Le concept problématique du « coût social du carbone »

10 juin 2022 Mis à jour: 10 juin 2022
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Le concept de « coût social du carbone » (c.-à-d. du « dioxyde de carbone ») existe depuis au moins 40 ans et a pris de beaucoup d’importance au cours de la dernière décennie. Ce paramètre est conçu pour essayer d’évaluer « l’externalité » ou l’impact économique (passé, présent et futur) des émissions humaines de gaz à effet de serre qui contribuent au changement climatique.

L’OCDE définit les externalités comme des « situations où l’effet de la production ou de la consommation de biens et de services impose à d’autres des coûts ou des avantages qui ne sont pas reflétés dans les prix demandés pour les biens et services fournis ».

Ainsi, lorsque vous faites le plein d’essence, vous recevez un avantage que vous payez volontairement. Les producteurs, les raffineurs, les distributeurs et les vendeurs d’essence bénéficient de votre paiement, bien que les supposés effets climatologiques ne soient pas pris en compte dans cette transaction. Ceux qui pensent que la consommation de combustibles fossiles modifie le climat et entraînera des catastrophes coûteuses à l’avenir proposent donc d’augmenter les taxes sur ces combustibles afin de réduire leur consommation et de collecter des fonds pour des mesures préventives et correctives.

Dans ce contexte, il faut tout d’abord souligner que les calculs de toute analyse coûts-avantages sont basés sur les hypothèses de ceux qui font ces calculs. Ces hypothèses sont bien subjectives. Dans la mesure où les entrées d’un calcul sont subjectives, on ne peut pas dire que le résultat soit scientifiquement objectif. Nous n’avons affaire qu’à des estimations approximatives dont les marges d’erreur s’élèvent à des milliers de milliards d’euros pour les prochaines décennies.

Le point suivant est que ceux qui veulent utiliser le « coût social du carbone » (ou du « gaz à effet de serre ») pour pousser à l’abandon rapide des combustibles fossiles font preuve d’un parti pris évident. On peut le voir dans les mots qu’ils choisissent. L’un des principaux préjugés consiste à ne parler que du carbone, alors que la vapeur d’eau est de loin le gaz à effet de serre le plus important. Un autre parti pris consiste à commencer toujours par le « coût social », tandis que le mot « bénéfice » brille par son absence. Cependant, on ne peut pas prétendre faire une analyse coûts-avantages équitable sans accorder une place égale à l’aspect bénéfique de la chose.

Le réchauffement climatique, et donc les émissions humaines de CO2 qui contribuent (modestement, jusqu’à présent) à la tendance au réchauffement, présente-t-il des avantages ? Oui, en effet. L’enrichissement par l’homme de l’atmosphère terrestre en CO2 – également connu comme « l’engrais de la nature » qui nourrit les plantes – a entraîné au cours des quatre ou cinq dernières décennies un verdissement de la planète : la superficie des terres couvertes de végétation a augmenté d’environ deux fois la taille de la zone continentale des États-Unis. Bjorn Lomborg, spécialiste du changement climatique, estime que ces surfaces terrestres équivalent à « trois Grande-Bretagne » par an. Étant donné que, selon la revue médicale anglaise The Lancet, « le temps froid tue 20 fois plus de personnes que le temps chaud », le nombre total de décès humains liés à la météo diminue lorsque le climat se réchauffe. De plus, un temps plus chaud entraîne des saisons de croissance plus longues, ce qui stimule la productivité agricole.

Ces avantages sont considérables, et on peut sans doute en imaginer d’autres. Mais quelle valeur monétaire pouvons-nous attribuer à ces avantages ? On peut facilement voir la validité du point que j’ai soulevé ci-dessus, à savoir que l’attribution de valeurs monétaires dans une analyse coûts-avantages est subjective et arbitraire.

Qu’en est-il alors des coûts du réchauffement climatique ? Cette question est encore plus problématique que celle des avantages. Aujourd’hui, nous pouvons voir les avantages actuels et réels du réchauffement, alors que les coûts présumés des scénarios catastrophiques se situent dans le futur. Ils peuvent ou non se réaliser, et sont donc hautement hypothétiques. Étant donné que les alarmistes ne parviennent pas à trouver un modèle informatique capable de rendre compte des tendances climatiques des dernières décennies, comment pouvons-nous croire que ces modèles peuvent prédire correctement l’évolution du climat au cours des prochaines décennies ?

