Il ne faut jamais oublier le massacre de la place Tiananmen en 1989

Nous devons tirer les leçons du 4 juin 1989 pour l'avenir du monde
5 juin 2022 Mis à jour: 5 juin 2022
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En regardant les défilés militaires qui ont marqué le début des célébrations du jubilé de platine de la reine Elizabeth II, le 2 juin, j’étais plein d’admiration pour les hommes et les femmes en uniforme qui non seulement défilaient et jouaient de la musique avec une précision et une discipline remarquable, mais dont le but même est de nous défendre en tant que pays et de défendre nos valeurs de liberté, de démocratie, d’État de droit et de droits de l’homme.

Ils répondent à un gouvernement civil, démocratiquement élu, et à un monarque qui, bien que non élu, incarne à la fois dans son rôle et dans son caractère la sauvegarde de notre démocratie.

Des dizaines de milliers de personnes se sont jointes aux célébrations dans les parcs et les rues de Londres, et des millions d’autres y ont participé à travers le Royaume‑Uni et le monde entier. J’ai été surpris d’apprendre en écoutant les médias que le Commonwealth, 54 pays en tout avec la reine à leur tête, représente 2,6 milliards de personnes, soit près d’un tiers de la population mondiale.

Mais alors que nous marquons l’extraordinaire 70e anniversaire du couronnement de la reine, mes pensées se tournent rapidement vers un autre anniversaire que nous commémorons le 4 juin, le massacre de la place Tiananmen à Pékin en 1989.

Il y a trente‑trois ans aujourd’hui, en Chine, le pays le plus peuplé du monde avec 1,4 milliard d’habitants, Pékin a ordonné à son armée de tirer et d’écraser ses propres citoyens. Le nombre de morts est estimé à au moins 10.000, et des milliers d’autres personnes ont été blessées, arrêtées, emprisonnées et torturées.

Des chars dans une rue de Pékin, deux jours après la répression des manifestations pro-démocratiques de la place Tiananmen. (Photo par David Turnley/Getty Images)

Pour paraphraser le titre du roman de Charles Dickens Le conte de deux cités, ce week‑end, le monde se concentre sur « le conte de deux armées » : l’armée britannique, avec la reine à sa tête, incarnation du service public et du devoir, et l’Armée populaire de libération (APL), avec les dictateurs du Parti communiste chinois (PCC) à sa tête, incarnation de la répression, de l’inhumanité, de la cruauté, du mensonge, de l’impunité et du crime.

Personne ne prétend que l’armée britannique est parfaite, mais la différence est la suivante : elle est responsable devant son peuple par l’intermédiaire de dirigeants élus démocratiquement, le système s’occupe de traiter les actes répréhensibles, et son objectif est de protéger le pays, son peuple et ses valeurs, et non un parti politique ou une idéologie. En revanche, le nom « Armée populaire de libération » est un malentendu, étant donné que cette armée tire sur son peuple mobilisé au nom de  la liberté. Elle devrait être rebaptisée « l’Armée de répression du peuple ».

Il est essentiel que nous nous souvenions de l’anniversaire du massacre de la place Tiananmen, et ce, pour trois raisons.

Premièrement, le régime use de tous les moyens pour que cet événement soit oublié. Dans toute la Chine, des générations de personnes ont grandi depuis 1989 sans avoir connaissance des scènes de barbarie qui se sont déroulées sur la place Tiananmen, dans les rues avoisinantes et dans les villes du pays le 4 juin de cette année‑là. Les jeunes Chinois du continent qui fuient en Occident sont très étonnés de nous voir évoquer cet événement et avouent qu’ils n’en ont jamais entendu parler.

Les bouchers de Pékin et leurs successeurs à Zhongnanhai ont censuré les informations, diffusé leur propagande visant à endoctriner les jeunes générations. Ils le font avec tant de succès que beaucoup de Chinois du continent ne savent vraiment rien, et ceux qui savent ont peur de se souvenir.

Il y a encore trois ans, Hong Kong était le seul endroit sous souveraineté chinoise qui pouvait encore commémorer le massacre du 4 juin. Des milliers de personnes se rassemblaient chaque année dans le parc Victoria. Lorsque je vivais à Hong Kong pendant les cinq premières années qui ont suivi la rétrocession, je me joignais à la foule pour une veillée aux chandelles. Aujourd’hui, ces veillées sont interdites en vertu de la loi draconienne sur la sécurité nationale imposée par Pékin.

Certains militants, comme l’avocat Chow Hang‑tung, purgent de longues peines de prison pour avoir organisé de telles veillées. L’année dernière, aucune veillée officielle n’a été autorisée, mais les églises catholiques ont organisé des messes et les Hongkongais ont allumé les lampes‑torches de leurs téléphones portables en signe de commémoration.

Des milliers de participants prennent part à une veillée commémorative au parc Victoria, le 4 juin 2020, à Hong Kong, en Chine, en hommage aux victimes du massacre de la place Tiananmen en 1989. (Sung Pi-lung/Epoch Times)

Cette année, l’Église catholique de Hong Kong a déclaré qu’elle n’organiserait pas de messes et la police a fermé le parc Victoria, prévenant que le fait de se rendre dans un parc le 4 juin pouvait constituer un délit. Les rassemblements illégaux sont passibles de cinq ans de prison. On peut supposer qu’il est également risqué de brandir la lampe torche d’un téléphone.

