partageant le poids financier le temps que le secteur privé arrive à maturité.

Au final, la conquête de l’espace revient à ouvrir des frontières.

Toutes les premières expéditions européennes étaient au service de la couronne et de la patrie. Progressivement, les gouvernements ont commencé à allouer des fonds de démarrage aux pionniers qui prenaient le risque d’entreprendre et d’explorer tout le potentiel de ces nouvelles opportunités. Les premiers voyages commerciaux qui suivirent étaient coûteux, en termes d’échec et de déception — mais généraient de grandes récompenses.

Aujourd’hui, la frontière s’est déplacée. Au départ, l’espace était la chasse gardée des gouvernements — notamment ceux des États-Unis et de l’Union soviétique — aujourd’hui, ce sont les entreprises privées qui y jouent les premiers rôles.

Les poids lourds du commerce spatial

L’édition 2015 de la Space Foundation intitulé « Space Report le guide faisant autorité pour les activités spatiales mondiales », on apprend que l’année dernière, les acteurs non-étatiques ont largement supplanté les acteurs étatiques en terme de dépenses.

L’économie du spatial valait 330 billions de dollars en 2014, dont 13 % (soit 42,96 billions de dollars) provenant du gouvernement américain. Les dépenses des autres gouvernements correspondent à 11 % (soit 36,21 billions de dollars). Les 76 % (250,83 billions de dollars) restant proviennent des activités du commerce spatial.

Plus d’une vingtaine d’entreprises sont capables d’assurer des vols spatiaux et près de 21 autres sont capables de procéder à des lancements. Des centaines d’autres agences à travers le monde sont impliquées dans la fabrication des satellites, la construction de stations terrestres, et la fourniture de tous les autres équipements liés à l’espace restant sur Terre.

Si l’ancien PDG de PayPal, Elon Musk reste la tête d’affiche du secteur, beaucoup d’autres grands noms ont rejoint la course.

Elon Musk, PDG de SpaceX, ici à Hawthorne, en Californie, le 29 Mai, 2014. (Kevork Djansezian/Getty Images)
Elon Musk, PDG de SpaceX, ici à Hawthorne, en Californie, le 29 Mai, 2014. (Kevork Djansezian/Getty Images)

En 2002, Elon Musk créait SpaceX (et Tesla en 2003). Après 8 ans à peine, il a pu se vanter d’avoir mis sur pied la première entreprise privée capable de mettre un vaisseau en orbite et de le faire revenir sur Terre. Elon Musk nourrit des projets encore plus grands, dont la création de fusées et de capsules réutilisables, en plus d’apporter l’Internet par satellite au monde entier, et de proposer un nouveau foyer pour les humains sur Mars.

United Launch Alliance — une coentreprise entre Lockheed Martin et Boeing — est la société qui assure l’essentiel des lancements de l’armée américaine. Après SpaceX, Boeing est la deuxième entreprise en contrat avec la NASA, chargée de développer des taxis spatiaux pour l’acheminement des astronautes américains vers la Station spatiale.

L’ancien Orbital Sciences Corporation -devenu Orbital ATK suite à une fusion avec Alliant Techsystems Inc, en février dernier — assure le ravitaillement de l’ISS aux côté de SpaceX.

De leurs côtés, Blue Origin, créé par Jeff Bezos d’Amazon, et Virgin Galactic, détenu par l’excentrique magnat britannique Sir Richard Branson, s’activent à mettre sur pied un tourisme spatial abordable.

L’espace à la portée du grand public

A mesure que de grandes entreprisses investissent des fortunes pour rendre ce commerce viable, un changement imperceptible a déjà lieu : grâce aux acteurs du privé, l’espace est aujourd’hui pratiquement à la portée du grand public.

Non pas que nous puissions déjà jouer les touristes dans l’espace (du moins pour l’instant), mais nous participons tous et bénéficions à l’industrie spatiale — chaque fois que nous sortons notre GPS, cherchons la voiture Uber que nous allons emprunter, ou regardons la télévision par satellite.

Pour Walter-Range de la Space Foundation, grâce au changement actuel de la situation, « nous n’avons pas besoin des fonds du gouvernement, ni de laboratoires high-tech super-équipés, il nous suffit d’utiliser des composants disponibles dans le commerce pour construire des satellites ».

