Comment Pékin a tiré profit des confinements et pourquoi il convient d’examiner de près les mesures qu’il a prises

Déceler les manoeuvres du régime chinois pour contrôler le discours scientifique et influencer la politique
8 août 2021 Mis à jour: 8 août 2021
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Depuis les premiers messages de l’Organisation mondiale de la santé favorables à la Chine sur l’épidémie de virus jusqu’aux articles influents rejetant la théorie selon laquelle le virus serait né dans un laboratoire, l’influence de Pékin sur les discussions scientifiques a été de plus surveillée au cours de la pandémie. Certains observateurs soulignent également l’empreinte du régime communiste dans la pression pour faire pencher la balance d’un côté dans le débat sur la science et la politique des confinements, ce qui a entraîné des conséquences économiques considérables en Occident.

« Premièrement, les [confinements en Occident] ont renforcé le contrôle [de Pékin] sur la chaîne d’approvisionnement mondiale. Et deuxièmement, [les confinements] ont permis à l’économie de Pékin de croître alors que d’autres économies dans le monde – la plupart des sociétés libres, mais pas seulement – ont régressé », a dit le général américain (retraité) Robert Spalding dans une interview. M. Spalding est membre senior de l’Institut Hudson et auteur de Stealth War : How China Took Over While America’s Elite Slept (guerre furtive : comment la Chine a pris le pouvoir pendant que l’élite américaine dormait).

Le général de brigade de l’armée de l’air américaine à la retraite Robert Spalding à Washington, le 29 mai 2019 (Samira Bouaou/Epoch Times)

Ross McKitrick, professeur d’économie à l’Université de Guelph, dit que les politiques de confinement et autres restrictions sévères ont eu un impact négatif non seulement sur l’économie de l’Ouest, mais aussi en termes de santé globale en raison des procédures médicales reportées et des problèmes de santé mentale.

« La Chine en a bénéficié. Elle a connu un boom économique à la suite des confinements ici », a dit M. McKitrick à Epoch Times, faisant écho à l’opinion du général Spalding. Il a ajouté que la possibilité que Pékin ait exercé une influence sur les discussions relatives aux politiques de confinement dans les pays occidentaux est une question qui doit être examinée.

Contrôler la communauté scientifique

La politisation de la science par le régime chinois et l’utilisation de son influence sur la communauté scientifique ont été un thème récurrent tout au long de la pandémie.

Dès le début de l’épidémie, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a été surveillée de près en raison de sa réaction à la pandémie et sa déférence envers Pékin.

L’agence des Nations unies censée protéger la santé publique mondiale a été critiquée pour sa lenteur à déclarer la pandémie et pour avoir conseillé activement de ne pas imposer de restrictions aux voyageurs en provenance de Chine. L’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, conseillère à l’OMS, a appuyé ce conseil, qui était défendu par le Parti communiste chinois (PCC). Le chef de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, qui entretient des liens étroits avec Pékin, a régulièrement salué la façon dont la Chine a traité l’épidémie de virus.

Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur de l’Organisation mondiale de la santé, au siège de l’OMS à Genève, le 6 avril 2020 (AFP via Getty Images)

L’organisation s’est également empressée de donner à la maladie causée par le virus un nom, Covid-19, pour éviter qu’elle ne reçoive un nom faisant référence à son lieu d’origine, ce qui se serait fait dans l’usage courant, comme c’est souvent le cas, tel que « virus de Wuhan » ou « maladie chinoise » – étant donné que le PCC était désireux d’étouffer tout lien entre le virus et la Chine.

En ce qui concerne les discussions sur l’origine de l’épidémie, deux lettres publiées dans les revues scientifiques influentes The Lancet et Nature ont contribué à cimenter la théorie de l’origine naturelle comme seule possibilité viable et à dénoncer toute suggestion de fuite en laboratoire comme une « théorie du complot ». Ce n’est que récemment que cette dernière théorie a été déstigmatisée après que certains membres de la communauté scientifique se sont exprimés et que le président américain Joe Biden a déclaré qu’aucune des deux possibilités ne pouvait être exclue.

Il est apparu par la suite que Peter Daszak, l’organisateur de la lettre publiée dans The Lancet, a des liens avec l’Institut de virologie de Wuhan, qui effectue des recherches sur les coronavirus. Comme le rapportait précédemment Epoch Times, la lettre du Lancet et celle publiée dans Nature semblent avoir fait partie d’un effort coordonné à partir d’une conférence téléphonique organisée en février 2020 par le Dr Anthony Fauci, directeur du National Institute of Allergy and Infectious Diseases des États-Unis, dont l’organisation a financé la recherche sur les coronavirus au laboratoire de Wuhan.

