Les droits de l’homme menacés dans la Turquie d’aujourd’hui

Pendant près d’un siècle, la Turquie a été une démocratie à majorité musulmane admirée à l’échelle internationale. Sous son héros de la Première Guerre mondiale et fondateur, Mustafa Kemal Atatürk, les Turcs ont obtenu l’indépendance totale en 1923, puis l’État de droit, l’alphabétisation universelle, la séparation de l’État et de la religion, les droits des femmes et l’adhésion à l’OTAN.

Recep Tayyip Erdoğan et son parti AKP ont été pendant des années impressionnants. Il a été élu maire d’Istanbul (1994), Premier ministre (2003-2014) et président (2014). L’économie s’est nettement améliorée entre 2003 et 2008 ; il a temporairement mis fin à un conflit de 30 ans avec la communauté kurde turque, forte de 15 millions de personnes, qui avait coûté la vie à environ 40 000 personnes ; et il a accepté 2,5 millions de réfugiés de la Syrie de Bachar al-Assad.

Depuis, cependant, le président Erdoğan a gravement miné la démocratie et l’État de droit en Turquie. En 2013, lorsqu’un scandale de corruption a éclaté entre lui et son cabinet, personne n’a été inculpé. Du coup, les juges, les procureurs et la police ont été rapidement réaffectés. Qui plus est, le clerc et fondateur du Mouvement Gülen/Hizmet, Fethullah Gülen, qui l’avait soutenu lorsqu’ils ont tous les deux cherché à adhérer à l’UE et à démocratiser davantage la Turquie, a rompu avec lui à cause de la corruption et a depuis lors été déclaré « terroriste » par Recep Tayyip Erdoğan lui-même.

Pour résumer, Recep Tayyip Erdoğan a acquis un pouvoir de plus en plus grand mais, petit à petit, il a marginalisé l’élite politique occidentalisée. Aujourd’hui, il met la pression sur l’UE et se met à dos deux grandes puissances, américaine et russe.

La cause immédiate de l’agitation politique turque actuelle a été l’échec du coup d’État militaire en juillet 2016 – démontrant que lorsque vous frappez le roi, vous devez le tuer.

La Turquie s’éloigne-t-elle de l’Occident : quel lien y a-t-il entre le coup d’État, le mouvement de Gülen, l’Occident et les droits de l’homme ?

L’universitaire américaine Sophia Pandya nous décrit le mouvement Gülen ou confrérie Gülen :

« Il se définit comme une organisation humanitaire de la société civile inspirée par le soufisme… (avec) des milliers d’organisations éducatives et caritatives, Fethullah Gülen a nié toute implication personnelle ou institutionnelle [dans la tentative de coup d’État de juillet 2016 en disant] : ‘S’il y a des fonctionnaires parmi les complices du coup d’État qui se considèrent comme des sympathisants du mouvement Hizmet [Gülen],… ils ont commis une trahison contre l’unité de [la Turquie] en participant à un événement où leurs propres citoyens ont perdu la vie.’ »

Un forum sur la Turquie, organisé par la Fédération du patrimoine anatolien, s’est tenu récemment au Parlement du Canada.

Alex Neve, secrétaire général d’Amnesty International (AI) Canada, a noté que Taner Kılıç, président d’AI de Turquie, reste emprisonné pour avoir prétendument soutenu la soi-disant « organisation terroriste FETÖ » (de Gulen), en ajoutant : « En 57 ans, Amnesty International n’a jamais rien connu de tel auparavant… n’importe qui peut être détenu et arrêté pour avoir l’application de communication Bylock ou envoyé son enfant dans une école affiliée au Mouvement Gülen, ou avoir un compte bancaire à la Banque Asja… la Turquie [a maintenant] le plus grand nombre de journalistes emprisonnés qui soit… Pourquoi le Canada et le reste du monde sont-ils si silencieux sur la question ? »

Le député fédéral Michael Levitt, président du sous-comité des droits de l’homme de la Chambre des communes, a déclaré : « Les familles sont déchirées. Des universitaires, des professionnels des médias, des étudiants et… des gens ordinaires… sont détenus sans inculpation… La répression de la démocratie [est] quelque chose qui [nous préoccupe profondément]. »

La chef du Parti vert, Elizabeth May, a déclaré : « Je suis horrifiée par le comportement du gouvernement turc… Cela n’a pas été soulevé par les Nations Unies ni par les alliés traditionnels… nous, en tant qu’alliés de la Turquie, ne pouvons pas accepter que ce comportement perdure ; nous devons nous exprimer avec plus de force. »

Selon un rapport publié dernièrement par le Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme Zeid Al Hussein (20 mars 2018) :

Les chiffres sont stupéfiants : près de 160 000 personnes arrêtées au cours d’un état d’urgence de 18 mois ; 152 000 fonctionnaires licenciés, dont beaucoup de manière totalement arbitraire ; enseignants, juges et avocats licenciés ou poursuivis ; des journalistes arrêtés, les médias fermés et les sites Web bloqués… L’une des conclusions les plus alarmantes du rapport est que les autorités turques auraient détenu une centaine de femmes enceintes ou venant d’accoucher, principalement au motif qu’elles étaient « associées » à leur mari, soupçonné d’être lié à des organisations terroristes. Certaines ont été détenues avec leurs enfants et d’autres ont été violemment séparées d’eux. C’est tout simplement scandaleux, tout à fait cruel, rien pour assurer la sécurité du pays.

L’état d’urgence en cours et renouvelé permet à Recep Tayyip Erdoğan et à ses ministres de contourner le Parlement en promulguant de nouvelles lois, ce qui limite encore davantage les droits fondamentaux. Leur but semble être d’éradiquer tous les éléments de l’État laïc d’Atatürk, lequel les Turcs ont défendu avec leur vie au cours des neuf dernières décennies. Les amis de la Turquie du monde entier ne peuvent qu’espérer que le président Erdoğan puisse accepter les véritables leçons du 15 juillet et revenir vers la réconciliation nationale, la démocratie et l’État de droit.

David Kilgour, avocat de profession, coauteur de PRÉLÈVEMENTS MEURTRIERS : Deuxième rapport concernant les allégations de prélèvement d’organes sur des pratiquants de Falun Gong en Chine

Me David Kilgour a siégé à la Chambre des communes du Canada pendant près de 27 ans. Dans le Cabinet de Jean Chrétien, il a servi aux postes de secrétaire d’État (Afrique et Amérique latine) et de secrétaire d’État (Asie-Pacifique). Il est l’auteur de plusieurs livres et coauteur avec David Matas de PRÉLÈVEMENTS MEURTRIERS : Deuxième rapport concernant les allégations de prélèvement d’organes sur des pratiquants de Falun Gong en Chine.

Le point de vue exprimé dans cet article est celui de son auteur et ne reflète pas nécessairement celui d’Epoch Times.

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