Les dangers de la fumée tertiaire

5 juillet 2017 Mis à jour: 5 juillet 2017
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Les preuves démontrant les problèmes de santé chroniques causés par le tabagisme ont radicalement changé la position de la société envers cette accoutumance [finalement]. Il y a quelques décennies, les gens étaient libres de fumer presque partout. Aujourd’hui, dans des centaines de villes nord-américaines, il est interdit de fumer dans les espaces publics, à l’intérieur comme à l’extérieur, et même à proximité de ces lieux.

Pourtant, avec tous les efforts déployés pour limiter l’exposition à la fumée du tabac, les conséquences du tabagisme persistent dans une substance appelée fumée tertiaire.

Malgré son nom, la fumée tertiaire n’est pas vraiment de la fumée, mais un résidu chimique de la fumée du tabac. Il s’accroche aux murs, aux rideaux, aux tapis, aux meubles, au poil des animaux, aux vêtements, à peu près à tout ce qui se trouve à proximité des polluants de la fumée du tabac.

Le Dr Georg Matt, professeur de psychologie à l’université d’État de San Diego, a commencé à étudier la fumée tertiaire dans les années 1990 alors que son équipe de recherche travaillait sur une étude visant le renoncement au tabac.

« Nous avons rencontré un petit casse-tête », a dit Georg Matt. Même si les mères avaient cessé de fumer et même s’il n’y avait aucune preuve d’exposition à la fumée secondaire, nous ne pouvions pas atteindre des niveaux de biomarqueurs aussi bas chez les nourrissons de parents fumeurs que ceux trouvés chez les nourrissons des parents non-fumeurs.

Les chercheurs ont investigué pour savoir si les échantillons avaient été contaminés ou s’il y avait des problèmes dans les analyses de laboratoire ou dans les rapports. Après avoir éliminé plusieurs facteurs, ils se sont demandé s’il y avait d’autres sources d’exposition aux produits chimiques du tabac qui n’avaient jamais été considérées.

La fumée de cigarette contient plus de 7000 produits chimiques, dont au moins 70 sont réputés causer le cancer.

Les chercheurs ont alors découvert que même si les mères fumeuses étaient très vigilantes quant à ne jamais fumer à l’intérieur, des composants de fumée se propageaient partout dans leur maison – dans la poussière, sur leurs mains – et étaient même fixés sur les surfaces.

Naturellement, plus une pièce est exposée à la fumée du tabac, plus elle accumule de fumée tertiaire. Toutefois, ce résidu se retrouve partout où les fumeurs ont passé du temps sans même y avoir fumé une cigarette.

« Nous en trouvons dans les voitures de fumeurs, même s’ils ne fument pas dans leurs voitures. Nous en trouvons dans les chambres d’hôtel visitées par des fumeurs. Nous en trouvons dans les voitures de location », a déclaré le Dr Matt.

Produits chimiques concentrés

Selon la Société américaine du cancer, la fumée de cigarette contient plus de 7000 produits chimiques, dont au moins 70 sont réputés causer le cancer. Des études sur des animaux ont démontré que l’exposition à ces composants peut provoquer des lésions pulmonaires et hépatiques, des symptômes du diabète, une mauvaise cicatrisation des plaies ainsi que l’hyperactivité.

La fumée tertiaire s’accroche aux murs, aux rideaux, aux tapis, aux meubles, au poil des animaux, aux vêtements. (pexels.com)

Mais il existe tout de même des différences significatives entre les résidus de la fumée tertiaire et l’exposition à la fumée flottant dans l’air.

Pour avoir une idée des caractéristiques spécifiques de la fumée tertiaire, les chercheurs se réfèrent aux trois R : les composants des produits du tabac « restent » sur la poussière et sur les surfaces, ils « réagissent » avec d’autres composants chimiques pour en fabriquer de nouveaux qu’ils « réémettent » dans l’environnement.

Les composants de la fumée tertiaire peuvent se mélanger avec d’autres composants toxiques déjà présents dans l’environnement – comme la peinture, les panneaux de gypse ou le rembourrage – pour former de nouveaux composants chimiques plus dangereux. La fumée tertiaire peut également se mélanger aux agents utilisés lorsqu’on tente de la nettoyer.