Mais ces revues ne se contentaient pas d’imprimer des lettres disant que le virus avait une origine naturelle – elles rejetaient également les articles qui suggéraient des théories alternatives.

C’est le cas d’un groupe de scientifiques connu sous le nom de Groupe de Paris, qui a publié des lettres arguant qu’une origine naturelle n’a pas été prouvée et exhortant l’OMS à mener une enquête indépendante sur l’origine qui serait libre de l’influence de la Chine. Cependant, The Lancet a refusé de publier la lettre qu’ils ont soumise à la revue début janvier 2020, selon Unherd.

Intérêts commerciaux

Certains soulignent que les liens commerciaux avec la Chine peuvent être un facteur de ces rejets.

« Ces revues ont des intérêts commerciaux importants et croissants en Chine, et donc l’explication la plus probable est qu’elles ne veulent pas contrarier le PCC, afin de ne pas mettre en péril leurs intérêts commerciaux là-bas », a dit à Epoch Times Nikolai Petrovsky, professeur de médecine à l’Université Flinders en Australie.

Nikolai Petrovsky lui-même a été l’un des premiers scientifiques à mettre en évidence les incohérences des affirmations sur l’origine naturelle de la maladie, mais il a eu du mal à faire publier ses articles.

« Le risque de représailles du PCC est très réel, comme l’Australie l’a vu lorsque son [Premier ministre] a demandé une enquête sur les origines du Covid-19 l’année dernière et que la Chine a presque immédiatement frappé l’Australie de toute une série de sanctions commerciales », a-t-il dit.

Des logos de la revue scientifique multidisciplinaire Nature affichés sur des écrans d’ordinateurs dans une photo d’archives (Loic Venance/AFP via Getty Images)

Un porte-parole de Nature a dit dans un courriel que les implications commerciales ne sont pas un facteur dans les décisions éditoriales de la revue, faisant référence à une citation du rédacteur en chef, le Dr Magdalena Skipper : « Pour les soumissions liées au Covid-19, comme pour toutes les autres soumissions, nos rédacteurs prennent des décisions basées uniquement sur le fait que la recherche répond à nos critères de publication – une recherche scientifique originale robuste, d’une importance scientifique exceptionnelle, qui aboutit à une conclusion intéressante pour un public multidisciplinaire. »

The Lancet n’a pas répondu aux demandes de commentaires. Par le passé, la publication a dit qu’elle ne prenait en compte que le mérite scientifique et non la politique comme critère de publication.

Un rapport de 2017 du Financial Times a montré que Springer Nature, une société basée en Allemagne qui possède Nature et d’autres revues scientifiques de premier plan, dont le magazine mensuel de vulgarisation Scientific American, avait bloqué l’accès à au moins 1 000 revues universitaires en Chine qui mentionnent des sujets jugés sensibles par Pékin, comme Taïwan et le Tibet.

La société mère du Lancet, Elsevier, qui appartient au groupe RELX, a également des activités importantes en Chine, notamment un partenariat avec le géant chinois des médias sociaux Tencent.

Le rédacteur en chef du Lancet, Richard Horton, basé au Royaume-Uni, a salué à plusieurs reprises la façon dont la Chine a traité la pandémie, tout en critiquant le Royaume-Uni pour ne pas avoir imposé des mesures de confinement plus strictes.

Dans une interview accordée à la télévision publique chinoise China Central Television en mai dernier, M. Horton a dit que le confinement de Wuhan « n’était pas seulement la bonne chose à faire, mais qu’il montrait aussi aux autres pays comment ils devaient réagir face à une menace aussi grave ». Il a ajouté qu’il était « très regrettable » que certaines personnes accusent la Chine d’être à l’origine de la pandémie.

Dans une interview accordée en juin de la même année, M. Horton a déclaré au magazine international hebdomadaire New Scientist que des pays comme les États-Unis, le Royaume-Uni et le Brésil avaient agi de manière « effroyable » face à la pandémie. Et dans une interview accordée à la chaîne de télévision Aljazeera en janvier de cette année, il a critiqué le Royaume-Uni pour ne pas avoir mis en place plus tôt des mesures plus strictes de confinement.

