Explosion du nombre de cancers : la France fait-elle face à une « épidémie » ?

21 avril 2022 Mis à jour: 21 avril 2022
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Le nombre de cas de cancers a augmenté de façon spectaculaire en France entre 1990 et 2018 : 65 % de plus chez l’homme, 93 % de plus chez la femme. Alors qu’il y avait 150 000 cancers dans le pays en 1985, le nombre de cas est passé à près de 400 000 en 2019. Deux théories s’opposent pour expliquer le phénomène.

« En France, les cancers représentent la première cause de décès chez l’homme et la deuxième chez la femme », remarque l’Institut national du cancer. En 2018, ce dernier estimait à 382 000 le nombre de nouveaux cas de cancers, et 157 400 décès par cancer, dont un peu plus de la moitié était des hommes.

La tendance à la hausse du nombre de cancers est particulièrement marquée chez les femmes, qui sont par exemple de plus en plus touchées par le cancer du poumon. Trente‑quatre pour cent des nouveaux cas de ce cancer particulièrement mortel touchent les femmes, contre 16 % en l’an 2000, indique France Culture.

Du côté des cancers pédiatriques, il y a une véritable « urgence sanitaire », selon le docteur Corty qui a signé une tribune dans Le Monde : « On estime en France à 2 500 le nombre de nouveaux cas et 500 décès par an ». Les données de la Caisse nationale d’Assurance‑maladie révèlent « une augmentation de 18 % entre 2003 et 2019, chiffre largement sous‑estimé du fait de biais méthodologiques de recensement ».

Vieillissement de la population et mauvaise interprétation des chiffres

Certains spécialistes expliquent ces tendances par l’augmentation de la population, son vieillissement et une meilleure détection des cancers. « Si vous augmentez fortement la population de plus de 40 ans, vous allez mécaniquement augmenter le nombre de cancers. Donc la première cause est là », remarque à Actu.fr le professeur Florian Clatot, oncologue au centre de lutte contre le cancer Henri‑Becquerel à Rouen (Seine‑Maritime). Ce professeur est toutefois « vraiment étonné » de voir à quel point les chiffres ont augmenté.

À l’Institut national du cancer, le docteur Jean‑Baptiste Méric pense qu’« il n’y a pas d’épidémie du cancer de l’enfant » et que les chiffres sont « plutôt stables ». Il s’explique : « Ces chiffres viennent d’une interprétation un peu biaisée de ceux de l’Assurance maladie. Les données des registres sont beaucoup plus fiables. »

« La France est en pleine épidémie de cancer »

D’autres scientifiques, au contraire, parlent d’« épidémie de cancers ». C’est le cas par exemple d’Annie Thébaud‑Mony, directrice de recherche honoraire à l’Inserm et sociologue. « Je ne sais pas comment qualifier autrement une maladie qui, en augmentation constante, est devenue totalement ordinaire dans la population », remarque‑t‑elle.

« La France est en pleine épidémie de cancer », assurent les scientifiques du Giscop 84 (Groupement d’Intérêt Scientifique sur les Cancers d’Origine Professionnelle dans le Vaucluse). Ils estiment que « les autorités sanitaires résistent à la désigner comme telle ». La raison ? « Parce qu’on n’a pas les outils pour bien la documenter », remarquent‑ils.

Annie Thébaud‑Mony dénonce de son côté le fait que les registres recensant les cancers (le réseau Francim) ne couvrent que « 22 % de la population française, sans distinction entre les régions fortement industrialisées et celles qui ne le sont pas ». Les données nationales sont donc extrapolées à partir de celles de certains départements seulement.

Différentes causes de cancer

Or, en Seine Saint‑Denis, département donc les données ne sont pas couvertes par le registre des cancers du réseau Francim, « plus de 85 % des patients (en majorité ouvriers ou employés) ont subi une ou des expositions de très longue durée (plusieurs décennies) à un ou plusieurs cancérogènes », explique l’équipe scientifique du Giscop 93. La même tendance a été observée à Avignon, où « 71 % des patients ont été poly‑exposés à trois cancérogènes ou plus au cours de leur carrière, et ce, souvent sur des durées longues et avec des intensités moyennes ou fortes ».

Il y a également un grand nombre de cancers qui seraient évitables ‑ 40 % selon l’oncologue Jean‑Baptiste Méric ‑ « si nos concitoyens ne fumaient pas, buvaient moins d’alcool, avaient une alimentation équilibrée et variée et une activité physique plus régulière ».

« Le tabac, c’est 20 % des cancers ; l’alcool, 8 % et l’alimentation déséquilibrée et le manque d’activité physique, un peu plus de 10 %. L’action sur ces facteurs de risque pourrait conduire à éviter un nombre de cancers extrêmement significatifs », souligne l’oncologue.

« Les enfants n’ont pas à être malades du cancer »

Du côté des cancers pédiatriques, le docteur Jean‑François Corty les relie directement à des causes environnementales. « Au moins 90 % des cancers pédiatriques sont liés à des causes environnementales », assure‑t‑il. « Les enfants n’ont pas à être malades du cancer, ce n’est pas normal. »

Cet ancien directeur des opérations chez Médecins du monde accuse les lobbies industriels et leur responsabilité dans cette augmentation de cancer, ainsi que le fait qu’ils « produisent un tas de données, pour diluer les connaissances et faire en sorte qu’on s’éloigne des sujets de fond ».

« Les moyens qu’on a pu mettre sur le Covid montrent qu’on peut arriver à des choses extraordinaires en matière de santé publique », remarque le Dr Corty, dénonçant « une forme de lenteur institutionnelle qui questionne : pourquoi n’est‑on pas capable de mieux documenter cette réalité, de faire des enquêtes environnementales qui nous permettent de comprendre l’origine des cancers ? »

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