« Dans l’industrie hôtelière, c’est particulièrement commun de tenter de recouvrir ou d’éliminer les odeurs de tabac parce que c’est principalement en raison de l’odeur que les clients se plaignent de la fumée du tabac », a précisé le Dr Matt. « Dans de nombreux cas, ils utilisent un antioxydant comme l’ozone qui réagit avec certains composants de l’odeur et les transforme en composants sans odeur. Pour la nicotine par exemple, le problème est que ces réactions chimiques créent un nouveau polluant qui est plus nuisible que cette dernière. »

Les conséquences pour la santé

(pixabay.com)

La fumée tertiaire pénètre partout, mais qu’elle soit ou non un danger pour la santé fait l’objet d’un débat. Les sceptiques disent que cette notion de fumée tertiaire est une réaction excessive qui vise à faire percevoir le tabac sous un jour très défavorable plutôt qu’une préoccupation sérieuse.

Même parmi les militants antitabac, il y a des détracteurs. Selon Stephen Hecht, professeur de prévention du cancer à l’Université du Minnesota et rédacteur en chef de la revue Chemical Research in Toxicology, la dose de cancérogènes que nous recevons de la fumée tertiaire est probablement trop minime pour affecter la santé.

« Pour une personne exposée à la fumée secondaire, la quantité absorbée est de 1 % à 5 % environ de la dose absorbée par le fumeur, elle sera beaucoup plus faible pour la fumée tertiaire », a déclaré le Dr Hecht au magazine US News and World Report.

La fumée tertiaire contient les mêmes composants nocifs étudiés dans le contexte d’un fumeur actif et de la fumée secondaire. Cependant, contrairement à la fumée réelle qui est facilement inhalée, il faudrait qu’il y ait absorption significative de la fumée tertiaire par des voies d’exposition supplémentaires comme la peau ou quand les enfants mettent leurs mains dans la bouche après avoir touché des surfaces contaminées, pour que cela présente une menace réelle. De plus, il n’est pas clairement établi à quel point le corps absorbe la fumée tertiaire en étant exposé aux environnements et aux matériaux couverts de ce résidu. Ce sont des questions que le Dr Matt et d’autres chercheurs continuent à explorer.

« Nous constatons qu’elle affecte l’ADN humain. Nous savons qu’elle a un effet sur la mort cellulaire. Grâce aux études sur des animaux, nous savons qu’elle a des conséquences sur le fonctionnement de nos organes », a souligné le Dr Matt. « Nous devons maintenant étudier l’exposition à long terme sur l’humain dans différents groupes à risque, qu’il s’agisse d’enfants ou d’autres populations ayant des problèmes de santé. Il reste encore beaucoup de travail à faire. »

D’ici là, la prise de conscience croissante de la fumée tertiaire signifie que les fumeurs peuvent nuire à la valeur des biens et des véhicules qu’ils pourraient vouloir revendre un jour.

« Il y a un an et demi, nous avons interviewé des concessionnaires de voitures d’occasion qui sont très conscients que cette odeur désagréable est décisive pour les acheteurs. En Californie, s’ils sont incapables d’enlever ou de dissimuler l’odeur, très souvent ils expédient la voiture ailleurs où les gens sont peut-être plus tolérants à l’odeur du tabac », a ajouté le Dr Matt.

La fumée tertiaire est notoirement difficile à enlever. Les hôtels connaissent trop bien le temps et les ressources nécessaires pour retirer l’odeur désagréable de la fumée de cigarette. Dans certains cas, la fumée tertiaire ne peut jamais être totalement éliminée, des objets qui l’ont absorbée comme les matelas, les couvertures et les panneaux de gypse doivent souvent être remplacés pour se débarrasser complètement des résidus.

Ne fumez pas à l’intérieur, c’est le conseil le plus important.

– Le Dr Georg Matt, université d’État de San Diego

Le Dr Matt et son équipe de recherche travaillent actuellement sur une meilleure façon de nettoyer les surfaces contaminées par la fumée tertiaire et il devrait avoir des réponses « très bientôt ». Toutefois, il précise que même si les efforts de restauration sont efficaces, rien ne vaut le remplacement.

« Ne fumez pas à l’intérieur, c’est le conseil le plus important », a conclu le Dr Matt. « Et trouvez un espace à l’extérieur qui ne permet pas à la fumée de tabac de se propager à l’intérieur de la maison. »

Version originale : Getting to Know Third Hand Smoke

 

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