Les Jeux olympiques en Chine, une énorme mise en scène politique selon l’entraîneur de l’équipe lettone

"Nous ne pouvons pas vendre notre âme", déclare l'entraîneur
18 février 2022 Mis à jour: 18 février 2022
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Le double médaillé de bronze olympique et actuel entraîneur de l’équipe lettone de luge masculine, Martins Rubenis, a profité d’une interview avec les médias lettons, quelques heures après la participation de son équipe aux Jeux olympiques d’hiver, le dimanche 7 février, pour exprimer son dédain à l’égard du régime chinois qui accueille les Jeux de 2022.

Alors que des soldats chinois se tenaient à sa droite, Martins Rubenis n’a pas hésité à qualifier dans une interview pour la radio et télévision lettones, les Jeux olympiques de Pékin de « théâtre politique ».

« C’est une énorme ‘mise en scène’, et pour moi, en tant qu’olympien, j’ai mal au cœur en regardant cela », a déclaré Martins Rubenis.

Au soir, son équipe n’a allumé la télévision que pour voir « la place Tiananmen (…) avec une photo de Mao et les anneaux olympiques dans le coin ». Lorsqu’ils sont arrivés et ont débarqué de l’avion, ils ont été accueillis par « des individus vêtus de combinaisons de protection blanches », à qui on avait, semble‑t‑il, fait comprendre que les athlètes internationaux « constituaient un nouveau fléau ».

« On avait l’impression d’être considérés comme un fléau et qu’ils devaient garder une distance avec nous », a déploré l’ancien sportif. « Quand nous avons complètement franchi [ce barrage sanitaire], [il y avait] des fleurs et des drapeaux du PCC qui flottaient [dans le ciel]. Soudain, c’est devenu clair que nous étions tous les éléments d’une grande mise en scène politique sur le thème du ‘regardez comme tout est merveilleux ici’. »

Le Letton Martins Rubenis, médaillé de bronze, célèbre la cérémonie de remise des médailles des Jeux olympiques d’hiver 2006 à Turin, en Italie, le 13 février 2006, au lendemain de la finale de luge en simple. (Thomas Coex/AFP via Getty Images)

L’athlète devenu entraîneur a participé à cinq Jeux olympiques d’hiver au total. Il a remporté le bronze olympique dans l’épreuve de luge simple masculine aux Jeux olympiques d’hiver de 2006 à Turin – ce qui était la première médaille olympique d’hiver de la Lettonie en tant qu’État souverain après l’effondrement de l’Union soviétique – et dans le relais par équipe de luge aux Jeux olympiques d’hiver de 2014 à Sotchi. La poste lettone a honoré cette victoire en émettant un timbre commémoratif de Rubenis et de ses coéquipiers.

Il s’est retiré en tant qu’athlète après les Jeux olympiques d’hiver de 2014, puis il est devenu l’entraîneur de l’équipe et membre du Comité olympique letton. Avec les Jeux olympiques de Pékin de 2022, il était divisé quant au fait de participer ou non.

« Pour ces Jeux olympiques, je suis venu avec des sentiments très ambivalents. Jusqu’au tout dernier moment, je ne savais pas si je viendrais. »

En tant que défenseur actif sur la question des droits de l’homme en Chine, Martins Rubenis a été l’ambassadeur officiel du Global Human Rights Torch Relay à l’approche des Jeux olympiques de Pékin en 2008 [Le relais de la flamme mondiale des droits de l’homme].

En allumant une torche à travers les cinq continents, les groupes de défense souhaitent sensibiliser le public sur les terribles persécutions perpétrées par le Parti Communiste Chinois (PCC) et appellent au boycott de Jeux olympiques organisés dans un pays soumis à un gouvernement aussi monstrueux. Depuis lors, il n’a cessé de prendre position et s’est retrouvé profondément troublé en voyant la Chine nommée une seconde fois pour accueillir les Jeux olympiques en dépit de son inqualifiable bilan en matière de droits de l’homme.

Le médaillé de bronze olympique Martins Rubenis (à gauche), ambassadeur officiel du Relais mondial de la flamme des droits de l’homme, et David Kilgour, ancien secrétaire d’État canadien (Asie-Pacifique), lors d’une conférence de presse précédant l’ouverture du Relais de la flamme des droits de l’homme à Athènes, le 9 août 2007. (Jan Jekielek/Epoch Times)

« Avec mon attitude à l’égard des questions relatives aux droits de l’homme ici en Chine, il était absolument inacceptable pour moi, en tant qu’olympien, d’entendre la décision du Comité international olympique d’organiser les deuxièmes Jeux olympiques ici. Et si j’avais été un athlète, je ne serais probablement pas venu. Mais je suis venu pour aider l’équipe. »

La participation de Martins Rubenis n’était pas compromise de son seul fait. Il était également tout à fait possible, au vu de ses déclarations publiques antérieures, que le PCC ne veuille pas lui accorder de visa.

