Génocide vendéen : la proposition de loi de deux députés pour qualifier l’extermination de 1793 de « crime contre l’humanité »

La France continue de réfléchir à son histoire. Le 7 février dernier, une proposition de loi a été déposée à l’Assemblée Nationale visant à reconnaître « les crimes commis contre la population vendéenne » pendant la Terreur, une des étapes les plus sombres de la Révolution française. Si les nombreux témoignages recueillis à l’époque ne laisse guère place au doute quant à l’horreur, voire le sadisme qui a animé les troupes révolutionnaires, la reconnaissance des faits n’est pas encore établie.

Dans une quatrième tentative, Emmanuelle Ménard (Hérault) et Marie-France Lorho (Vaucluse), deux députées d’extrême-droite, ont présenté un texte déclarant « que les violences commises en Vendée entre 1793 et 1796, par des troupes aux ordres de la Convention et de son Comité de salut public, sont des faits qui seraient aujourd’hui qualifiés de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et, s’agissant notamment de l’expédition dite des colonnes infernales, de génocide ».

Cette proposition de loi préconise, en outre, que soient annulées « les lois en exécution desquelles ils ont été commis », tout en précisant qu’« elle n’ouvre la voie ni à des sanctions ni à des réparations qui, après deux siècles, seraient dépourvues de sens. »

Charles François Gabriel Levachez, « Représentation des noyades de Nantes,Paris, BnF, département des estampes, entre 1798 et 1817.

Ce débat qui oppose historiens et politiciens, repose pourtant sur des faits réels et encore d’actualité, à l’image de la ville du Mans, très « embarrassée » depuis la découverte en 2006, d’un impressionnant charnier d’hommes et de femmes assassiné par les révolutionnaires.

Alain Gérard, historien référent sur la Guerre de Vendée, avait été alors chargé de l’expertise des ossements. D’après lui, les neuf charniers contenaient « 154 corps datant en gros des 12 et 13 décembre 1793, quand les Vendéens, épuisés, sont arrivés au Mans. Les armées révolutionnaires avaient investi Le Mans et les combattants avaient fui, abandonnant les malades et les éclopés sur place. Ceux-ci seront alors liquidés de manière abominable. »

Extermination systématique

Outre les affrontements qui décimèrent les deux parties, Vendéens et Communards, l’historien estime qu’il y eut de la part du régime en place, une volonté claire de détruire la population vendéenne à travers une extermination systématique. Il y eut d’abord l’épisode des « Noyades de Carrier », ce député appelé aussi « représentant en mission », et expédié à Nantes. Alain Gérard explique ainsi que « dans un premier temps, Carrier va procéder à des noyades en mettant les prisonniers dans des bateaux qu’il va faire couler au milieu de la Loire. De cette manière, il va noyer deux cargaisons de 60 à 90 prêtres trop âgés pour être déportés, incarcérés mais non justiciables. Les prisonniers de droit commun de la prison de Bouffay subiront aussi le même sort ainsi que les rescapés de Savenay. On estime qu’il y eut environ 5 000 noyés, victimes de Carrier. »

Au procès de Jean Baptiste Carrier, les témoignages étaient à glacer le sang. « D’abord les noyades se faisaient de nuit mais le comité révolutionnaire ne tarda pas à se familiariser avec le crime ; il n’en devint que plus cruel et dès ce moment, les noyades se firent en plein jour… D’abord les individus étaient noyés avec leurs vêtements ; mais ensuite le comité, conduit par la cupidité autant que par le raffinement de la cruauté, dépouillait de leurs vêtements ceux qu’il voulait immoler aux différentes passions qui l’animaient. Il faut aussi vous parler du « mariage républicain » qui consistait à attacher, tout nus, sous les aisselles, un jeune homme à une jeune femme, et à les précipiter ainsi dans les eaux (…) »

Cependant, même à l’époque, la reconnaissance des crimes atroces était difficile à assumer pour la Terreur. Ainsi, ce commissaire de la Convention fut désigné comme bouc émissaire et acquis une réputation sanguinaire, bien que d’autres émissaires tel Joseph Fouché, ou Collot d’Herbois, en charge à Lyon, était tout aussi coupables. Les officiels de la Terreur cachaient pour la première fois leurs crimes.

Fusillades et massacres par les colonnes infernales de Turreau, vitrail.

Puis, en janvier 1794,  il y aura les « colonnes infernales » dirigées par le Général Turreau, 12 colonnes de soldats qui auront pour mission de tout tuer et incendier, y compris femmes et enfants…

Au total, on estime que 165 000 Vendéens ont péri lors de cette guerre.

Voir aussi notre dossier sur la Guerre de Vendée.

 
 
 
 

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