À la fin de l’année dernière, tous les derniers symboles commémorant le massacre de la place Tiananmen – le Pilier de la honte, la Déesse de la Démocratie, etc. – ont été démolis et interdits. Pékin veut effacer le souvenir du massacre du 4 juin dans tout le pays et Hong Kong ne fera pas exception.

Malgré cela, certains Hongkongais courageux ont trouvé le moyen de marquer cet anniversaire. Des figurines miniatures de la Déesse de la Démocratie ont été cachées sur le campus de l’université chinoise de Hong Kong, au mépris des autorités.

C’est une raison de plus pour que nous, qui jouissons de la liberté en dehors de Chine, veillions à ce que les projecteurs restent braqués sur la commémoration du 4 juin. Plus tard dans la journée, je prendrai la parole lors de trois rassemblements différents à Londres, à des endroits clés : devant la résidence du premier ministre à Downing Street, à Piccadilly Circus et devant l’ambassade de Chine. Nous ne devons pas être réduits au silence.

La deuxième raison pour laquelle nous devons continuer à braquer les projecteurs sur le massacre de la place Tiananmen est la suivante : nous aurions dû assumer en 1989 que ce régime pointant ses armes sur son propre peuple est illégitime. Ce régime n’est digne ni de confiance ni de respect. Le fait qu’un gouvernement soit prêt à massacrer des milliers de manifestants pacifiques au vu et au su du monde entier en dit long sur sa nature et son caractère.

Et pourtant nous n’avons pas appris la leçon. Au contraire, dans les années 1990 et 2000, moi y compris, nous avons été nombreux à croire ingénument à une possible libéralisation de la Chine. J’ai voyagé plus de 50 fois en Chine au cours de cette période, y compris en vivant en Chine plusieurs fois pour de courtes périodes et à Hong Kong pendant les cinq premières années après la rétrocession. Je me suis fait de nombreux amis chinois, notamment des avocats spécialisés dans les droits de l’homme, des blogueurs, des responsables religieux et des militants de la société civile. Ils avaient à l’époque un peu de marge pour opérer, mais se montraient d’un optimisme prudent quant au fait d’en avoir davantage à l’avenir.

Peu d’entre nous étaient naïfs au point de ne pas comprendre que le régime était toujours tyrannique, mais il semblait que, pendant un certain temps, les lignes rouges s’étaient éloignées et que l’espace pour une certaine liberté de pensée s’était élargi. Cependant, au cours de la dernière décennie du règne de Xi Jinping, tout s’est contracté, tout s’est refermé, littéralement, via les confinements notamment.

Dans la Chine d’aujourd’hui, c’est le 4 juin en continu. Certes, il n’y pas de tanks partout, mais il y a des lois répressives, des camps de concentration, des technologies de surveillance et la torture.

La communauté internationale le reconnaît toujours davantage, les Ouïghours sont confrontés à un génocide. Les atrocités au Tibet ont augmenté. La persécution des chrétiens s’est intensifiée. La persécution du Falun Gong et les prélèvements forcés d’organes se poursuivent. Et Hong Kong, qui était une des villes les plus libres et les plus ouvertes d’Asie, est devenue un État policier.

Les députés du Parti conservateur britannique Mme Nusrat Ghani (au c.) et Iain Duncan Smith (à dr.) se joignent aux membres de la communauté ouïghoure lors d’une manifestation visant à exhorter le Parlement britannique à reconnaître que la persécution des Ouïghours est un génocide, à Londres, le 22 avril 2021 (Photo par JUSTIN TALLIS/AFP via Getty Images)

On m’a refusé l’entrée à Hong Kong en 2017. Ces dernières années, j’ai reçu de nombreuses menaces, non seulement à mon encontre, mais aussi à l’encontre de ma mère. J’ai été prévenu par la police de Hong Kong officiellement que je risquais la prison s’ils arrivaient à me mettre la main dessus. Cela ne m’inquiète pas, car ils ne peuvent pas faire grand‑chose tant que je ne suis pas extradé, mais cela illustre les dangers auxquels sont exposés les Hongkongais, les Ouïghours, les Tibétains et les dissidents chinois en exil. Si le PCC est prêt à menacer un militant étranger de cette manière, les dangers pour ceux qu’il considère comme son « propre peuple » sont encore plus grands.

Et cela m’amène à la troisième raison pour laquelle l’anniversaire d’aujourd’hui est important. Nous devons toujours tirer des leçons de l’histoire. L’invasion de l’Ukraine par le président russe Vladimir Poutine nous l’a certainement appris. Un régime qui est autorisé à massacrer des milliers de personnes en toute impunité n’est pas seulement une menace pour son propre peuple – c’est une menace pour tous.

