Covid-19, OGM, changement climatique: la censure des opinions dissidentes en science n’a rien de nouveau, explique un universitaire

12 novembre 2022 Mis à jour: 12 novembre 2022
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Que ce soit dans le domaine des pesticides, des organismes génétiquement modifiés, du Sida ou du Covid‑19, il n’est pas rare que le débat scientifique soit étouffé, surtout lorsque celui‑ci génère des enjeux importants. C’est ce qu’explique Brian Martin, professeur en Sciences sociales à l’université de Wollongong en Australie.

Il a récemment coécrit une étude sur la censure de l’information relative au Covid‑19. Il y révèle que des mesures « extrêmes et sans précédent » ont été utilisées par les gouvernements, les responsables médicaux, les grands médias et les Big Tech pour faire taire les opinions dissidentes durant la pandémie.

Le Pr Martin a mené plusieurs études sur le thème de la censure. Selon lui, la censure liée au Covid‑19 a été différente de par son ampleur et de par le soutien des Big Tech.

« Dans les domaines du nucléaire, des pesticides ou des OGM, certaines personnes sont visées [par la censure], mais pas dans les mêmes proportions qu’avec le Covid‑19 », explique‑t‑il à Epoch Times.

Labels on bags of snack foods indicate they are non-GMO food products, in Los Angeles on Oct. 19, 2012. (ROBYN BECK/AFP/Getty Images)
(Robyn Beck/AFP/Getty Images)

« J’étudie la censure depuis des dizaines d’années et chaque fois qu’il y a un sujet public très controversé, il y a des spécialistes [du courant] dominant d’un côté et quelques dissidents de l’autre. Les dissidents sont attaqués, car ils changent la nature du débat. »

Selon le Pr Martin, il suffit de quelques voix discordantes pour faire changer la dynamique d’un débat. Le débat peut se faire entre les spécialistes et le public non averti, mais il peut aussi évoluer et se faire entre spécialistes.

« Il y a une sacrée différence. J’ai vu cela dans les débats sur l’énergie nucléaire, la fluoration, l’hiver nucléaire, et les pesticides, entre autres. »

Selon lui, ceux qui sont majoritaires dans le débat agissent généralement de façon à se conformer à des « organisations puissantes », telles que les entreprises et les gouvernements. En revanche, les dissidents sont confrontés à une situation plus difficile. Ils risquent de voir leur crédibilité anéantie par ceux qui ont des intérêts financiers et veulent faire croire qu’il n’y a aucun désaccord sur les questions sensibles.

Les seules exceptions à cette tendance ont été les débats sur le tabac et le changement climatique. Dans ces deux cas, les organisations et les scientifiques étaient dans des camps ostensiblement opposés et travaillaient séparément.

Il y a eu quelques cas notables de scientifiques censurés en raison de leur désaccord sur le consensus du changement climatique. C’est notamment le cas du professeur australien, Peter Ridd, selon lequel la situation n’était pas aussi alarmante que les activistes du changement climatique le prétendaient.

Une neutralisation du débat « sans précédent » pendant la pandémie

L’étude récente du Pr Martin est intitulée Censure et suppression de l’hétérodoxie du Covid‑19 : tactiques et contre‑tactiques. Elle a été coécrite avec quatre autres spécialistes. On y apprend que des scientifiques et des médecins réputés étaient systématiquement contraints de chercher des moyens pour contourner la censure afin de se faire entendre.

Une fois leur réputation ciblée par la diffamation, certains spécialistes ont rapporté que des médias arrêtaient tout simplement de les consulter. Ils étaient catalogués « antivax », « négationnistes du Covid », « scientifiques désinformateurs » ou « complotistes ».

Certains ont signalé que leurs comptes de médias sociaux sur Facebook, Twitter, TikTok, YouTube, Google ou LinkedIn ont été supprimés.

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(Pixelkult/Pixabay)

Un spécialiste a même été ciblé par la censure sur Google Docs.

« Google Docs a commencé à restreindre et bloquer ma capacité à partager des documents. C’est une organisation qui me fait comprendre que je ne peux pas envoyer une communication privée à un collègue, à un ami ou à un membre de ma famille », a‑t‑il expliqué.

Des spécialistes médicaux affirment également avoir été écartés de certains milieux universitaires et médicaux.

Un médecin a été pris à partie et dénoncé sur le site Web du ministère de la Santé de son pays (qui compte tout de même 55.000 médecins) l’accusant de propager de la désinformation.

« Il y a eu un effort concerté pour détruire ma réputation alors que, et c’est sidérant, [l’hôpital où je travaille] avait le taux de mortalité le plus bas du monde », a‑t‑il ajouté.

La science : idéaux versus réalité

Selon les idéaux de la science tels qu’on les présente dans les livres, nous explique le Pr Martin, les scientifiques sont attentifs à toutes sortes de phénomènes concrets. Mais, il arrive souvent que les chercheurs s’enferment dans des modes de pensée particuliers.

« C’est souvent une bonne chose en termes de productivité. Cela nous évite de perdre du temps avec tout un tas d’idées secondaires bizarres. Il suffit de rester dans le cadre des hypothèses classiques de son domaine et d’y chercher des solutions. » Mais c’est préjudiciable lorsqu’il s’agit de questions publiques controversées.

« Il arrive donc que des scientifiques s’enferment [dans un carcan intellectuel], et le plus souvent se rangent du côté des groupes puissants, car ce sont eux qui apportent les financements, la légitimité et permettent de faire avancer les carrières. »

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Un scientifique examine des plants de colza cultivés pour évaluer la croissance du colza dans différentes conditions environnementales, à Gatersleben, en Allemagne, le 22 avril 2021. (Sean Gallup/Getty Images)

Il reconnaît que les scientifiques et les institutions pensent sincèrement être objectifs et être « dans le bon camp ». Mais l’impact du financement sur le travail est réel, précise‑t‑il.

« Si un scientifique reçoit les fonds d’une société pharmaceutique, par exemple, ses conclusions ont beaucoup plus de chances d’être favorables à cette société. »

Les commentaires du Pr Martin ne sont pas sans rappeler la lettre ouverte de John Cochrane, économiste à l’Université de Stanford. L’économiste américain y appelle au respect de la liberté d’expression dans les milieux universitaires.

« Les chercheurs dont les résultats remettent en cause les narratifs dominants ont toujours plus de mal à être publiés, financés, recrutés ou promus », écrit‑il.

« [Les chercheurs] et les enseignants qui remettent en question l’orthodoxie actuelle, sont harcelés en personne et en ligne, ostracisés, soumis à des procédures disciplinaires universitaires opaques, licenciés ou tenus à distance par d’autres moyens. »

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