La réalité de l’art soviétique

Traiter la Révolution russe est un sujet aussi vaste que complexe. Retour sur l’exposition de la Royal Academy, à Londres, intitulée « Revolution: Russian Art 1917-1932 ».

Dès l’entrée dans la première pièce, on est accueilli par un portrait réaliste à la gloire de Staline, semblant fixer des yeux les spectateurs. Des affiches de propagande, des séquences de films, des maquettes architecturales et des peintures ornent les principales galeries. Les œuvres abstraites de Malevich et Tatlin en font partie – ce sont d’ailleurs ces artistes qui ont fondé le suprématisme et le constructivisme qui portaient les idées de l’utopie communiste.

L’histoire a montré à maintes reprises que ces idées aboutissent, dans la pratique, à une violence désastreuse. Une partie de l’histoire soviétique sinistre est dépeinte dans l’exposition, sous la forme d’une boîte noire – un cinéma miniature appelé salle de mémoire, où les victimes du régime de Staline défilent dans un diaporama, un par un, dont le poète Osip Mandelstam, le critique d’art Nikolay Punin et des paysans morts de famine.

Alors que cette boîte noire à souvenirs nous renvoie à la dure réalité du communisme, notre prise de conscience s’évanouit à mesure que l’on parcourt le reste de l’exposition, où les œuvres d’art ne font qu’éviter le sujet. Les artistes représentent une fausse réalité, absolument enjolivée et acclamant le communisme, rendant le spectateur presque victime lui aussi de cette propagande.

Le coût humain de la révolution russe était déjà énorme avant les purges de Staline. Pendant les 15 ans que couvre l’exposition (1917-1932), des millions de personnes sont mortes de faim lors des famines, au point où les paysans en venaient à manger de la chair humaine. Le premier goulag a été établi sous Lénine sur les îles de Solovetsky en 1921 et la collectivisation est devenue la norme. Le génocide des classes et l’idée d’éliminer la bourgeoisie avaient déjà commencé.

Présenter cette période tragique sous un aspect sentimental, en occultant largement le contexte, est problématique

Il est peu probable que la Royal Academy aurait tenu une exposition similaire sur l’art du Troisième Reich, avec des portraits d’Hitler.

« L’art soviétique est toujours considéré comme relativement acceptable, mais il va sans dire que l’art nazi serait immédiatement interdit », a expliqué l’historien militaire Antony Beevor. « Les gens semblent penser que le génocide de classes ne peut pas être aussi terrible que le génocide racial. »

Affiche iconique de la propagande communiste montrant le dictateur soviétique Joseph Staline, posant avec la petite Gelya, afin de montrer le dictateur tel un père pour son peuple. En réalité, Staline a probablement tué les parents de Gelya. (Avec l’aimable autorisation de William Vollinger)

Présenter cette période tragique sous un aspect sentimental, en occultant largement le contexte, est problématique, poursuit Antony Beevor. « On a vraiment besoin d’une exposition qui présente ce qui est la propagande, et pas seulement ce qui relève de l’art soviétique », explique-t-il.

« Il y a toujours débat, par exemple, sur la guerre civile d’Espagne, quand les Espagnols, en particulier ceux de gauche, essayaient de faire valoir que ‘les mots ne tuent pas’. Eh bien, on pourrait étendre cela à l’idée que ‘l’art ne tue pas’. Mais en fait, c’est le cercle vicieux de la rhétorique – et même des affiches et de l’art – qui a encouragé tant de meurtres. Donc vous ne pouvez pas dissocier les deux. »

Comme le souligne Antony Beevor, le culte de la personnalité est un thème de nombreuses peintures soviétiques et nazies. Des travailleuses musclées et des femmes dévêtues ne portent aucun message sentimental ou érotique – toutes les émotions étant réservées au dirigeant suprême.

« En réalité, toutes les émotions humaines y compris celles ayant trait à l’érotisme, devaient être refoulées, afin de rediriger tout le potentiel émotionnel tout d’abord dans l’amour pour le Parti et envers le grand chef – c’est ce qui constitue en plus grande partie le culte de la personnalité », a expliqué Antony Beevor.

« Il s’agissait du culte du corps voué au culte de la personnalité du dirigeant. On observe de nouveau une similitude entre ces deux régimes ».

En 1932, Staline instaure une approche de l’art appelée « réalisme socialiste », utilisant ainsi la culture comme instrument de propagande. Ceux qui ne s’y sont pas conformés ont été envoyés au goulag. Les mouvements d’art moderne connus sous les noms du suprématisme et du constructivisme, qui défendaient également les idéaux communistes mais de manière abstraite, ont été réprimés.

A l’ère du « réalisme socialiste », certains parallèles entre l’art de la propagande des régimes soviétiques et l’art officiel de l’Allemagne nazie deviennent encore plus évidents. Les dirigeants de ces régimes ont souvent été peints glorifiés dans un environnement serein, alimentant le culte de la personnalité.

Jane Gray, Epoch Times

On estime que le communisme a tué au moins 100 millions de personnes, bien que ses crimes ne soient pas complètement recensés et que cette idéologie persiste. Epoch Times s’attache à exposer l’histoire et les croyances de cette doctrine, qui a servi de base à la tyrannie et à la destruction des peuples depuis son émergence. On peut trouver la série complète de ces articles dans la rubrique « Histoire cachée du communisme ».

Version anglaise

 
 
 
 

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