Le « Davos asiatique » de la Chine et la dégénérescence morale des élites mondiales

22 avril 2022 Mis à jour: 24 avril 2022
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La conférence annuelle du Forum de Boao pour l’Asie (FBA), organisée par la Chine, a débuté le 20 avril. Cette conférence de trois jours tenue à Boao, dans la province chinoise du Hainan, accueille des dirigeants du monde entier issus des gouvernements, du cercle académique et du monde des affaires, dans le but de promouvoir la mondialisation économique et la coopération internationale.

Des conférences, des séminaires et des ateliers sont tenus dans le cadre de cet « événement de haut niveau » pour l’échange d’idées dans les domaines économique, social, environnemental et les questions connexes, selon la charte du FBA.

À l’origine, le FBA a été fondé sous la direction du Parti communiste chinois (PCC) en 2001 et a tenu sa première conférence en 2002. La mission qu’il s’était fixée lors de sa création – « promouvoir l’intégration économique en Asie » – a évolué par la suite pour devenir « assembler l’énergie positive pour le développement de l’Asie et du monde entier ».

Le thème de la conférence de cette année est « Le monde dans le contexte du Covid-19 et au-delà : Œuvrer ensemble en vue d’un développement mondial et d’un avenir commun ».

La conférence doit examiner comment la pandémie du Covid-19 a accéléré la transition mondiale vers une politique verte basée sur les questions du climat. Selon le FBA, la pandémie du Covid a initié un recentrage mondial en remplaçant la traditionnelle recherche de profit comme objectif économique par la recherche de la neutralité carbone, d’une structure économique à faible émission de carbone et du développement durable. L’accent sera mis sur l’exploration de différentes stratégies visant à atteindre la neutralité carbone absolue.

Voici quelques titres des séminaires prévus dans le cadre de la conférence : « Promouvoir l’intégration énergétique et construire un monde vert » ; « Construire sur les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) pour une croissance durable » ; « Développement inclusif – efficacité et équité » ; et « Économie numérique pour le bien social ».

Si cela ressemble beaucoup au sommet annuel du Forum économique mondial (FEM) de Davos, c’est parce qu’il s’agit essentiellement du même concept. Le FBA est communément appelé le « Davos asiatique » et s’inspire ouvertement du FEM.

Le thème de la conférence du FBA 2022 est essentiellement une circonlocution du « Grand Reset » (The Great Reset) du thème du Davos 2020. De son côté, le Davos 2022 doit se dérouler le mois prochain, à partir du 22 mai.

L’ouverture d’une réunion ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en marge de la réunion annuelle du Forum économique mondial à Davos, en Suisse, le 24 janvier 2020 (Fabrice Coffrini/AFP via Getty Images)

En revanche, le thème du FEM 2022 est au moins superficiellement plus anodin que les années précédentes : « Travaillons ensemble pour restaurer la confiance ». Klaus Schwab, fondateur et président exécutif du FEM, s’est apparemment rendu compte qu’intituler ses forums d’après des plans mondiaux dignes des méchants sortis des romans de James Bond n’est pas propice à la stratégie de l’élite mondiale.

Toutefois, on imagine que cela risque de décevoir les participants au FEM qui apprécieraient plutôt le voile condescendant de mystère (et un soupçon de conspiration) que leurs réunions évoquent parmi nous, les « gens du commun ».

Une autre similitude entre les deux forums est qu’ils accueillent tous les deux des leaders mondiaux renommés, y compris en tant qu’orateurs ou membres des commissions. Le conseil d’administration du FBA comprend des dirigeants d’industries et de gouvernements du monde entier, tels que l’ancien secrétaire américain au Commerce Carlos Gutierrez, l’ancien Premier ministre italien et ancien président de la Commission européenne Romano Prodi, ou l’ancienne Première ministre néo-zélandaise Jenny Shipley.

Le FEM réunit également des acteurs de haut niveau de la scène politique internationale. Cependant, le FBA se distingue par une caractéristique importante : il peut ouvertement vanter ses liens profonds et complexes avec le PCC. L’actuel président du conseil d’administration du Forum de Boao peut être l’ancien secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon, originaire de Corée du Sud. Cependant, son secrétaire général est Li Baodong, l’ancien représentant permanent de la Chine auprès des Nations unies.

