Les forces russes commettent-elles un génocide en Ukraine ?

10 mars 2022 Mis à jour: 10 mars 2022
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Le 27 février, trois jours après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accusé les forces russes de mener une campagne génocidaire. Les affirmations de Zelensky sont‑elles valables ? Les forces russes commettent‑elles des actes de génocide sur le sol ukrainien ?

Alexa Koenig, experte en droits de l’homme, commente cette affaire. C’est Raphael Lemkin, explique‑t‑elle, qui a créé le terme « génocide » et « a fait pression pour qu’il soit reconnu ». « Le concept a été développé en partie sur la base d’invasions similaires, par exemple celles des Européens sur le continent américain ».

Alexa Koenig poursuit, pendant « la période d’expansion colonialiste, les Européens se sont emparés de vastes étendues de territoire en Amérique, tuant les populations indigènes et essayant de convertir ceux qui vivaient avec leur religion, leur culture et leur mode de vie, tentant essentiellement à éradiquer leur culture ».

Bien que « certains des parallèles avec ce que nous observons en Ukraine soient assez clairs, la partie délicate est de trouver les preuves pour mettre en évidence l’intention de Vladimir Poutine ».

Pour que M. Zelensky puisse prouver que les Russes commettent des actes génocidaires, le président « aura besoin d’un document, d’un témoignage ou d’une preuve matérielle montrant que Vladimir Poutine a spécifiquement lié l’invasion et les décès qui en ont résulté à une intention spécifique de détruire les Ukrainiens en raison de leur nationalité, en totalité ou en partie ». C’est là que toute séquence vidéo « ou autre déclaration publique de Vladimir Poutine peut s’avérer particulièrement précieuse », a noté Mme Koenig.

Selon Anthony Dworkin, chargé de mission au Conseil européen des relations étrangères, le génocide « est un crime précis dont le seuil de définition est élevé : il doit impliquer une tentative de destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux ».

Anthony Dworkin n’a « encore rien vu qui puisse suggérer que les attaques menées par Vladimir Poutine contre l’Ukraine atteignent ce niveau ». Bien sûr, a‑t‑il souligné, « on pourrait en arriver là – mais jusqu’à présent, cela ressemble simplement à la volonté de conquérir le pays et d’installer un gouvernement docile. Il existe des preuves beaucoup plus solides de crimes de guerre et potentiellement de crimes contre l’humanité. » (À la différence du génocide, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité ne doivent pas nécessairement viser un groupe spécifique).

Le Dr Oula Silvennoinen, spécialiste des droits de l’homme à l’université d’Helsinki, explique que l’armée russe « vise les civils et les infrastructures civiles d’une manière qui répond très probablement aux critères des crimes de guerre ».

Melanie O’Brien, professeur associé de droit international à l’Université de l’Australie occidentale et présidente de l’Association internationale des spécialistes du génocide, s’est montrée un peu plus catégorique que les experts susmentionnés.

« Non, les Russes ne commettent pas de génocide. En l’état actuel des choses, il n’y a aucune preuve de génocide », déclare‑t‑elle.

Melanie O’Brien a poursuivi, le génocide « exige l’intention de détruire un groupe, en tout ou en partie, et il n’y a aucune preuve de la volonté de Vladimir Poutine de détruire le peuple ukrainien ». Son objectif, dit‑elle, « est d’annexer l’Ukraine à la Russie, et non de détruire le peuple ukrainien. »

Concernant les crimes de guerre, Mme O’Brien est d’accord avec les autres experts. « Il y a des rapports sur des comportements qui relèveraient de crimes de guerre », comme « la frappe aérienne sur un hôpital à Zhytomyr. » Les hôpitaux « sont spécifiquement protégés par les lois de la guerre, et viser un hôpital est un crime de guerre. »

En outre, de nombreux « rapports font état de l’utilisation par la Russie d’armes thermobariques qui, si elles ne sont pas strictement interdites par un traité spécifique, pourraient être considérées comme illégales en fonction de leur utilisation, car elles causeraient des souffrances inutiles. Les armes qui causent des souffrances inutiles ne doivent pas être utilisées en temps de guerre. »

Melanie O’Brien, très experte en matière de droits de l’homme, a signalé l’utilisation par les forces russes d’armes à sous‑munitions. Les armes à sous‑munitions sont une forme d’armes explosives larguées par avion ou lancées depuis le sol. Lorsqu’elles sont activées, elles éjectent des projectiles explosifs ou bombettes.

Bien qu’elles « soient interdites par la Convention sur les armes à sous‑munitions », Mme O’Brien déclare que « ni la Russie ni l’Ukraine ne font partie de ce traité ». Cependant, poursuit‑elle, « les armes à sous‑munitions seraient interdites en vertu de ce que l’on appelle le ‘droit international coutumier’ – un droit qui lie tous les pays – car elles sont considérées comme des armes aveugles ». Elles sont « interdites par les lois de la guerre ».

Enfin, « les armes indiscriminées sont également interdites par le premier protocole additionnel aux Conventions de Genève, et tant la Russie que l’Ukraine en font partie », a déclaré Mme O’Brien.

Selon tous les experts susmentionnés, les Russes ne semblent pas, jusqu’à présent, perpétrer de génocide en Ukraine.

John Mac Ghlionn est un journaliste d’investigation et essayiste. Ses travaux ont été publiés par le New York Post, le Sydney Morning Herald, Newsweek, National Review et The Spectator US, entre autres. Il couvre la psychologie, les relations sociales, les dysfonctionnements sociaux et à la manipulation des médias.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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