Il y a aussi le problème des erreurs d’attribution possibles. Par exemple, ceux qui calculent les coûts du réchauffement climatique pourraient attribuer un coût élevé aux zones côtières qui pourraient être perdues à cause de l’élévation du niveau de la mer. Or, le niveau de la mer s’élève dans bon nombre de ces zones (par exemple, la baie de Chesapeake, les bayous de Louisiane) principalement parce que les terres s’affaissent. Oui, le niveau de la mer augmente progressivement, bien qu’il le fasse essentiellement au même rythme qu’il l’a fait pendant les siècles de la période interglaciaire actuelle de la Terre – une tendance qui ne s’est pas accélérée en raison du réchauffement atmosphérique.

On peut se demander si les alarmistes, qui nous rebattent les oreilles avec le « coût social du carbone », tiennent compte de l’augmentation rapide des coûts réels pour les gens, cela ne concerne pas seulement le prix du carburant, mais également le prix des aliments et d’autres biens (c’est-à-dire la plupart des autres biens) pour lesquels l’énergie est un facteur de coût important. L’administration de Joe Biden, par exemple, affirme que les prix élevés d’aujourd’hui valent la peine à long terme, car ils nous aideront à nous sevrer des combustibles fossiles d’ici une « date magique » choisie politiquement – celle de 2030 ou 2040. Un tel laps de temps – qui est soutenu avec ferveur par les catastrophistes du climat – est ridiculement irréaliste.

Dans une interview récente, le scientifique Vaclav Smil a parlé de la tentative de l’Allemagne de remplacer les combustibles fossiles par des sources d’énergie « renouvelables » : « L’Allemagne, après avoir dépensé près de 500 milliards de dollars en 20 ans, n’a diminué que de 84 à 76% la part de l’énergie provenant des combustibles fossiles dans son énergie primaire. Pouvez-vous me dire comment vous passeriez de 76% de combustibles fossiles à zéro d’ici 2030, 2035 ? »

Il est clair que ceux qui veulent freiner, réduire radicalement ou arrêter la consommation de combustibles fossiles à court terme chez les êtres humains imposeront, s’ils réussissent, une douleur (des coûts) énorme à beaucoup de gens. Est-ce que ces coûts sont pris en compte dans les analyses coûts-avantages actuelles ?

La réduction du niveau de vie résultant des politiques anti-combustibles fossiles peut aussi entraîner d’énormes coûts imprévus. Un jeune Européen ou Américain capable de découvrir une nouvelle technologie fantastique ne le fera peut-être pas, car il devra renoncer à l’université en raison de l’appauvrissement résultant des politiques anti-combustibles fossiles qui gonflent les prix. Un enfant dans un pays en développement qui pourrait avoir une nouvelle idée pour sauver des vies (ou qui pourrait être le parent ou le grand-parent d’un tel génie) pourrait ne jamais réaliser ce potentiel pour des raisons similaires.

Le mouvement pour le « coût social du carbone » me rappelle le communisme. Bien sûr, il y a de nombreuses personnes décentes et bienveillantes qui s’efforcent sincèrement de trouver un moyen viable et abordable d’effectuer une transition vers d’autres formes d’énergie, et elles font de leur mieux pour effectuer une analyse coûts-avantages du CO2 dans l’atmosphère – une analyse qui se situe dans la fourchette de validité et d’utilité. Toutefois, ce qui me rappelle le communisme, c’est l’affirmation fervente de certains des défenseurs du « coût social du carbone » selon laquelle nous, les citoyens ordinaires, devons souffrir de privations aujourd’hui pour que l’avenir glorieux envisagé par les élites politiques puisse se réaliser. Merci, mais je ne joue pas à ce jeu.

Laissons ceux qui vivent aujourd’hui s’épanouir et avoir la possibilité de réaliser leur potentiel. La notion selon laquelle le gouvernement devrait appauvrir des êtres humains afin de promouvoir le « bien-être de l’humanité » est une superstition païenne du même genre que les sacrifices humains au dieu Soleil. Le coût social des politiques de lutte contre le dioxyde de carbone est déraisonnablement élevé, et nous ne devrions pas avoir à le payer.

Mark Hendrickson, économiste, a récemment pris sa retraite de la faculté de Grove City College, où il est toujours chargé de la politique économique et sociale à l’Institute for Faith and Freedom.

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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles d’Epoch Times.

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