Chaque séminaire du FBA, y compris ceux mentionnés précédemment, compte au moins un membre éminent du gouvernement, du monde des affaires ou du cercle académique chinois. Cela équivaut à une représentation du PCC – si ce n’est un leadership absolu – dans chaque commission.

En outre, les commissions sont également animées par des représentants des médias ou du gouvernement de l’État-parti chinois. Cela permet de s’assurer que les échanges se déroulent d’une manière explicitement favorable au Parti ou qu’ils s’écartent de tout sujet qui pourrait jeter sur lui une lumière pas trop positive.

Soigner l’image du Parti et promouvoir ses politiques est le thème sous-jacent de l’ensemble de la conférence du FBA. Si quelqu’un se posait des questions à ce sujet, des séminaires tels que « La Ceinture et la Route : Une nouvelle pratique de développement coopératif » (en référence au titanesque projet prédateur mondial de Pékin « Belt and Road Initiative », souvent qualifié de « nouvelle route de la soie ») le confirment ouvertement.

Cela ne veut pas dire que le FBA est plus sournois que le FEM. Le point central de ces deux forums tourne autour de la nécessité d’un contrôle centralisé sur les phénomènes mondiaux qui dépassent les frontières nationales. Cela implique généralement de déléguer la prise de décision politique à des organes non élus qui ne sont pas tenus de rendre des comptes sur leurs décisions.

En ce sens, le FBA et le FEM sont similaires. Cependant, alors que le dernier cherche à intégrer le PCC pour consolider sa portée et son influence, le premier reconnaît ouvertement le rôle prépondérant du Parti communiste chinois.

C’est une distinction importante. Le PCC ne risque pas d’être contrôlé par le FME, mais il peut utiliser le FME dans le but d’accroître l’influence géopolitique du régime chinois. Le PCC sait ce que veulent entendre les élites de Bruxelles et de Davos. Ainsi, l’État-parti chinois s’attire les faveurs de ces élites en parlant de diversité, d’équité et de neutralité carbone – et ce, en étant le principal pollueur mondial et l’un des régimes les moins diversifiés ou équitables au monde, le régime qui poursuit sans relâche la construction de centrales au charbon en accroissant ses émissions et en stimulant son développement grâce aux énergies fossiles bon marché.

À Davos, le dirigeant chinois Xi Jinping peut prononcer de belles paroles au sujet de la mondialisation, de l’interconnexion et de la nécessité d’une plus grande coopération avec ses pays partenaires. Mais n’ayez pas d’illusion : à Boao, c’est le PCC qui dirige le spectacle.

Toutefois, ce fait ne procure peut-être pas de scrupule moral aux participants occidentaux aux deux forums. Qui qu’ils soient, ils ne sont certainement pas stupides. Ils doivent bien comprendre que la Chine n’adhère que superficiellement aux « objectifs moraux » abstraits associés à la coopération internationale en ne poursuivant que ses propres intérêts stratégiques.

L’objectif de « l’homme de Davos » ou des élites occidentales ne consiste pas à apporter un bénéfice de quelconque manière à leurs propres compatriotes « ordinaires » (en fait, ils méprisent le concept même de frontières nationales comme une relique réactionnaire d’un passé non civilisé), mais plutôt de poursuivre des politiques extravagantes et d’accroître le pouvoir entre leurs propres mains.

Le PCC est bien content de fournir de l’argent et une couverture pour aider ces élites à atteindre leurs objectifs, sachant que cela permet à Pékin de récolter le bénéfice géopolitique d’une influence accrue dans les sphères du pouvoir en Europe et en Amérique.

En même temps, Pékin continuera à mener une politique qui ne sert qu’à la consolidation de l’État-parti chinois et à l’affaiblissement relatif de l’Occident. L’étude des objectifs et des tactiques du FBA et du FEM, ainsi que de leur évolution, peut être utile pour comprendre les relations établies entre le PCC et les élites occidentales.

Dominick Sansone écrit régulièrement pour Epoch Times en se concentrant sur la politique et les relations internationales de la Chine, de la Russie et des États-Unis.

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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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