Le monde à court d’engrais : la Chine contrôle l’approvisionnement

14 mars 2022 Mis à jour: 14 mars 2022
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Comment une société s’effondre‑t‑elle ?

Selon Joseph Tainter, anthropologue de renom, lorsqu’une société perd en complexité sociopolitique nous avons là le symptôme de son effondrement.

Mais il existe d’autres indices, comme l’autonomie, ou le manque d’autonomie. Plus un pays dépend d’un autre pays pour son soutien, plus le risque d’effondrement est grand. L’autosuffisance est la clé du progrès. Ce point peut sembler évident, mais de nombreux pays dans le monde, dont les États‑Unis, n’en tiennent pas compte.

Aujourd’hui, de l’Amérique du Sud à l’Asie du Sud‑Est, la dépendance aux importations est la norme, la « dépendance », le mot d’ordre. Prenons le Népal, par exemple, l’économie népalaise est fortement tributaire des importations de matériaux de base, notamment les briquettes et les ovoïdes de charbon, ainsi que toute une série d’autres combustibles solides. La nation himalayenne importe 73 % de son charbon. Le Népal importe également de grandes quantités de matériaux de construction et de métaux.

L’agriculture assure la subsistance de 68 % des 30 millions de Népalais. Le secteur agricole dépend fortement de l’utilisation d’engrais chimiques importés de l’étranger. Actuellement, dans tout le pays, il existe une grave pénurie d’engrais chimiques. Les économistes ont averti que cette pénurie pourrait durer jusqu’à la fin de l’année. Cette pénurie fera grimper le coût des denrées alimentaires et entraînera une forte baisse du rendement des cultures, ce qui fera encore grimper les prix.

La Chine est le principal exportateur d’engrais chimiques vers le Népal. Aujourd’hui cependant, la Chine semble plutôt réticente à exporter davantage d’engrais chimiques vers son prétendu ami. La sécurité alimentaire posait déjà problème avant que le Parti communiste chinois (PCC) ne refuse de vendre davantage d’engrais chimiques au Népal.

Il est inquiétant de constater que la Chine est le principal exportateur d’engrais chimiques, non seulement vers le Népal, mais aussi vers presque tous les grands pays du monde.

Une crise imminente

En Amérique du Sud, comme l’a récemment rapporté le Wall Street Journal, les prix élevés des engrais pèsent lourdement sur l’esprit des agriculteurs.

Les pays d’Amérique du Sud produisent une grande partie des avocats, du maïs et du café du monde. Le manque d’accès aux engrais « rend la culture de ces produits beaucoup plus coûteuse ». Concrètement, de nombreux agriculteurs sont contraints de stopper leur production.

Un homme qui récolte du café pose pour une photo à Santuario, en Colombie, le 10 mai 2019. (Raul Arboleda/AFP/Getty Images)

Bien sûr, ce qui se passe en Amérique du Sud aura des conséquences mondiales. Comme l’indique l’article du Journal, il faut s’attendre à ce que les factures d’épicerie « augmentent encore plus en 2022, après une année où les prix mondiaux des denrées alimentaires ont atteint leur plus haut niveau de la décennie ».

De plus, cette hausse risque « d’exacerber la faim – déjà aiguë dans certaines régions du monde en raison des pertes d’emplois liées à la pandémie – et de contrecarrer les efforts des responsables politiques et des banques centrales pour juguler l’inflation ».

Selon des rapports crédibles, 70 % des exportations d’engrais de la Chine sont destinées à des pays d’Amérique du Sud.

Un certain nombre des plus grandes entreprises chinoises d’engrais ont déclaré qu’elles interdisaient l’exportation de phosphate – l’ingrédient clé des engrais commerciaux – au moins jusqu’en juin.

Pourquoi ?

Pour deux raisons : pour garantir l’approvisionnement en engrais sur le territoire national et pour assurer la production alimentaire du pays.

La Chine est le plus grand producteur d’engrais au monde, produisant plus que les États‑Unis et l’Inde réunis. Il n’est pas surprenant que la Chine soit également le plus grand exportateur d’engrais au monde. Nous n’apprécions peut‑être pas la façon dont la Chine communiste fait des affaires (ce qui est tout à fait compréhensible), mais la façon dont elle contrôle l’approvisionnement mondial en matériaux indispensables est aussi impressionnante que terrifiante.

En Europe, les agriculteurs sont également touchés par la crise. Comme l’ont récemment rapporté les rédactrices de Bloomberg Yuliya Fedorinova, Megan Durisin et Veronika Gulyas, les agriculteurs de pays comme la France et l’Allemagne se préparent à épandre des engrais dans les champs, « les prix élevés des nutriments ne leur laissent guère d’autre choix que d’en utiliser moins et d’essayer de répercuter le coût sur la chaîne alimentaire ».

Qu’en est‑il des États‑Unis, l’un des principaux importateurs d’engrais au monde ? Y a‑t‑il lieu de s’inquiéter ? En bref, oui. La Chine est le premier fournisseur d’engrais des États‑Unis. Ou du moins, elle l’était, avant que le PCC ne décide de freiner les exportations.

Comme le prévient le site Food Business News, aux États‑Unis, le mot « engrais » est devenu synonyme d’un autre mot, « H‑E‑L‑P », « en raison de l’insuffisance des approvisionnements et de la flambée des prix ». Selon les auteurs, l’approvisionnement, ou son absence, ne servira qu’à faire grimper « les coûts de production des cultures ». En outre, la hausse des coûts de production pourrait avoir un impact particulièrement négatif sur les rendements du maïs, car cette culture a « des besoins élevés en engrais (azote) et un seuil de rentabilité élevé ».

Aux États‑Unis, le maïs est la principale céréale fourragère, représentant « plus de 95 % de la production et de l’utilisation totales de céréales fourragères », selon le département américain de l’Agriculture. En plus des pays producteurs clés, comme la Chine, qui limitent la production et les exportations d’engrais, les coûts de transport élevés et les problèmes logistiques ont encore aggravé la situation.

Les choses vont mal. Très mal. Les choses ont commencé à mal tourner. Comme l’a récemment signalé l’auteur Michael Syder, « l’augmentation spectaculaire du coût des engrais » empêche de nombreux agriculteurs américains de gagner leur vie.

Les États‑Unis, tout comme le Népal, sont dépendants des importations. En fait, sa dépendance est comparable à celle d’un certain nombre de pays du tiers monde. Il y a d’autre phénomènes que nous commençons à avoir en commun avec les pays du tiers‑monde. Les pénuries alimentaires, les crises agricoles et la faim qui gagne du terrain. Les États‑Unis connaissent déjà ces trois phénomènes. Et les choses sont parties pour empirer.

L’autosuffisance, ce dont les pays du monde ont besoin avant tout, fait cruellement défaut. C’est le cas depuis des années. Maintenant, malheureusement, les classes moyennes vont devoir payer la facture au prix fort.

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