« La technologie est devenue tellement plus accessible, que nous assistons à l’émergence d’utilisations plus créatives les unes que les autres » affirme t-il.

La technologie satellitaire est la tête de proue de ce changement et le plus grand générateur de revenus de l’économie du tourisme spatial, dont la valeur atteignait en 2014, les 203 billions de dollars. D’après les chiffres de l’Association de l’Industrie du Satellite, il y avait fin 2014, environ 1 261 satellites pleinement opérationnel en orbite représentant 57 pays.

Le développement de satellites à faibles coûts a été une innovation particulièrement intéressante. Certains satellites miniatures appelés nanosatellites, pèsent moins de 10 kg, et le sous-ensemble des nanos appelés cubesats ou satellites cubes, ne font que 10 cm d’envergure par côté et pèsent moins d’1 kg.

Un « kit » de cubesats coûte dans les 10 000 dollars, et un ensemble complet prêt au lancement dans les 100 000 dollars, comparés aux 670 millions de dollars pour un satellite à l’échelle 1.

Bien sûr les cubesats ne sont pas aussi puissants qu’un satellite de 4 535 kg, mais il s’agit d’en envoyer un « essaim » plutôt qu’un seul — pour assurer une plus large couverture quotidienne de la surface terrestre et de pouvoir observer plus fréquemment une même zone. D’autre part, en termes de coût, ces minuscules satellites sont considérés comme des produits presque jetables, et ils prennent très peu d’espace de chargement.

Deux entreprises en partenariat avec SpaceX, Google, et OneWeb, une start-up qui a pour investisseurs Virgin Galactic, Airbus, Intelsat, et Coca-Cola, sont dans la course pour offrir l’Internet haut débit par satellite à tous les habitants du globe. OneWeb compte lancer une constellation de 600 petits satellites, alors que Musk envisage d’en lancer 4 000.

La NASA fait des tests avec ce qu’elle appelle ses PhoneSats. Ce sont essentiellement des boîtes dans lesquels sont installés des Smartphones Google, équipé d’Android. Ces types de smartphones commerciaux sont considérés comme les parfaits systèmes pour équiper les satellites car les processeurs sont puissants, les systèmes d’exploitation polyvalents, les capteurs miniatures, les appareils photo ont une haute résolution, et il y’a des récepteurs GPS.

Le prototype de nanosatellite PhoneSat 2.5 de la NASA n’est équipé, en tout et pour tout que d’un smartphone standard. Les innovations permettent à la technologie des satellites de devenir de plus en plus accessible. (Dominic Hart/NASA Ames Research Center)
Le prototype de nanosatellite PhoneSat 2.5 de la NASA n’est équipé, en tout et pour tout que d’un smartphone standard. Les innovations permettent à la technologie des satellites de devenir de plus en plus accessible. (Dominic Hart/NASA Ames Research Center)

Puisque les smartphones sont assez puissants pour établir des communications à partir de l’espace et arrivent à résister à long terme aux rayonnements, l’espace devient beaucoup plus accessible. Jusqu’ici les tests effectués ont été concluants.

Le Laboratoire national des États-Unis, à bord de la Station spatiale, est ouvert aux intérêts du secteur privé, ainsi qu’aux projets d’étudiants du secondaire.

En 2011, la NASA a confié la gestion du laboratoire au Centre pour l’avancement de la science Spatiale (ACERS). ACERS dispose d’un financement de la NASA, mais doit aussi générer des revenus complémentaires par la location de lieu d’expérimentation et la mise à disposition d’astronautes, aux acteurs du privé et à d’autres intérêts. C’est ainsi par exemple que Novartis a pu envoyer une souris dans l’espace pour étudier les impacts de la microgravité sur le développement et l’atrophie musculaire.

Selon Patrick O’Neill, directeur de communication de l’ACERS, plus de 50 % des demandes adressées au laboratoire viennent d’entreprises privées, que ce soit des startups ou certaines des 500 plus grosses entreprises du monde.

« Nous constatons une forte poussée vers la commercialisation », se réjouit O’Neill. « J’espère qu’au cours des prochaines années, ou prochains mois, nous en verrons encore plus », ajoute t-il.

Les Vols spatiaux habités

Le plus grand défi du commerce de l’industrie spatiale réside certainement dans la réussite des vols habités fiables.

