Disperser notre orgueil pour nous rapprocher du ciel: «La Tour de Babel»

Atteindre l'intérieur: ce que l'art traditionnel offre comme réflexion sur nous-mêmes
5 juin 2022 Mis à jour: 13 juin 2022
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Que signifie être une bonne personne ? Quels sont les éléments de notre mentalité qui nous empêchent d’être authentiquement bons. Une certaine tournure d’esprit fait systématiquement barrage : l’orgueil.

Nos bonnes actions n’y échappent pas, elles aussi sont parfois alimentées par un désir de se mettre en avant. Notre comportement « vertueux » ne correspond pas à des principes mais à un stratagème en quête de compliments, nos actions ne sont pas remplies d’altruisme mais de vanité.

Un exemple célèbre d’orgueil et d’arrogance est l’histoire de la Tour de Babel.

La tour de Babel

L’histoire de la tour de Babel est évoquée dans le livre de la Genèse et dans l’Agada, la littérature rabbinique ancienne. Les textes évoquent des temps où les peuples étaient unifiés sous une seule langue et s’étaient établis dans les plaines de Babylone.

Les Babyloniens étaient dirigés par Nemrod, un conquérant puissant et sans peur, qui poussait son peuple à se rebeller contre Dieu. Il souhaitait construire une ville avec une tour atteignant le ciel qui servirait de lieu de culte aux idoles. Les Babyloniens souhaitaient laisser leur empreinte, former un seul grand peuple puissant.

Dieu descend sur terre pour assister à la construction de la tour et constate que rien n’empêchera les Babyloniens d’atteindre leur but s’ils restent unifiés sous une seule langue. Il décide donc de confondre leur langue et de les disperser de par le monde entier. La construction de la tour s’arrête.

La « Grande » Tour de Babel de Pieter Bruegel

Pieter Bruegel dit l’Ancien (1525-1569) est un peintre flamand de la Renaissance nordique. Il est grandement influencé par Jérôme Bosch, autre peintre brabançon, connu pour ses compositions fantastiques panoramiques foisonnantes de personnages.

C’est en 1563 que Bruegel peint La « Grande » Tour de Babel, une de ses deux représentations de la tour, actuellement conservée au musée d’histoire de l’art de Vienne [Kunsthistorisches Museum].

Le premier élément que voit le spectateur est la tour. Elle est encore en construction. Les jaunes doux de ses murs extérieurs contrastent avec les rouges sombres de ses chambres intérieures. La tour s’étend de sa vaste base sur terre bien au-delà de la ligne d’horizon, jusqu’aux cieux.

Détail de « La Tour de Babel » montrant les ouvriers. Kunsthistorisches Museum, Vienne, Autriche. (Domaine public)

Des centaines de petits personnages s’attellent à sa construction. Ils travaillent tous ensemble et se démènent pour la terminer.

La ville cerne la tour. On peut voir une énorme différence entre les dimensions des maisons ordinaires et celles du chantier.

Notre regard se dirige ensuite de la tour vers le bas du tableau, où se trouve un bosquet sombre. Puis, au premier plan, des personnages forment un point focal secondaire. Apparemment, un de ces personnages est Nemrod.

Nemrod a tous les attributs d’un roi, il porte une longue cape et une couronne. Des manants s’agenouillent devant lui, tandis que des ouvriers soulèvent et transportent de grandes dalles vers le chantier.

Détail de « La Tour de Babel » montrant le roi Nemrod. Kunsthistorisches Museum, Vienne, Autriche. (Domaine public)

Disperser notre orgueil

En regardant ce tableau, il est légitime de s’interroger : pourquoi Dieu disperse-t-il ces gens et confond-il leur langage ? N’est-il pas sage de travailler ensemble pour accomplir de grandes tâches. Pourquoi Dieu pense-t-il différemment dans le cas présent ?

En voilà la raison, telle que représentée sur cette toile : l’homme tente d’usurper la place de Dieu. Bruegel représente Nemrod adoré à la place de Dieu, et Nemrod, en tant que simple être humain – malgré ses conquêtes victorieuses – sera incapable d’atteindre les cieux car Dieu fera obstacle à ses plans orgueilleux.

Une autre raison pour laquelle Dieu disperse ces gens et confond leur langage est qu’ils tentent, ensemble, de créer un paradis sur terre, alors que le voyage vers le paradis est certainement un voyage individuel et intérieur.

Peut-être leurs tentatives sont-elles vaines puisque leur cœur et leur esprit ne sont pas tournés vers Dieu. Par conséquent, Dieu leur fait une faveur en les dispersant et en confondant leur langage. Dans cette mise à zéro, ils pourront à nouveau, individuellement, se tourner intérieurement vers Dieu.

La tour est un symbole d’orgueil, une représentation métaphorique du besoin de se mettre en avant. Nous trouvons des moyens, parfois détournés, pour nous hisser au-dessus des autres, le but étant d’être perçus comme plus élevés, plus puissants qu’eux, mais ce n’est qu’une tentative illusoire et vaine d’atteindre le paradis sur terre.

Il y a plus de sagesse à tenter d’atteindre les sphères célestes en travaillant sur soi-même et en délaissant les objectifs visant à alimenter l’orgueil. Nous atteignons probablement le ciel non pas en nous reposant sur les louanges des autres, mais en rejetant et en dispersant les désirs extérieurs et l’orgueil qui peuvent nous empêcher d’obtenir la quiétude intérieure dans laquelle Dieu peut parler, et nous pouvons l’entendre.

L’art a la capacité incroyable de montrer ce qui ne peut être vu, afin que nous puissions nous interroger : « Qu’est-ce que cela signifie pour moi, pour les autres ? » « Comment cette œuvre a-t-elle influencé le passé et comment pourrait-elle influencer l’avenir ? » « Qu’est-ce que cela suggère à propos de l’expérience humaine ? » Voilà quelques-unes des questions explorées dans la série « Atteindre l’intérieur : ce que l’art traditionnel offre comme réflexion sur nous-mêmes ».

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