Dans la beauté, le réconfort

De profundis : art, chagrin et consolation
24 mars 2022 Mis à jour: 24 mars 2022
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« De profundis clamavi ad te, Domine », c’est ainsi que commence le psaume 130 (psaume 129 dans l’ancien système de numérotation) : « Du fond de l’abîme je t’invoque, ô Éternel ! »

Que nous embrassions ou non une foi religieuse ces mots nous touchent et nous en comprenons le sens. Quel que soit notre âge, nos origines, notre confession, tous nous avons expérimenté la chute, la perte, la sensation de plonger dans l’abîme à la mort d’un être cher.

Dans leur chagrin, certains cherchent le réconfort en Dieu. D’autres auprès de leurs amis et de leur famille. D’autres encore consultent des psychologues, visitent des groupes de soutien aux personnes en deuil. Ce qui se sentent seuls et désespérés se tournent parfois vers l’alcool ou la drogue pour ressentir un soulagement provisoire.

Le grand philosophe Boèce (vers 477‑524), témoin des derniers feux de l’Empire romain, était à la fois un homme politique et un écrivain. Durant son incarcération (qui se terminera par son exécution), il se lance dans un examen de la pensée hellénistique pour soulager son âme et s’expliquer sa situation difficile, et laisse au monde son chef‑d’œuvre, La Consolation de la philosophie, œuvre néoplatonicienne dans laquelle la poursuite de la sagesse et l’amour de Dieu sont décrits comme les véritables sources du bonheur.

Dans le chagrin et le deuil, on peut aussi trouver du réconfort et de l’espoir dans les arts.

Le salut et la beauté

Lorsque nous subissons une perte, la beauté de l’art peut nous consoler. « Mme James Guthrie », vers 1864-1865, par Sir Frederic Leighton. Huile sur toile ; 83 pouces par 54,5 pouces. Yale Center for British Art, à New Haven, Connecticut. (PD-US)

Un certain nombre de musiciens – Bach, Haendel, Mozart, Leonard Bernstein et d’autres – ont mis le psaume 130 en musique, mais leurs compositions ne constituent qu’un bref aperçu de tous les arts qui peuvent consoler les êtres humains.

Au cours des trois derniers millénaires combien d’écrivains, de peintres, de sculpteurs ou de musiciens ont produit des œuvres sur la mort et la perte pour apporter du répit dans la détresse ?

Durant les confinements, des artistes en tous genres se sont manifestés pour redonner espoir aux autres. Par exemple, l’orchestre de Rotterdam présentait l‘Ode à la joie de Beethoven sur Zoom, un pianiste berlinois interprétait des sonates tous les soirs sur Internet, des poètes et écrivains de plusieurs pays ont partagé leurs œuvres depuis leurs salons.

Ces gestes d’altruisme sous‑tendent une voie d’accès à la transcendance et à la beauté remarquablement résumée par le philosophe Roger Scruton : « L’art et la musique illuminent la signification de la vie ordinaire, et grâce à eux, nous sommes capables d’affronter les choses qui nous troublent et de trouver consolation et paix. »

De même, dans le roman de Mark Helprin intitulé, Un soldat de la Grande Guerre, le protagoniste un vieux professeur d’art et d’esthétique, Alessandro Giuliani, déclare : « Voir la beauté du monde, c’est mettre la main sur les lignes qui traversent sans interruption la vie et la mort. Les toucher est un acte d’espoir, car peut‑être que quelqu’un de l’autre côté, s’il existe un autre côté, les touche également. »

Pris par surprise

« Pietà », vers 1876, par William-Adolphe Bouguereau. Huile sur toile ; 87,7 pouces par 58,7 pouces. Collection privée. (Domaine public)

Souvent, une rencontre inattendue avec une œuvre d’art peut déclencher une réaction émotionnelle cathartique.

Imaginons, par exemple, une jeune mère ayant perdu un enfant. Des mois plus tard, la voilà par hasard face à une grande photographie de la Pietà de Michel‑Ange, représentant la « Mater dolorosa », tenant sur ses genoux le corps de son fils.

Le tableau évoque la souffrance de la vierge Marie lors de la crucifixion de Jésus. Marie, assise sur le rocher du Golgotha, tenant son fils crucifié, les yeux baissés dans une douleur solennelle.

Devant cette image, le cœur endurci de cette maman depuis de longs et sombres jours se dissout soudain en larmes.

Élégie

Certains se consolent dans la foi. « Le souhait », 1867, par William-Adolphe Bouguereau. Huile sur toile ; 22,7 pouces par 16,4 pouces. Musée d’art de Philadelphie. (Domaine public)

Nombreux sont les écrivains qui ont composé des élégies ‑ des poèmes ou des textes de réflexion en prose, généralement sur le deuil pour faire face à leurs propres pertes et chagrins ou pour réconforter ceux qui les entourent.

De nombreux poètes rappellent également aux personnes endeuillées de rechercher et de trouver quelque consolation dans la joie de vivre. Inspiré par une jeune femme juive qui avait fui l’Allemagne nazie mais dont la mère était morte pendant l’Holocauste, le poème « Do Not Stand at My Grave and Weep » (« Ne pleure pas devant ma tombe ») de Mary Elizabeth Frye exhorte les vivants à se souvenir que les morts restent présents de multiples façons : En français, le texte est traduit de cette manière :

Ne pleurez pas sur cette pierre
Je n’y suis pas ; Je ne dors guère.
Je suis un murmure parmi les vents,
Je suis la neige aux mille scintillements,
Je suis le soleil sur le blé qui mûrit,
Je suis l’automne et sa douce pluie.
Je suis l’aube silencieuse
Et la course gracieuse
Des oiseaux volant presque sans bruit.
Je suis le doux éclat des étoiles dans la nuit.
Ne pleurez pas sur cette stèle,
Je ne dors pas. Je suis éternel.

[Ndt: Un chagrin passionné par C. S. Lewis (1895‑1963). Date de première publication anglaise, 1961, portant le titre, A Grief Observed, publié initialement sous le pseudonyme, N. W. Clerk. Traduit de l’anglais par C. Bourgeois. La traduction du titre réfère à un passage au chapitre III où Lewis parle justement de «passionate grief».]

D’autres œuvre, les milliers de requiem et d’élégies mises en musique par des compositeurs classiques, et tant d’autres créations, accompagnent ceux qui marchent sur les sentiers de la mort.

Guérison

Bien sûr, le meilleur remède contre le chagrin est le temps. La tristesse s’allège et devient plus supportable au fil des semaines, des mois et des ans, se tranformant en cicatrices, anesthésiant l’horrible fardeau des blessures à vif qui nous laissaient jadis abattu et affligé. La musique, la littérature, les peintures et les sculptures peuvent contribuer à cette transformation à cette transcendance. Ce sont des béquilles qui nous permettent de rester debout et nous donnent la force d’aller de l’avant.

« L’art sauvera le monde », a écrit Dostoïevski. « Par l’art seulement nous pouvons sortir de nous‑mêmes » lorsque nos cœurs en deuil sont brisés.

Jeff Minick a quatre enfants et un peloton croissant de petits‑enfants. Pendant 20 ans, il a enseigné l’histoire, la littérature et le latin lors de séminaire pour enfant scolarisé à domicile à Asheville, en Caroline du Nord. Il est l’auteur de deux romans, « Amanda Bell » et « Dust on Their Wings », et de deux ouvrages non fictionnels, « Learning as I Go » et « Movies Make the Man ». Aujourd’hui, il vit et écrit à Front Royal, en Virginie.

 

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