Dix ans après la « révolte des tentes », la crise du logement perdure en Israël

18 février 2021 Mis à jour: 18 février 2021
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Dix ans après une vague de protestation contre la cherté des loyers, le logement reste « un problème majeur » en Israël, poussant même des habitants de la métropole Tel-Aviv à partir pour le kibboutz.

Eté 2011. De jeunes Israéliens érigent un village de tentes sur le boulevard Rothschild, au cœur de Tel-Aviv, pour protester contre la hausse effrénée des loyers.

-Les manifestants se tiennent devant des tentes érigées pour un sit-in contre le coût élevé du logement dans la ville israélienne de Tel Aviv. Photo Jack Guez / AFP via Getty Images.

Ils sont bientôt rejoints par des centaines de milliers de manifestants qui défilent dans plusieurs villes en scandant « le peuple exige la justice sociale ».

Le logement lié au marché privé

Mais, « depuis, les prix ont continué d’augmenter », déplore Stav Shaffir, figure de proue de « la révolte des tentes », considéré comme le plus important mouvement social en Israël depuis celui des « Panthères noires » dans les années 1970, qui dénonçait les discriminations contre les « Mizrahim », les Juifs d’Orient.

« Le logement social –important dans les années 60 et 70 a été réduit, de sorte que presque tout le monde est lié au marché privé » qui ne fait l’objet d’aucune régulation, dit-elle à l’AFP.

Devenue députée travailliste, Stav Shaffir a fait adopter en 2017 la « loi de location équitable » qui renforce les droits des locataires, en obligeant notamment les propriétaires à mettre sur le marché des appartements à prix décents.

-Des milliers de personnes défilent dans les rues lors d’une manifestation contre la hausse du coût de la vie et des loyers le 6 août 2011 à Tel Aviv, Israël. Photo par Uriel Sinai / Getty Images.

« Les habitations doivent être en bon état et les réparations à la charge des propriétaires …, qui ne peuvent plus expulser les locataires aussi rapidement qu’avant », détaille la militante de 35 ans aujourd’hui à la tête du parti écologiste Hayerukim.

Cette mesure n’a cependant pas eu d’impact sur le montant des loyers, qui ne sont pas limités en Israël, estime le professeur Danny Ben-Shahar, directeur de l’Institut Arlov de recherche sur l’immobilier, rattaché à l’université de Tel-Aviv.

Tel-Aviv ville la plus chère au monde

Les faibles taux d’intérêts et la croissance de la population, dans un pays avec une forte natalité et une immigration soutenue, ont augmenté la demande pour les appartements, qui est « plus forte » que l’offre.

Résultat: une hausse « drastique » des prix à l’achat, qui s’est répercutée sur les loyers, explique-t-il. « Le logement est toujours un problème majeur » en Israël, et en particulier à Tel-Aviv, juge-t-il.

La métropole, classée cinquième ville la plus chère du monde par le magazine « The Economist » –derrière Paris mais devant New York et Genève, creuse l’écart avec les autres villes du pays.

« A l’achat, un appartement de 4 pièces coûte en moyenne 3 millions de shekels (environ 755.000 euros) à Tel-Aviv et 1,7 million ailleurs », souligne ce spécialiste.

A la location, le prix moyen d’un studio à Tel-Aviv est de 3.300 shekels (environ 830 euros), le double de Haïfa (nord), indique Tal Kopel, vice-président et directeur des ventes à Madlan, site immobilier de référence en Israël.

Et c’est sans compter la taxe foncière qui peut atteindre des centaines de shekels par mois.

Une journaliste de l’AFP ayant récemment visité de nombreux deux-pièces dans le centre de Tel-Aviv a constaté des prix avoisinants les 6.000 shekels, taxes inclues.

Selon le bureau central des statistiques israélien, le salaire moyen est de 11.525 shekels.

Vivre dans un petit kibboutz du nord d’Israël

Après des années d’augmentation, la banque d’Israël a noté en mai une baisse des prix à la location (-15%) dans la ville blanche, en raison de la pandémie de coronavirus, avant de repartir à la hausse.

La métropole est connue pour ses terrasses, ses théâtres, ses bars, un mode de vie « libéral qui attire de nombreuses personnes ne se voyant pas vivre dans les villes plus conservatrices », juge Tal Kopel.

Or, en temps de pandémie, ces attraits disparaissent en partie. Si la demande pour les petites surfaces demeure forte pour les célibataires et les couples, des familles, elles, partent.

« Il se peut que la crise du coronavirus ait amplifié cette tendance en mettant en lumière les lacunes de la ville, comme le manque d’espaces ouverts de qualité », dit-il à l’AFP.

C’est le cas de Yehara Tiram qui, lors du premier confinement au printemps, a eu un effet de « miroir », voyant plus que jamais ce qui lui manquait à Tel-Aviv.

En septembre, elle est partie après de nombreuses années s’installer avec son compagnon dans un petit kibboutz du nord d’Israël, à la recherche d’un mode de vie plus simple, plus vert et moins cher.

« Avant de rencontrer mon compagnon, j’habitais dans un tout petit studio à Tel-Aviv et je payais autant que ce que je paye aujourd’hui pour cette maison au kibboutz Hanita », dit l’assistante sociale de 36 ans. « A part qu’ici, j’ai un trois pièces de 85m2, un jardin et vue sur la mer, » ironise-t-elle.

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