Les dictatures sont comme des chauffards dangereux au volant, si personne n’essaie de les arrêter pour excès de vitesse ou conduite en état d’ivresse, ils continuent. Jusqu’à présent, pendant 33 ans, personne ne s’est attelé à contrôler le PCC et, par conséquent, le régime s’est enhardi. C’est pourquoi nous assistons aujourd’hui au génocide ouïghour, à la destruction totale des libertés à Hong Kong, à la tragédie persistante du Tibet, à la persécution religieuse, au prélèvement d’organes forcés sur des prisonniers de conscience, et à l’oppression généralisée de la société civile en Chine.

Pour mon nouveau livre, « The China Nexus : Thirty Years In and Around the Chinese Communist Party’s Tyranny » [Le lien avec la Chine : trente ans dans le sillage de la tyrannie du Parti communiste chinois, ndt.], qui sera publié en octobre, j’ai interrogé plusieurs militants et journalistes renommés qui se trouvaient à Pékin le 4 juin 1989. Et leurs récits se recoupent.

Yang Jianli, un éminent militant chinois en exil, m’a raconté qu’aux premières heures du 4 juin, lui et ses amis se sont rendus à vélo sur la place.

« Nous avons vu les troupes ouvrir le feu, et nous avons vu beaucoup de gens mourir », m’a‑t‑il dit lors d’un appel en ligne émouvant. « C’était tellement difficile à croire. Je voyais les tanks se déplacer à grande vitesse, les gaz lacrymogènes, les tirs de mitrailleuses, et j’entendais tellement de cris. C’est ce qui a définitivement fait de moi un activiste. »

La journaliste canadienne chevronnée Jan Wong, auteur de « Red China Blues » [Blues de la Chine rouge, ndt.], qui se trouvait sur la place Tiananmen le 4 juin 1989, m’a raconté ce qu’elle a vu.

Pris en charge par d’autres personnes, un journaliste étranger non identifié (3e à dt.) est transporté hors du lieu de l’affrontement entre l’armée et les étudiants près de la place Tiananmen, le 4 juin 1989. Selon Amnesty International, cinq ans après l’écrasement du mouvement pro-démocratique chinois, des « milliers » de prisonniers sont toujours incarcérés. (Tommy Cheng/AFP/Getty Images)

« Ils tiraient, les gens couraient, et les gens essayaient de sauver les autres. Ils évacuaient des corps sur des sièges de vélo ou des pousse‑pousse. Mais au final, d’autres coups de feu les attendaient. »

Plus tard dans la nuit, Mme Wong elle‑même a manqué de peu de recevoir une balle, qui a finalement atterri dans le mur d’un hôtel à Pékin, à quelques centimètres du balcon où elle se tenait pour observer le carnage.

Mme Wong a vu la scène tristement célèbre de « Tank Man ».

« L’armée écrasait les gens, et je regardais les tanks. Puis mon mari m’a montré du doigt cet homme debout devant un char. … J’ai vu toute cette danse entre ‘Tank Man’ et le char. Il essayait d’arrêter le char comme un gardien de but de football. Puis il est monté sur le char, a essayé de parler, puis est redescendu », se souvient‑elle. Puis il s’est « fondu dans la foule ».

Concernant « Tank Man », Mme Wong pense que le conducteur du char était un « vrai héros » parce qu’il a refusé d’écraser l’homme.

La sculpture « Tank Man » de l’artiste Chen Weiming au Liberty Sculpture Park à Yermo, en Californie. (FREDERIC J. BROWN/AFP via Getty Images)

Je pense que nous devons faire trois choses à l’avenir.

Nous devons veiller à ce que l’histoire garde trace du fait que – malgré tous les efforts de Pékin – le massacre de 1989 ne sera pas oublié et qu’un jour la mort de tant de personnes ce jour‑là porte ses fruits en Chine : à savoir la liberté, la justice, la paix et la vérité.

Ensuite, nous devons essayer de trouver les « conducteurs de chars » du régime qui ont refusé d’écraser les gens. Aussi difficile que cela puisse être, nous devons faire au régime du PCC ce qu’il nous fait avec tant d’habileté – nous devons mener une politique de « diviser pour régner » et faire en sorte qu’il se divise.

Et en même temps, nous devons créer un « Front uni » pour combattre leur « Front uni ». L’unité ne signifie pas l’uniformité. Nous pouvons accueillir et respecter la diversité de pensée, de stratégie, de tactique et d’approche. Mais nous devons nous efforcer d’encourager une « unité d’esprit et de but ».

Les egos et les rivalités doivent être mis de côté, les agendas personnels suspendus, et tous ceux qui s’opposent au régime de Pékin doivent trouver un moyen de travailler ensemble – ou du moins de ne pas travailler les uns contre les autres. Ce n’est que lorsque nous aurons fait cela – et créé notre propre « Front uni » – que nous pourrons espérer progresser.

Trente‑trois ans après le massacre, ne laissons pas les héros chinois tomber dans l’oubli. Et rappelons au monde libre le grand défi qui nous attend pour affronter le PCC. Batailler sur ce front, c’est récupérer le legs de ceux qui se sont tenus debout – et sont tombés – sur la place Tiananmen en 1989.

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