Depuis que la NASA a arrêté son programme de navette spatiale en 2011, les États-Unis dépendent du programme spatial russe pour transporter leurs astronautes vers et depuis l’espace. Chaque siège sur un avion russe Soyouz a coûté à la NASA 76 millions de dollars l’année dernière, un chiffre en hausse de 6 millions de dollars par siège depuis 2013.

Sunita Williams, sélectionnée le 9 Juillet, fait partie de la première équipe d'astronautes américains à être transportée dans l'espace grâce à vaisseau spatial commercial. (NASA).
Sunita Williams, sélectionnée le 9 Juillet, fait partie de la première équipe d’astronautes américains à être transportée dans l’espace grâce à vaisseau spatial commercial. (NASA).

La note très salée, combinée à l’augmentation des tensions entre les États-Unis et la Russie, en particulier au sujet de l’Ukraine, mettent une énorme pression sur la NASA, pour qu’elle trouve le plus rapidement possible ses propres moyens d’acheminer son équipage.

Cette tâche a été confiée aux entreprises privées. En 2014, la NASA attribuait les contrats du programme des équipages commerciaux CCP (Commercial Crew Programme) à Boeing (4,2 milliards de dollars) et SpaceX (2,6 milliards de dollars), afin qu’elles développent des véhicules de transport pour les astronautes vers et depuis l’espace pour 58 Millions de dollars le siège.

Les deux sociétés prévoient des tests de vol avec équipage en 2017, si possible.

Sur son site, la NASA annonce officiellement, que l’échec du Falcon 9 n’affectera en rien le calendrier du CCP en ces termes: « les enseignements tirés de cet événement nous ont ouvert les yeux sur des faiblesses ou des défauts que nous n’aurions pas vu autrement».

Pour montrer qu’effectivement le programme du CCP suivait son cours normal, Charlie Bolden l’administrateur de la NASA, annonçait le 9 Juillet, moins de deux semaines après l’accident de la fusée Falcon 9, les noms des quatre astronautes qui vont s’entrainer avec SpaceX et Boeing. Sur son blog, Bolden se réjouissait de pouvoir lancer des astronautes depuis le sol américain, dans des vaisseaux spatiaux américains grâce aux partenariats avec plus de 350 entreprises américaines.

« Chaque dollar que nous investissons dans notre équipage commercial est un dollar de gagner, que nous n’investissons pas dans l’économie russe », écrit Bolden, confirmant ainsi, la pression subie par la NASA pour reprendre la main sur ses voyages dans l’espace.

La récente série de lourdes pertes, indique pourtant l’extrême défi de la tâche. Le rapport 215 de « Space Report » prévient que le lancement de l’homme dans l’espace est par nature beaucoup plus difficile que le lancement des satellites.

« Les humains ont des besoins plus complexes, comme disposer d’un air respirable, de quoi se nourrir, rester au chaud, rester au frais, et pouvoir se protéger dans l’espace. Les humains doivent aussi pouvoir revenir en toute sécurité sur Terre après leur mission ».

Pour le Professeur McCurdy, le taux d’échec actuel, même sans pilote est encore trop élevé.

Il estime que « nous avons commencé les vols orbitaux depuis déjà un demi-siècle, et nous ne devrions pas avoir ce type d’échecs (…) Les risques ne doivent pas atteindre les chiffres que nous avons ».

Depuis 2010, 443 tentatives de lancement orbitaux ont eu lieu dans le monde, dont 24 ont échoué, soit un taux d’échec d’un peu plus de 1 sur 18. Quatre des vaisseaux ayant échoué sont américains. Le taux d’échec des États-Unis est d’environ 1 sur 111.

D’après le système de certification des exigences relative au CCP, la NASA fixe le seuil de perte maximum en équipage à 1 pour 1000, ce qui rendrait les vaisseaux « approximativement plus sûr que les navettes spatiales dans leurs phases de décollage et de descente ».

Malgré les récents revers et au vu du nombre croissant d’entreprises qui s’activent dans le domaine, McCurdy maintient sa confiance dans le secteur privé pour la réussite des projets. « Ce qui fait le charme de ce système c’est qu’avec autant d’acteurs…il suffit que l’un d’eux trouve le truc et vous avez le nouveau Microsoft, ou Intel », remarque McCurdy.

 

Article original : Commercial space Industry takes flight

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