Du ruban de police bloque l’accès à un bâtiment dans le cadre des mesures Covid-19 dans la ville de Ruili, dans la province chinoise du Yunnan (sud-ouest), le 5 juillet 2021. (STR/AFP via Getty Images)

Se référant à une étude récente publiée par le Bureau national de recherche économique des États-Unis sur l’impact des confinements sur la mortalité, M. McKitrick dit que les mesures de restriction strictes ont eu l’effet inverse de celui escompté sur la santé.

L’étude a examiné les corrélations entre les politiques de « mise à l’abri » et les taux de mortalité dans 43 pays et tous les États américains, et a constaté que ces politiques ne réduisaient pas la mortalité. Au contraire, certaines juridictions présentaient une surmortalité plus élevée. L’étude suggère qu’il est possible que ces politiques augmentent les « morts de désespoir » en raison des effets de l’isolement économique et social, notamment le chômage, l’augmentation de la toxicomanie, la réduction de l’activité physique et le report des procédures médicales.

« Je suis sûr que [M. Horton] n’est pas au courant de cette [étude], mais lorsqu’il dit que les gouvernements devraient être critiqués pour ne pas être plus stricts dans leurs confinements, il va à l’encontre des preuves scientifiques », a déclaré M. McKitrick.

Richard Horton n’a pas répondu à une demande de commentaires.

Façonner le récit

M. Spalding dit que l’objectif du PCC est de contrôler le récit pour servir ses propres intérêts. Dans le monde scientifique, outre les financements et les partenariats commerciaux, il s’agit notamment d’injecter dans de nombreux articles de revues scientifiques des données inventées, ce qui brouille les pistes et rend plus difficile toute discussion fondée sur des faits, dit-il.

Selon un rapport de World Education Services, la Chine a largement dépassé les autres pays en ce qui concerne le nombre d’articles rétractés qui ont fait l’objet d’une fausse évaluation par les pairs entre 2012 et 2016, avec 276 articles rappelés.

Combiné aux efforts de Pékin pour empêcher – ou dans certains cas supprimer – la publication d’études qui ne sont pas dans ses intérêts, le PCC a été en mesure d’influencer ce que les gens voient comme la vérité, dit-il. Cette situation est exacerbée par l’influence et le contrôle du Parti sur le monde numérique, ajoute-t-il.

« Il s’agit vraiment de contrôler le récit, car si vous contrôlez ce que les gens disent sur les choses, vous contrôlez leur façon de penser », dit-il.

Lorsqu’il s’agit de plaidoyer politique et scientifique en faveur du confinement, M. Spalding dit que le PCC a amplifié ces décisions de plusieurs manières.

L’utilisation systématique par le régime des médias sociaux et de tactiques d’influence pour obtenir une couverture médiatique favorable est bien documentée dans différentes études.

Une femme, portant un masque de protection, pose pour une photo dans les rues de Paris le 4 mai 2020, au 49e jour d’un confinement strict en France (Photo par STEPHANE DE SAKUTIN/AFP via Getty Images)

« Alors que la pandémie commençait à se propager, Pékin a utilisé son infrastructure médiatique à l’échelle mondiale pour semer des récits positifs sur la Chine dans les médias nationaux, ainsi que pour mobiliser des tactiques plus inédites comme la désinformation », a dit la Fédération internationale des journalistes dans un rapport publié en mai.

« La Chine sort de la pandémie du Covid-19 avec une couverture mondiale de ses actions et de ses politiques plus positive qu’avant la pandémie. »

Selon M. Spalding, Pékin a utilisé ces stratégies pour promouvoir des confinements stricts pour d’autres pays. Les tactiques comprennent l’utilisation systématique des médias sociaux pour vanter les mesures draconiennes de la Chine en matière de pandémie, et le fait de booster des posts sur les études dont la modélisation est contestée et qui prédisent un grand nombre de décès en l’absence de confinement.

« Ces messages ont été retweetés et repostés par l’Armée des 50 centimes et d’autres influenceurs en dehors de la Chine, puis ont été repris par les médias traditionnels qui ont entretenu le battage médiatique, car cela fait partie de leur modèle économique », a dit M. Spalding. L’ « Armée des 50 centimes » désigne les commentateurs Internet engagés par le PCC pour manipuler l’opinion publique en sa faveur. Ils étaient apparemment payés 50 centimes chinois pour chaque message, mais leur salaire aurait augmenté depuis.

