Dans le nord de l’Irak, la reconstruction à la peine, huit ans après l’EI

4 mai 2022 Mis à jour: 4 mai 2022
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Dans le dialecte irakien « makou » signifie « rien ». Issa dit beaucoup « makou »: « pas d’électricité, pas de maison ». Huit ans après de violents combats entre le groupe Etat islamique (EI) et l’armée, la reconstruction de son village dans le nord de l’Irak est au point mort.

Issa al-Zamzoum vit à Habach, un bourg planté à 180 km au nord de Bagdad. Avec sa femme, Oum Warda, et leurs cinq enfants, il occupe une bâtisse en béton dont une partie du toit s’est effondrée pendant les combats en 2014, mais ne s’est pas désolidarisée du reste de la structure.

Dans une pièce, une poule surveille ses poussins. Dans une autre, des matelas crasseux sont entassés contre le mur.

Cette maison n’appartient pas à M. Zamzoum, 42 ans, car la sienne a été détruite. Elle lui est prêtée. « Il n’y a rien ici, pas d’électricité. Même le travail, il n’y en a pas », dit-il: « La reconstruction, on ne la voit pas. Il ne s’est rien passé depuis la guerre ».

Des élèves irakiennes passent devant une maison détruite dans le village ravagé par la guerre à 180 kilomètres au nord de la capitale Bagdad, le 25 avril 2022. Photo par AHMAD AL-RUBAYE/AFP via Getty Images.

Le village a payé le prix fort lors du siège

Au gouvernorat de Salaheddine, dont dépend Habach, un conseiller met en avant « l’étendue » de la province pour expliquer ces lenteurs. « On ne peut pas toujours faire les choses à 100% », dit cette source qui ne souhaite pas être identifiée.

A Habach, les maisons en ruines ou partiellement détruites se comptent par dizaines. Le village a payé le prix fort lors du siège imposé à l’été 2014 par l’EI à la ville d’Amerli, à moins de 10 km de là.

Des enfants jouent dans le village ravagé par la guerre, le 25 avril 2022. Photo par AHMAD AL-RUBAYE/AFP via Getty Images.

L’histoire ne s’arrête pas là

A l’époque, les jihadistes contrôlent Mossoul et certains territoires du nord de l’Irak. Ils font route vers le sud et assiègent Amerli. Fin août, l’armée irakienne, les milices chiites et les Peshmergas kurdes brisent le siège après des combats acharnés à Amerli, mais aussi à Habach et dans les villages alentours que les jihadistes utilisaient comme bases.

Fin 2017, le gouvernement de Bagdad déclare sa « victoire » militaire sur l’EI.  Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

Selon Human Rights Watch, après le siège de 2014, « des milices pro-gouvernementales, des combattants volontaires et des membres des forces de sécurité ont pillé des villages sunnites autour d’Amerli », y compris Habach.

Une fille regarde sa maison endommagée dans le village ravagé par la guerre de Habash,  le 25 avril 2022. Photo par AHMAD AL-RUBAYE/AFP via Getty Images.

L’ONG y avait identifié « d’épais nuages de fumée se dégageant de bâtiments en feu, dus à des incendies criminels ».

20.000 déplacés vivent ici

Aujourd’hui, dans le district de Touz Khourmatou, où se trouve Habach, « les besoins humanitaires sont significatifs. Près de 20.000 déplacés y vivent », explique à l’AFP le Norwegian Refugee Council.

Les papiers d’identité sont un autre casse-tête, souligne l’ONG. Pour les obtenir, certains habitants « ont des problèmes pour être blanchis de tout soupçon lié à la sécurité parce qu’ils sont perçus comme appartenant à l’Etat islamique ».

A l’instar d’Issa al-Zamzoum et de son voisin Abdelkarim Nouri, les habitants de Habach sont pour la plupart arabes sunnites, branche de l’islam minoritaire en Irak où le chiisme est majoritaire.

« Notre vie est une honte. Je n’ai pas de travail. J’ai cinq moutons et ce sont eux qui me font vivre », explique Abdelkarim Nouri. Il dit avoir interpellé son député. En vain.

Un garçon passe devant une maison détruite dans le village ravagé par la guerre de Habash,  le 25 avril 2022. Photo par AHMAD AL-RUBAYE/AFP via Getty Images.

M. Nouri n’évoque pas spontanément son appartenance religieuse, pas plus qu’il ne parle de sectarisme, un sujet brûlant dans un Irak où des dizaines de milliers de personnes sont mortes lors du conflit interreligieux de 2006-2008.

Sunnites victimes de vexations

Pourtant, quatre ans et demi après la fin du « califat » autoproclamé de l’EI, nombre de sunnites se disent victimes de vexations et de discriminations.

Dans un rapport de 2021, le département d’Etat américain se faisait l’écho de responsables sunnites dénonçant des « déplacements forcés de sunnites » par le Hachd al-Chaabi, d’ex-paramilitaires chiites pro-Iran intégrés aux troupes régulières, et d’« arrestations aléatoires » de membres de leurs communautés « soupçonnés d’être liés à l’EI ».

Des cellules de l’EI rôdent

L’EI, justement. Sans évoquer nommément les jihadistes, le conseiller du gouvernorat de Salaheddine parle « de risques sécuritaires » qui retardent la reconstruction.

Car si Habach est pacifié, à une quinzaine de kilomètres plus au nord des cellules de l’EI rôdent.

Sur la route qui mène au hameau de Bir Ahmed, le Hachd al-Chaabi monte la garde. « La situation à Bir Ahmed est hors de notre contrôle et de celui de l’armée », dit un haut gradé: « Vous pouvez y entrer, mais je ne garantis pas que vous pourrez en sortir ».

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