« Dès le début, j’ai eu le sentiment qu’il y avait 90 % de chances que je ne reçoive pas de visa et que je ne sois pas autorisé à entrer dans le pays. Mais je pense qu’ils ont fait un geste politique – qu’il était ‘moins bruyant’ de me laisser entrer, plutôt que de me laisser de côté en Lettonie. »

« Si c’était le cas, l’attention des médias aurait été grande, et pas seulement celle des médias lettons. On se serait demandé pourquoi, alors ils ont probablement pensé qu’il était plus sûr de me laisser entrer et de jouer le jeu comme ça jusqu’aux Jeux olympiques. »

Quoiqu’il en soit, il se serait senti autrement plus à l’aise en participant à des Jeux olympiques ailleurs qu’en Chine, a-t-il insisté.

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« Beaucoup d’athlètes en ont parlé ici et beaucoup d’entraîneurs en ont parlé. Ceux qui ont vécu dans le monde occidental ne comprennent pas comment des gens peuvent se comporter comme ça, comme des marionnettes. Eh bien, c’est une bonne chose que le monde entier ait la possibilité de le voir, de voir les choses telles qu’elles sont. »

Selon Martins Rubenis, la plupart des Chinois ont grandi sous le joug du PCC depuis l’enfance, et il éprouve une grande pitié pour eux : « Depuis leur enfance, depuis l’âge de 4 ans, lorsqu’ils ont été envoyés à la maternelle, ils ont subi un endoctrinement intensif. Cet endoctrinement se voit et se ressent à chaque pas, et c’est pourquoi ils ont peur de tout ce pourquoi ils n’ont pas demandé la permission. »

L’entraîneur n’a eu « absolument aucune crainte » d’exprimer ses opinions tout en étant à Pékin même à deux pas d’officiers du PCC, et il a osé aborder le point le plus sensible : « Pourtant, le plus grand crime perpétré le PCC, c’est ce prélèvement forcé d’organes. »

Simulation d’un prélèvement d’organes à vif sur un prisonnier de conscience en Chine montrée lors d’un rassemblement de milliers de pratiquants de Falun Gong à Taipei (Taïwan) le 23 avril 2006. (PATRICK LIN/AFP/Getty Images)

C’est depuis 2006 que les pratiquants de Falun Gong ont commencé à faire connaître de par le monde leur situation et les prélèvements forcés d’organes à vif dont ils étaient régulièrement victimes. Étant la cible de cette persécution lancée à l’échelle nationale par Jiang Zemin en 1999, il leur a donc fallu sept ans pour commencer à se faire entendre. Le Falun Gong est une discipline spirituelle alliant des exercices de qigong, de méditation et reposant sur trois principes fondamentaux, la vérité, la compassion et la tolérance.

En 2019, le Tribunal Chinois, un tribunal populaire mis en place à Londres, a initié les auditions de plus de 50 témoins, enquêteurs, experts pour analyser la situation. Le jury a finalement conclu : « La perpétration de crimes contre l’humanité à l’encontre du Falun Gong et des Ouïghours a été prouvée au‑delà de tout doute raisonnable. » Verdict : les prélèvements d’organes ont lieu à « une échelle significative ».

« Tout est vrai et c’est encore d’actualité », a déclaré Martins Rubenis. « C’est toujours en cours aujourd’hui. »

Concernant le comportement agressif du PCC envers Taïwan, Hong Kong et globalement l’ensemble du monde, tout cela peut sembler « un peu drôle » pour les pays civilisés, a‑t‑il poursuivi, on ne peut ignorer cependant « que c’est l’argent qui est à l’œuvre « . Et d’ajouter :« Il y a tellement de gens avides qui sont prêts à vendre leur âme. »

Selon le sportif, les événements en cours sur l’ensemble de la planète ne peuvent qu’interpeller toute personne attachée à la liberté et aux droits de l’homme.

« Je pense que nous vivons une période très spéciale, et la question n’est pas de savoir ce que nos gouvernements vont faire, ou ce que les personnes qui prennent les décisions vont faire. Je crois que c’est un moment où chacun d’entre nous doit vraiment regarder en lui‑même et se demander si tout cela est acceptable pour nous, si nous voulons vivre dans un tel monde ou si nous devons repousser ça et marcher sur un chemin humain. »

« Je crois que ces Jeux olympiques et toute cette situation dans le monde autour de l’explosion du Covid, vont nous ouvrir un peu les yeux sur le fait que nous ne pouvons pas vendre nos âmes. »

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