« La façon dont notre société est actuellement soumise à un cycle d’informations 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, et la façon dont les plateformes de médias sociaux de la Silicon Valley sont très facilement manipulées à des fins de propagande, ils utilisent tous ces éléments pour créer un battage médiatique », a ajouté M. Spalding.

Michael P. Senger, chercheur et avocat basé à Atlanta, dit que Pékin a donné une fausse image de sa réponse à la pandémie en minimisant considérablement le nombre de cas et de décès, alors que d’importants organes de presse occidentaux ont fait l’éloge du modèle du régime.

« En exigeant des publications d’élites qu’elles répètent le mensonge orwellien selon lequel ‘la Chine a contrôlé le virus’, le PCC a normalisé ce mensonge pour que les élites occidentales le répètent elles-mêmes, en exploitant la réputation fastidieuse de la Chine et le fait que la plupart des Occidentaux ne la connaissent pas encore comme un État totalitaire indigne de confiance », écrit le chercheur et avocat dans le Tablet.

« [Le dirigeant chinois] Xi Jinping a souvent insisté sur la coopération mondiale pour combattre le Covid-19. En retour, le monde a commencé à ressembler davantage à la Chine. Les localités ont mis en place des lignes d’information pour signaler les violations du confinement et les pays ont dévoilé de nouvelles flottes de drones de surveillance. »

M. Senger souligne que le directeur du FBI, Christopher Wray, a déclaré l’année dernière que les responsables américains des gouvernements fédéraux, des États et des municipalités ont dit que les diplomates chinois « sollicitaient agressivement un soutien » pour la réponse de la Chine à la pandémie, allant même jusqu’à demander à un sénateur d’État d’introduire une résolution pour louer la façon dont la Chine traite la crise.

Des conditions propices

M. Spalding note que les conditions créées par le « postmodernisme appliqué » et l’« activisme néo-marxiste » en Occident, combinées au mode de fonctionnement des géants technologiques de la Silicon Valley, créent un environnement très favorable au PCC pour contrôler le récit et faire avancer ses intérêts.

Cette photo d’illustration prise le 20 avril 2018 à Paris montre les applications de Google, Amazon, Facebook, Apple. (Photo de Lionel BONAVENTURE / AFP / Getty Images)

« Le Parti communiste chinois n’a pas forcément besoin de tout faire. Il peut tirer parti de ces choses », a-t-il dit.

Dans ces tendances modernes, dit M. Spalding, les mêmes types de mécanismes de censure et d’influence utilisés pour façonner les pensées des gens sous des régimes totalitaires comme celui du PCC émergent dans les pays libres.

« Il s’agit de censure. Il s’agit de définir qui a le droit d’établir ce qu’est la vérité, et non les faits. Il ne s’agit pas de la méthode scientifique. Il s’agit de savoir qui vous êtes, de quelle race vous êtes – c’est du postmodernisme appliqué », a-t-il ajouté.

« Et puis vous incorporez le fait que la Silicon Valley a construit cet incroyable moteur pour influencer les perceptions et utilise ces plateformes – pas seulement les médias sociaux mais aussi les plateformes basées sur les consommateurs – afin d’influencer la façon dont les gens pensent. »

Ces conditions s’inscrivent parfaitement dans le modèle de « guerre sans restriction » de Pékin, dit-il, et peuvent permettre au régime de gagner en influence et en contrôle en Occident. Ce type de stratégie de guerre, défini par deux colonels de l’armée chinoise dans les années 1990, prévoit l’utilisation de tactiques non conventionnelles pour atteindre les objectifs de la guerre. Dans le cadre de cette stratégie, la guerre ne se limite pas à l’utilisation de l’armée sur les champs de bataille, mais à l’utilisation de toutes les avenues disponibles, y compris les flux financiers, la guerre numérique et les campagnes secrètes d’influence et d’espionnage à l’étranger.

« Le PCC a fait un travail fantastique en utilisant les données, Internet et la mondialisation pour satisfaire ses propres intérêts », a dit M. Spalding.

« Lorsque vous prenez l’essor du postmodernisme appliqué en Occident, dans les universités occidentales, que vous le combinez avec l’essor et le pouvoir des entreprises de la Silicon Valley grâce à leurs technologies, et que vous le mettez en parallèle avec la manière très politique du Parti communiste chinois de faire la guerre, alors vous avez un instrument parfait pour créer un totalitarisme mondial sans avoir à occuper physiquement un territoire, ce à quoi l’Union soviétique était confrontée. »

Omid Ghoreishi est un journaliste basé à Toronto.
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